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Monsieur le président République, le constat à l’issue de votre discours d’investiture fort éloquent et ambitieux de ce 2 avril 2019 est que : vous n’avez pas de temps.
Cette missive ouverte est juste un rappel de quelques défis de votre quinquennat, mais elle a pour but également de conscientiser nos concitoyens des urgences de la tâche qu’ils vous ont assignée, mais aussi du rôle de chacun d’entre eux pour la réussite de la construction d’une Nation solidaire et d’un pays prospère.
Monsieur le Président, vous n’avez pas de temps, car vous avez confessé n’avoir pas assez réformé lors de votre premier mandat, or ce pays en a profondément besoin. On vous concède d’avoir pris le temps lors de votre premier mandat de commanditer des études et audits concernant la question foncière (avec la Commission nationale de réforme foncière), de l’éducation, de l’Administration, de la fiscalité, de la justice, des Codes miniers et pétroliers, etc. Alors, ce second mandat que vous entamez doit être celui de l’application. Ces réformes sont nécessaires non pas pour la survie, mais pour le changement positif, réel et durable de notre pays. Cependant, il est important de préciser qu’il faut de la lucidité, de l’ambition pour son pays et surtout du courage pour aller au bout des réformes, tant il est difficile de faire bouger les hommes de leurs habitudes, privilèges et prébendes. Sans doute vous ferez face à des mouvements d’humeur, de pressions de lobbyistes et quelquefois même des actes de sabotage ou d’insubordination. Mais faites vôtres ces propos de Sören Kierkegaard : «Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin.»
Monsieur le Président, vous n’avez pas de temps à perdre parce que la jeunesse a besoin d’être rassurée, d’avoir toujours ce «Yaakaar», car l’un des enseignements du scrutin présidentiel est que la jeunesse, dans sa majorité, n’a pas voté pour vous. Peut-être parce que malgré les efforts consentis dans l’enseignement supérieur, dans la formation professionnelle et technique, elle n’a pas compris ou ignorait votre démarche. Aussi a-t-elle besoin, comme vous l’avez si bien compris, de formation, d’éducation à la citoyenneté et surtout d’emploi. Et justement, vous en avez promis 1 million. On vous accorde le bénéfice du doute puisque vous avez atteint l’objectif initial de cinq cent mille. Un million d’emploi vous dites ? Oui, cela est possible à travers d’une part l’option de la promotion de l’entreprenariat que vous avez initiée, mais il est important d’assurer le package de la formation, du financement, et de l’encadrement. Cela, grâce à une mutualisation des efforts et une articulation des interventions. D’autre part, à travers l’industrialisation qui est un vivier d’emplois, mais pour le moment plus que sous-exploitée.
Justement Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps parce que vous aviez trouvé un tissu industriel moribond que vous avez tenté de redresser en vous attaquant aux bases de l’attractivité que sont l’énergie, l’accès au foncier, aux infrastructures, la simplification des procédures administratives et judiciaires. Il vous reste alors à renforcer les acquis avec les plateformes, les agropoles, les zones économiques spéciales, mais surtout promouvoir de manière agressive la destination Sénégal pour faire de notre pays un des ateliers du monde grâce à l’industrie manufacturière et l’agro-industrie. Enfin, beaucoup de vos concitoyens attendent des retombés du pétrole, du gaz et des mines, notamment du fer. Cependant, au-delà des quotes-parts et des retombées fiscales, il urge de mettre en application la loi sur le contenu local, afin de créer un tissu de Pme pétrolières et minières nationales performantes.
Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps, car il faut consolider et continuer l’Acte 3 de la décentralisation à travers la mise en place d’une fonction publique locale compétente et bien entendu la question financière. A cela s’ajoute la mise en œuvre du Plan national d’aménagement et développement territorial (Pnadt) afin de développer la compétitivité territoriale. Tout cela pour aboutir à un développement harmonieux de nos territoires et une équité territoriale qui vous est si chère. Dans cette dynamique, votre ambition de réussir l’accès universel à l’eau et à l’électricité est vivement attendue pour que mon département de Goudomp natal accède et vive pleinement la modernité.
Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps parce que le Sénégal accueille les Jeux olympiques de la jeunesse de 2022, et à cet effet notre pays sera la vitrine de l’Afrique. L’enjeu est important pour nous, mais aussi pour tout le continent, notamment sa jeunesse. En effet, ces jeux seront un moment d’expression de leur fierté de voir une Afrique capable et gagnante. Alors vivement le stade olympique ainsi que toutes infrastructures d’accueil, mais également routières. Vaste chantier !
Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps parce que vous devez éduquer toute la population. La réalité est que nous manquons pour une grande majorité d’entre nous de discipline. L’éducation à la citoyenneté est le plus vaste et difficile chantier de notre pays. Mais avec la pédagogie qui sied, mais aussi la rigueur qui s’impose il est possible de relever ce défi. La fermeté que vous avez martelée à ce sujet est rassurante. Nous avons besoin d’un esprit et d’un souffle optimiste qui donneront à chaque citoyen, chaque jour d’avoir la volonté de donner le meilleur de lui-même. Les Sénégalais sont pressés et ne comprennent pas toujours que le développement est un processus. Cependant faudrait-il le leur expliquer, car en vérité le maillon faible du travail accompli jusqu’ici fut la communication ; et ce, dans sa dimension pédagogique.
Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps, alors dialoguez des questions essentielles avec les vrais patriotes qui ne sont animés que par la volonté d’améliorer l’existence des Sénégalais non pas par des calculs politiciens égocentriques ou des avantages corporatistes aux soubassements égoïstes et douteux ! Vous avez une légitimité pour travailler sans pression avec les compétences alors n’ayez crainte, le Peuple sera avec vous.
Monsieur le Président, certainement tout ne sera pas fini, mais chaque citoyen a le devoir d’accompagner la réussite de votre ambition pour le pays, car en définitive la politique n’a de sens que lorsqu’elle est visible et palpable dans le quotidien et l’avenir des citoyens.
Monsieur le Président, vous n’avez pas le temps ? Nous aussi, mais rêvons-nous de voir dans un futur proche être enseignée dans nos écoles et au-delà dans le monde la doctrine «mackyste», car vous aurez refusé l’option dangereuse de l’inaction, mais plutôt d’inscrire votre mandat dans «le temps de l’action».
Au fond, il ne vous reste que quatre ans de gouvernance alors vous avez dit «fast track» ? Alors, allons-y vite et bien, «alla athiou» !
Fossar Banding SOUANE
Spécialiste en Développement
et Coopération internationale

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