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Edifiée sur un terrain de 6 ha, la mosquée Massalikoul Jinaan, qui sera inaugurée ce vendredi, est l’achèvement d’une vision de l’establishment mouride qui a réussi à offrir à la communauté musulmane une œuvre cultuelle monumentale. Une réalisation qui rappelle l’engagement des Mourides qui ont financé eux-mêmes cet édifice à hauteur de 20 milliards F Cfa.

Serigne Bara Mbacké a posé la première pierre, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké va l’inaugurer ce vendredi. Un grand jour pour la communauté mouride qui étire davantage son œuvre toujours aussi grandiloquente. Que d’histoires et de gloire revêtent aujourd’hui la grande mosquée Massalikoul Jinaan ! Que de coïncidences et de ressemblances dans les affaires du fondateur du Mouridisme !
Conçue et commandée par Serigne Saliou Mbacké, le dernier fils de Bamba à occuper le fauteuil du khalife des Mourides, Mas­sali­koul Jinaan est aujourd’hui construite au cœur de la capitale sénégalaise. Sur un lieu de 60 mille m² qui, selon certains, semblait être réservé à cet édifice de dernière génération et qui n’a rien à envier à n’importe quelle construction moderne. Pour une durée de 7 années de travaux et d’efforts, un financement de plus de 20 milliards de francs Cfa, investis par les talibés, le résultat est là : Massalikoul, avec sa capacité d’accueil de plus de 30 mille places, trône au cœur de Dakar et sera inaugurée officiellement le vendredi 27 septembre 2019 en présence du khalife général des Mourides Serigne Moun­takha Mbacké. Un homme heureux qui est déjà dans la capitale sénégalaise pour toucher du doigt le rêve de son lointain prédécesseur Serigne Saliou Mbacké.
Cette réalisation est un écho à la vie du fondateur du Mouridisme qui a tracé sa voie sur la foi du refus. En 1895, Cheikh Ahmadou Bamba était contraint à quitter son pays, le Sénégal, pour le Gabon. Dans ce pays d’Afrique centrale, il passa plus de 7 années d’épreuves, de maltraitance, de difficultés de toutes natures de la part des colonisateurs. Motif ? Le Cheikh s’activait à adorer son créateur Allah et à répandre les enseignements du prophète Mouhamad (Psl) pour porter le flambeau de l’islam au plus haut niveau. Accusé à tort, il est amené loin des frontières de son pays, ce qui lui a valu plusieurs tentatives d’assassinat et de privations d’accomplissement des préceptes islamiques. En route vers le Gabon, à l’heure de la prière, le Blanc lui signifie de ne pas prier dans son navire. Il pria sur l’océan atlantique. Au Gabon, il avait aménagé un espace et avec quatre bâtons, «construisit sa mosquée». Là aussi, le colon vint détruire sa construction. Suite à l’acte du Blanc, il écrit : «Mon Seigneur m’a fait savoir que je bâtirai deux grandes mosquées au pays», explique Serigne Fallou Mbacké, un petit-fils de Serigne Touba. La mosquée de Diourbel est l’une d’elles, avait-il affirmé à Yelly Sèye, un Sénégalais qui était témoin de la destruction de ces quatre bâtons au Gabon. L’autre semble être celle de la ville sainte de Touba. Mais pour les déductions de certains chefs religieux et les talibés, les quatre bâtons seront remplacés par quatre grandes mosquées. La grande mosquée Massalikoul Jinaan semble être comme, d’aucuns le pensent, la troisième récompense au profit de Cheikhoul Khadim pour les souffrances et privations qu’il a subies au Gabon. «Quand Serigne Touba partait en exil, il était passé par Dakar. Un passage triste et dur que nous n’allons jamais oublier. C’est pourquoi nous voulions dans cette capitale une preuve tangible, visible de partout et qui témoigne du succès de Serigne Touba. Et cette grande œuvre, c’est la mosquée Massalikoul Jinaan», avait dit Serigne Mountakha Mbacké à Abdoulaye Wade lors d’une visite à Touba. Cette preuve, Massalikoul Jinaan à laquelle l’actuel khalife général des Mourides faisait allusion, est construite avec plus de 20 milliards de francs Cfa, mais également avec des techniques de construction modernes et sophistiquées. Abdou Khadre Fall, un des collaborateurs de Mbackiyou Faye qui est le responsable des travaux, revient sur le site et les techniques qui ont permis l’édification de cette infrastructure. «C’était un lieu où il y avait beaucoup d’eau et il était très compliqué d’y construire. Mais nous avions mis en place un bureau d’études du sol. Et puis, on avait pris un échantillon qu’on avait amené en France pour l’étudier. Et l’étude avait montré que la qualité du sol n’était pas bonne. C’est pourquoi la première chose à faire était d’enlever ce sol et de le remplacer. C’est ce qu’on avait fait», explique M. Fall. Mais le travail préalable ne s’était pas arrêté là. En effet, le permanent à la coordination des travaux de Massalikoul ajoute : «La deuxième phase consistait à mettre des micropieux de 26 m dans le sous-sol pour assurer l’ancrage de l’ouvrage en profondeur. Pour chaque colonne, il y a un micropieu pour la maintenir afin d’éviter certaines fissures ou des glissements.»
Aujourd’hui, la grande mosquée Massalikoul Jinaan, en grande partie financée par la communauté mouride, est au rythme des derniers réglages pour son inauguration prévue le vendredi 27 septembre prochain. Le conducteur des travaux au Consortium d’entreprise (Cde), qui a réalisé «cette œuvre grandiose à la gloire de l’islam», revient sur la composition de l’édifice. «Les travaux sont achevés. Nous sommes en train de faire les nettoyages comme vous pouvez le constater. Là où nous sommes est la salle de prière des hommes. Elle peut accueillir 2 500 personnes et est prête à l’usage depuis un an. Celle des femmes aussi est achevée et peut contenir 3 000 personnes», confie-t-il. La capacité d’accueil ne se limite pas là car, ajoute Massamba Diaw, la mosquée est dotée de quatre salles de prière en plus de l’esplanade qui peut accueillir 20 mille individus. Elle a cinq minarets. Le plus grand est de 75 mètres de hauteur et les autres 45 mètres chacun.

