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Le secteur de l’enseignement n’est jamais un long fleuve tranquille au Sénégal. 2018 n’a pas dérogé à cette règle. Des remous, il y en a eu dans toutes les universités après la mort de Fallou Sène lors d’un affrontement entre Forces de l’ordre et étudiants de l’Ugb. La crise s’est fait aussi ressentir avec l’expulsion des étudiants orientés dans le privé pour non-paiement de la dette due aux Etablissements privés de l’enseignement supérieur (Epes).

L’année 2018 s’en va. Elle emporte avec elle la colère des étudiants des universités publi­ques, mais aussi ceux que le gouvernement a orientés dans le privé. Pour les étudiants des universités publiques, 2018 a été encore marquée par un événement tragique qui s’est déroulé à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis le 15 mai. C’est encore la sempiternelle question du paiement des bourses qui avait fait sortir les étudiants des amphis. Lors de cette manifestation, en voulant se restaurer sans payer, il y a eu des affrontements avec les Forces de l’ordre. C’est dans ces circonstances que le jeune Fallou Sène va trouver la mort. Un drame qui a accentué la colère des étudiants qui se sont mobilisés dans toutes les autres universités pour dénoncer la bavure des Forces de l’ordre, mais aussi pour réclamer justice pour leur camarade tombé au front. Durant plusieurs jours, de Dakar à Ziguinchor en passant par les universités de Bambey et Thiès, les amphis sont désertés pour dénoncer la violence exercée contre les étudiants. Dans cet élan de colère, les départs du ministre de l’Enseignement supérieur, celui de l’Intérieur et de l’Economie, des finances et du plan étaient réclamés par les étudiants. Pour calmer les ardeurs, c’est le recteur de l’Ugb qui sera démis de ses fonctions. Ne pouvant pas accéder à la demande des étudiants qui voulaient la tête des ministres «impliqués», le chef de l’Etat, recevant la Coordination nationale des amicales des étudiants le 29 mai, soit deux semaines après la mort de Fallou Sène, a pris la décision d’augmenter les bourses et de baisser le prix des tickets de restaurant. Faisant passer ainsi les demi-bourses mensuelles de 18 mille à 20 mille F Cfa et les bourses entières de 36 mille à 40 mille F Cfa. Le Président Sall avait réitéré par la même occasion son instruction fixant les délais de paiement au plus tard le 5 de chaque mois. Autre mesure prise, la baisse du prix des tickets des restaurants universitaires. Ainsi le prix du petit-déjeuner est passé de 75 à 50 F Cfa et celui du déjeuner et du dîner de 150 à 100 F Cfa. Des mesures qui avaient calmé les étudiants de l’Ucad ayant mis fin à leur mot d’ordre de grève. Tandis que leurs camarades de Saint-Louis, réclamant toujours le départ des ministres cités plus haut, continuaient leur mouvement. Un blocage qui a duré des semaines avec comme conséquence la suspension des cours dans certaines Ufr et le refus d’accueillir de nouveaux bacheliers. Depuis ces événements, le calme est revenu, mais il reste précaire d’autant plus que les universités sont confrontées à la fermeture des restaurants à cause des dettes qui ne sont pas payées.

Augmentation des bourses et baisse du prix des tickets de restauration
L’année universitaire 2018 a été également secouée par la dette due aux Etablissements privés de l’enseignement supérieur (Epes). Le gouvernement qui oriente depuis 2013 de nouveaux bacheliers dans le privé leur devait 16 milliards de F Cfa sur lesquels il a payé les 3 milliards. Ces établissements qui courent après leur dû ont fini par expulser les étudiants orientés par le gouvernement. Ne sachant plus à quel saint se vouer, ces étudiants ont investi la rue pour demander à l’Etat de trouver une solution à leur problème. Pendant ce temps, les ministres de l’Enseignement supérieur et son collègue de l’Economie, des finances et du plan ne parlent pas le même langage. Dans notre édition du 22 novembre dernier, nous informions que les deux ministres concernés ne s’accordaient pas sur le montant dû aux Epes. Il est noté que la pomme de discorde se situe sur le point de savoir quel montant devrait être payé, à quel établissement privé et pour quel nombre d’étudiants. Au ministère de l’Eco­nomie, des finances et du plan, on suspend le paiement de cette dette à un audit qui doit être réalisé pour y voir plus clair. Face aux députés lors de la session budgétaire, le ministre Amadou Ba a affirmé avoir dit clairement aux chefs d’établissements privés qu’il ne peut pas dépasser les 8 milliards inscrits dans le budget. Une version qui contraste avec celle tenue avec les représentants des Epes lors d’une réunion. Dans le journal Enquête du 27 novembre, le porte-parole de la Fédération des Epes soutenait que «l’argentier de l’Etat a proposé d’abord à ce que les 3 milliards de francs Cfa du mois de novembre soient payés sous forme de mandat. Ensuite, pour les 8 milliards prévus dans le budget 2019, il s’est engagé à les mobiliser au premier semestre de l’année, avec une partie disponible dès le mois de janvier». Une situation qui témoigne de la complexité de cette question. 2018 s’en va ainsi avec tous les remous vécus dans ce secteur, sûrement que 2019 va en hériter quelques-uns, à moins qu’une solution miracle soit trouvée.
dkane@lequotidien.sn

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