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Les policiers impliqués dans la mort de Fallou Kâ, qui ont été jugés hier, risquent 8 mois ferme si le juge du Tribunal correctionnel de Grande instance de Diourbel suit évidemment le réquisitoire du Parquet.

Baba Condoul, Daouda Ndiaye, Ndongo Kâne et Louis Diouf, respectivement trois policiers au Commissariat urbain de Mbacké et un Asp, ont comparu hier devant la barre du Tribunal correctionnel de Grande instance de Diourbel. Les présumés meurtriers ont été poursuivis pour coups et blessures ayant entraîné la mort sur la personne de Fallou Kâ sans l’intention de la donner. Le représentant du ministère public a requis une peine de 2 ans dont 8 mois ferme contre tous les quatre. Le père de la victime, Aly Kâ, a ainsi demandé 2 millions de F Cfa de dommages et intérêts.
Les faits, qui ont valu à ces agents du Commissariat de Mbacké de comparaître hier devant la barre du Tribunal correctionnel, remontent au 27 avril dernier. Lors d’une opération de sécurisation, ils auraient violenté Fallou Ka, qui décédera trois plus tard des suites de ses blessures au cours de son évacuation après avoir été écroué à la Mac de Diourbel. Le certificat de genre de mort fait état d’une hémorragie interne. Alors que les photos jointes dans le dossier attestent de l’ampleur et de la violence des blessures, qui étaient visibles au niveau de l’épaule gauche, sur le ventre, sur les fesses et le visage était enflé. Les prévenus ont confié, lors de leur interrogatoire, avoir déposé la victime bien portante aussi bien au niveau du Commissariat de Mbacké que lors de son défèrement au Tribunal de Grande instance de Diourbel.
Devant la barre, les prévenus ont nié les faits pour lesquels ils étaient poursuivis. A en croire Baba Coundoul, le chef de l’opération, le samedi 27 avril 2019, ils étaient à la poursuite de Fallou Kâ parce qu’un indicateur leur avait signalé que le jeune s’adonnait à un trafic de chanvre indien. Il a été arrêté avec 250 g de chanvre indien, 23 cornets, des ciseaux et des enveloppes qui lui servaient d’emballage. «Ce jour-là, aux environs de 20 heures, on attendait Fallou Kâ sur les lieux où il avait donné rendez-vous avec notre indicateur. Il venait à bord d’une moto Djakarta et il s’est mis à conduire plus vite lorsqu’il s’est rendu compte de la présence du véhicule de la police. On l’a poursuivi jusqu’à ce qu’il lâche la moto et nous avions poursuivi la course à pieds. Nous l’avions ramené au commissariat bien portant.» Des déclarations qui seront confirmés par ses co-prévenus évidemment. Mais, le juge n’était pas convaincu par ce discours : «Il faut qu’on cadre le débat parce que la victime était carrément malade. Il était mal en point à son arrivée à la Mac. J’ai été informé, ça je peux le confirmer.» Oui, au lendemain de son arrestation, Fallou Kâ a été envoyé au district sanitaire de Mbacké par le commissaire parce qu’il souffrait de douleurs abdominales. Interpellé sur le fait que le lieu de l’opération (Ndindy) ne faisait pas partie de leur zone d’intervention, le commissaire Younouss Diédhiou a fait savoir qu’il avait l’autorisation du délégué du procureur de Mbacké. A son tour, le surveillant-infirmier, Daouda Faye, a déclaré que Fallou Kâ lui avait dit qu’il avait mal au ventre et partout au corps. «Quand je lui ai posé la question de savoir comment cela s’est passé, il m’a confié qu’il a été battu par ceux qui l’ont arrêté», dit-il. Quant à Abdoulaye Tine, surveillant principal, infirmier-major de la Mac de Diourbel, il a souligné que le 2 mai 2019, il revenait de son congé. «Avant même de mettre mon uniforme, j’ai vu trois ou quatre personnes qui portaient Fallou Kâ parce qu’il ne pouvait pas tenir sur ses jambes et j’ai vite demandé son évacuation à l’hôpital. C’est ainsi qu’il a succombé en cours de route.»
Dans son réquisitoire, le ministère public a fait savoir que c’est une affaire qui interpelle toute une administration. A l’en croire, Fallou Kâ avait indiqué «les coupables avant sa mort». Durant leur plaidoirie, Me Boubacar Dramé et Me Abdoulaye Babou, avocats de la défense, ont estimé que le certificat de genre de mort manquait de rigueur. Selon Me Dramé, «il n’y a pas de preuve formelle et objective de ce dossier». Ils ont demandé au Tribunal que leurs clients soient relâchés purement et simplement au bénéfice du doute. Le délibéré est prévu le 7 janvier 2020.

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