Un mode de financement efficace et connu du Mouridisme
Cheikh Ahmadou Bamba «avait prédit que quiconque participerait à la construction d’une mosquée obtiendrait le paradis», avancent certains de ses disciples. Cela semble expliquer, en plus de l’ancrage des Mourides au ndigal (instructions), la mobilisation rapide de plus de 20 milliards de francs Cfa pour la réalisation de la grande mosquée Massalikoul Jinaan. Une somme obtenue à travers les cotisations des talibés (disciples) de Cheikh Ahmadou Bamba. Pas de financement provenant d’une Ong ou autre. «Le coordonnateur (Mbac­ki­you Faye) avait même commandé la fabrication de 313 caisses qu’on avait mises au niveau des marchés et dahiras pour faciliter la tâche aux nombreuses personnes qui se déplaçaient de loin pour verser leurs 500 ou 1 000 francs. Quand on a fait le décompte de ces caisses, on avait presque 1 milliard 500 millions de francs Cfa», informe Abdou Khadre Fall.

La participation de l’Etat du Sénégal
Edifiée sur un terrain de 6 ha offert par l’Etat du Sénégal, sous le magistère du Président Abdoulaye Wade, la grande mosquée est accompagnée d’un réseau important d’assainissement et de voirie financé par le régime de Macky Sall pour faciliter l’accès aux fidèles et visiteurs. «Nous avons maintenant une grande mosquée accessible de tous les quatre côtés avec des routes en 2 fois 2 voies, s’y ajoutent 5 km de voirie qui ont été réalisés avec un projet d’assainissement pour les eaux usées afin de mettre hors d’eau cette grande mosquée», avait dit le ministre des Infras­tructures, des transports terrestres et du désenclavement en visite de chantier sur les lieux. Oumar Youm rappelle également que la participation globale de l’Etat du Sénégal est estimée à 7 milliards de francs Cfa.
Artisan de cette construction, Mbackiyou Faye, représentant du khalife général des Mourides à Dakar, est un homme heureux et apaisé. «Elle (Ndlr : l’inauguration de cette mosquée) apparaît pour la communauté mouride comme majeure dans l’agenda religieux et culturel de la ville de Dakar, du Sénégal et du monde entier. Ce sera également un moment qui verra la participation de beaucoup de disciples de la diaspora qui, en pareilles circonstances, rejoignent le pays pour les préparatifs du 18 Safar, le grand Magal de Touba», a-t-il ajouté.
Parallèlement à la mosquée, Massalikoul Jinaan sera dotée de l’Institut islamique de recherche Cheikh Amadou Bamba qui va «regrouper des salles de conférence, des amphithéâtres, une grande salle de 3 500 places, une bibliothèque. Les chercheurs pourront y trouver des ouvrages sur les enseignements du Prophète Mohamed (Psl)».
A Colobane, c’est le triomphe d’une idée et d’un engagement. Ici, les pratiques et les règles instruites à Touba, à Darou Moukhty, seront également appliquées à la mosquée Massalikoul Djinane de Dakar. «Le mercredi 3 juillet 2019, le khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, avait convié tous les dignitaires de la communauté mouride pour les informer des décisions prises pour mettre fin aux formes de déviances observées dans la ville sainte de Touba et qui ne correspondent pas à sa vocation première», prévient M. Faye. C’est entendu…

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