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Statisticien de formation, il s’essaie à l’écriture. Son premier ouvrage est paru il y a quelques mois. «Ma fille» porte un regard critique sur la société et son système éducatif.

«Le roman est un miroir que l’on promène le long d’un chemin», disait l’écrivain du courant réaliste Stendhal. Mouhamadou Falilou Dioum a sans doute fait sienne cette assertion. Par sa plume, il a violé la franchise universitaire pour parler des conditions de vie estudiantine dans son roman intitulé Ma fille. L’ancien Sanarois rend en quelque sorte un hommage à un étudiant du nom de Balla Gaye, tué le 31 janvier 2001 par une balle de la police au cours d’une manifestation estudiantine. «A travers son personnage, bien que n’ayant pas eu l’honneur de le connaître personnellement, j’ai voulu reproduire, retranscrire toutes les qualités qui devaient caractériser cet homme», déclare l’homme à la taille moyenne. Il fait appel à la fiction pour évoquer des faits réels. «Je lui ai inventé une histoire, une histoire d’amour avec Awa, un personnage totalement fictif, mais dont le courage et l’héroïsme équivalent totalement ceux de Balla. A travers elle, c’est un autre hommage que je rends cette fois-ci à la femme. Ma fille est ensuite une accusation portée contre le système universitaire, contre certains aspects de la société sénégalaise, contre ses incohérences, ses aberration», ajoute le jeune de 29 ans.
Dakar-Sanar-Dakar, il a fait du chemin. Après son Baccalauréat scientifique en 2008, il a suivi des études en économie appliquée à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis  jusqu’à la Maîtrise. Teint noir, regard serein, Mouhamadou Falilou Dioum  a réussi en 2012 le concours de l’Ecole nationale de la statistique et de l’analyse économique. Trois ans après, l’admirateur de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké intègre l’Agence nationale de la statistique et de la démographique (Ansd) comme ingénieur-statisticien économiste. Il travaille maintenant pour le compte d’une entreprise privée où il s’occupe de la modélisation économétrique, de la programmation des modèles et de la planification économique, financière et budgétaire.

Au nom de la science
La question de l’éducation occupe une place de choix dans son ouvrage. Pour lui, le système éducatif sénégalais est aujourd’hui malade. «Du primaire à la Terminale, le bon sens ne peut qu’accuser l’Etat et les enseignants de ce désastre. En ce qui concerne l’université, la responsabilité est partagée entre les trois protagonistes, c’est-à-dire l’Etat, les professeurs et les étudiants. Je développe cette idée un peu plus dans le roman», analyse-t-il.
Mouhamadou Falilou Dioum est aussi pour la promotion de la science. Une discipline incon­tournable à ses yeux. «Ne nous voilons pas la face ! Le temps est à la science», prévient-il. Le «disciple» de Cheikh Anta Diop considère les filières scientifiques comme des atouts non-né­gli­geables dans la lutte contre le chômage : «La plupart des postes proposés requiert un minimum de formation scientifique, la compréhension de logiciels assez complexes, une capacité de modélisation se basant sur le calcul. Pour réussir dans la voie ‘’non-scientifique’’, il faut être parmi les meilleurs de sa génération et également, comme dans toute chose, avoir de la chance.»
L’auteur de Ma fille se désole du délaissement des filières scientifiques et appelle à une réorientation : «C’est triste à dire, mais l’aptitude littéraire ne constitue aujourd’hui qu’un atout qu’on garde sous sa manche. J’invite donc la jeunesse à s’orienter un peu plus vers les sciences, tout en gardant une passion pour la littérature. Je tiens cependant à préciser que je ne pense pas que les sciences soient fondamentalement plus intéressantes ou même plus que les autres orientations.» Ses lectures préférées sont d’ordre philosophique dont les écrits de Amin Malouf. Côté habillement, le très têtu Falilou a un penchant pour les couleurs sombres. Le temps de déguster son yassa préféré, le talibé mouride prévoit encore de faire promener son miroir au nom des réalités sociales.

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