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L’endettement du Sénégal est devenu une préoccupation pour ses partenaires, avant même de devenir un sujet de controverse politique locale. L’agence de notation Moody’s, en renouvelant la notation du pays, a tenu à souligner que le fort taux d’endettement est un frein à l’investissement privé dont le pays a besoin.

La question du fort taux d’endettement du Sénégal préoccupe bien de monde. A la suite du Fonds monétaire international (Fmi) auquel les représentants de l’Etat ont apporté leur réponse, des acteurs politiques locaux s’en sont saisis pour en avoir une lecture… politicienne, ce qui est leur droit. Mais au-delà des interprétations des uns et des autres, on note que l’agence de notation Moody’s interpelle également les pouvoirs publics sur l’état alarmant de la dette du pays. Dans une analyse publiée avant-hier, elle souligne que les défis auxquels le pays fait face «proviennent principalement du fort taux de la dette à environ 60% du Pib – ce qui met la pression sur la capacité des autorités à absorber les chocs fiscaux, et donne encore plus d’importance à l’investissement privé, en tant que principal moteur de la croissance économique dans le futur».
Les autorités sénégalaises, en particulier des représentants du ministère de l’Economie, des finances et du plan, répliquent souvent aux critiques avec l’argument de la soutenabilité de la dette du pays. Et indiquent que la majeure partie de ladite dette est faite à des taux concessionnels, du fait de notre statut de pays pauvre anciennement très endetté, et sur qui veille le Fmi. Il n’empêche que les mêmes organismes qui nous avaient encouragés à nous adresser aux marchés financiers internationaux pour financer nos projets de développement commencent à s’inquiéter.
S’agissant de l’analyse de Moody’s, le document réalisé par la vice-présidente et analyste senior, Lucie Villa, et son équipe note que le Sénégal a réussi à améliorer son environnement des affaires. Malheureusement, «cela ne s’est pas, à ce jour, traduit par une croissance notable dans l’investissement direct étranger».
Cela est d’ailleurs si vrai qu’il est facile de se rendre compte que la majorité des projets ou des infrastructures réalisés à ce jour dans le cadre du Plan Sénégal émergent (Pse) sont le fruit de l’investissement public. Le privé national est souvent mis à l’écart, ou peu motivé à se lancer. Et quand le pays parvient à attirer des investissements privés étrangers, c’est à coups d’exonération fiscale qu’il les séduit. Et de plus en plus, il leur est facilité l’importation de la main-d’œuvre, même peu qualifiée, au point que la plus-value de ces investissements sur l’économie générale est quasiment peu notable. La réalisation de certains immeubles du Pôle urbain de Diamniadio en est la meilleure illustration. Pour la plupart, ces ouvrages se construisent avec du matériau importé sans droits ni taxes, et en plus, certaines des entreprises présentes importent de la main-d’œuvre d’origine chinoise, turque ou indienne, même quand l’expertise sénégalaise existe.
L’agence Moody’s note que les autres contraintes structurelles que le pays ne pourra probablement pas surmonter à moyen terme tiennent à la faiblesse de son taux de croissance par habitant, et à son manque de compétitivité selon les normes internationales, «ce qui rend le pays moins résilient aux chocs».
Néanmoins, en dépit de toutes ces remarques, l’agence a renouvelé la notation Ba3 stable du pays, du fait de la «stabilité macroéconomique et politique du pays, ainsi que de la politique des autorités visant à améliorer la gouvernance économique et les infrastructures». Cette notation stable signifie également, dans l’esprit des analystes de l’agence, que «les risques pour le profil du crédit du pays sont équilibrés, et reflètent notre espoir que le taux de croissance de 6,5% va se maintenir pour au moins 3 ou 4 ans, et que la dette du gouvernement va se stabiliser avant de commencer à tendre vers sa réduction à moyen terme».
D’ailleurs, Mme Lucie Villa et ses collègues indiquent nettement que la notation du pays pourrait s’améliorer si le gouvernement réduisait de manière significative son taux d’endettement, car cela lui permettrait d’améliorer sa capacité à absorber les chocs, et s’il parvenait à booster l’investissement privé, aussi bien interne qu’externe. Cela lui permettrait d’améliorer le potentiel de croissance économique, augmenter les niveaux de richesses, et limiter sa vulnérabilité aux chocs externes.
Bien entendu, cette note du Sénégal pourrait également se dégrader, si le ratio dette-taux de croissance devait augmenter dans les trois années à venir, si des déséquilibres externes devaient s’élargir et que des chocs internes ou externes venaient à affecter la croissance économique.
mgueye@lequotidien.sn

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