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Lundi 26 février 2007, vers six heures du matin, nous entendîmes l’appel du muezzin qui se confondait avec l’appel du ciel. Son âme traversa l’aube mélancolique, illuminée par les larmes matinales d’une assistance désemparée. Une assistance criant, gesticulant, espérant une dernière chance de pouvoir dire au revoir à un père inerte qui vînt de rejoindre ses pairs dans l’au-delà. Nous nous rendîmes à l’évidence de l’implacabilité du décret divin. Médecin, enfant, gendre, épouse, tous sont restés impuissants. Mourchid Aboubacar Sy nous a quittés pour l’éternité. Inna lilaahi wa inaa ileyhi raadjioune.

Né le 29 août 1931 à Saint-Louis, Seydou Sy, comme l’appelait affectueusement sa famille, était un homme à facettes et dimensions multiples. Chacune de ces facettes et dimensions avait un nom pour les hommes et les femmes qui ont eu à le rencontrer durant ses 77 ans d’existence. Mame Boubacar pour sa famille paternelle, Mourchid pour les arabophones, Abou­bacar Sy pour ses collègues de travail, Mame Gorko et Mame Sy pour ses petits-enfants. En outre, cet écrivain, poète, guide religieux, ambassadeur de son Etat, était aussi Son Excellence. «Excellence» dans le geste et «Excellence» dans la parole. Il avait fait de la diplomatie un sacerdoce, non seulement en tant que fonction officielle, mais également comme instrument de cohésion sociale et religieuse. En effet, il était le promoteur infatigable du resserrement des liens sociaux et familiaux, à l’écoute de ses proches et dénouait les crises au sein et au-delà de sa famille en apportant sa précieuse assistance sans aucune discrimination. Pour lui sa famille élargie, comprenant diverses ethnies, loin d’être une charge, était plutôt une richesse, son arche de Noé. Peut-être parce qu’il n’avait pas connu son père, l’érudit Thierno Ousmane Iyane Sy, rappelé à Dieu quatre mois après sa naissance. Ce père dont les connaissances islamiques lui ont été transmises à travers ses illustres frères aînés qu’il estimait, les Mouchids Ahmed Iyane, Moustapha et Malick, eux-mêmes maîtres dans le domaine religieux et virtuoses de la langue arabe. En témoigne le mémorable discours, prononcé à Ndja­mena, devant Serigne Mansour Sy Borom Daradji, l’ex-Président Libyen Mouammar El Ghadafi, ainsi que les représentants des différentes confréries religieuses du Sénégal. Ainsi, il avait su établir des relations particulières avec ses frères et très affectueuses avec ses sœurs, notamment avec sa grande sœur Sokhna Aïda, qui était pour lui une source de sagesse citée à l’envi.
Aussi, son modèle était Thierno Mountaga Tall, frère de sa mère Sokhna Dieynaba Tall qui l’avait pris sous son aile très jeune et dont il finit par devenir le bras droit, l’émissaire. Ce descendant de Sy Ousmane Bou­bacar qui aimait se définir com­me le Dernier des Mohicans vouait à son oncle respect et admi­ration. Leur relation fusionnelle était si forte qu’un mois seulement les a séparés avant qu’ils n’aillent tous les deux rejoindre El Hadji Oumar Fou­tiyou, Seydou Nourou Tall et Thierno Ousmane Sy à l’autre monde. En parlant de Thierno Mountaga, il se référait à la sourate Al Doha : «Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il a accueilli. Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? Alors Il a guidé. Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre. Alors Il a enrichi.» (V. 6,7 et 8). En effet, Mame Mountaga l’a accueilli en tant que fils aîné plutôt que de le considérer seulement comme son neveu ; il l’a guidé par la formation religieuse et sociale ; et surtout il l’a enrichi en lui offrant la main de sa fille aînée Adja Madina Tall. Ces liens d’affection et de respect, il les entretenait avec son épouse, ses frères et sœurs, ses enfants qu’il appelait ses pupilles, ses neveux et nièces, dont il se disait le gardien, ses gendres qu’il chérissait, ses amis auxquels il était fidèle, et même ses adversaires auxquels il a tendu la main, si ce n’était parfois la joue.
La diplomatie religieuse était pour lui une vocation qui lui avait permis de tisser ou de renforcer les liens entre ses familles paternelle et maternelle et les différentes confréries et entités religieuses où il comptait de nombreux amis. D’une générosité incommensurable qui rendait perplexes certains, il a tellement donné durant sa vie que lors de ses funérailles, un de ses vieux compagnons, gagné par l’émotion, déclarait qu’il est certain que Aboubacar Sy aurait cherché à donner quelque chose à Dieu s’il arrivait à le rencontrer, pensant qu’il était toujours en droit de mettre la main dans sa poche. Tel était l’homme qui n’avait aucun attachement pour le matériel, mais a su léguer à ses proches les seuls biens réels qu’il possédait : sa sagesse, ses con­naissances, sa culture et sa générosité.
Aujourd’hui, 10 ans déjà. Lui dont la vie était marquée par le mysticisme et les symboles, qui interprétait les évènements de sa vie à travers les chiffres et les dates liés à chaque étape de son existence-naissance, carrière, voyages etc.- aurait vu en ce chiffre 7, très symbolique en islam et notamment dans le Coran, un autre jalon talismanique !  Pour nous, cela fait sept ans qu’il est encore plus présent dans nos esprits, notre quotidien. Il ne se passe pas un jour sans que l’on ne se souvienne des anecdotes par lui racontées ou dont il a été l’objet, que l’on ne dise : «Ah ! S’il était là, il aurait dit, aurait fait, aurait ainsi résolu…», que l’on ne puise dans ses sages conseils et enseignements. Il avait dit à son gendre que grâce à ses petits-enfants, il entrera dans l’histoire. Il y est déjà.
La journée du dimanche 25 février fut très longue, les citoyens sénégalais devant élire leur Président. Aux environs de 17 heures, comme mû par une prémonition, le Mourchid Abou­bacar Ousmane Sy sur son lit d’hôpital égrenait tranquillement son chapelet en implorant le Tout-Puissant de lui venir en aide dans cet ultime voyage pour qu’il arrive à bon port et lui accorde son pardon en psalmodiant 1 231 fois : «Bismillahi majraha wa mursaha inna rabbi la ghafurun rahim.»  (Verset. 41, sourate Hûd), com­me Noé avait imploré Allah pour son arche. Il s’était déjà préparé à la volonté du Créa­teur.
Même en tirant sa révérence, il l’avait fait avec diplomatie et élégance, puisant toujours dans ses viatiques : le Coran et la Sunna. Ses dernières paroles aux secouristes de Sos Médecin s’affairant autour de lui sous la direction du Dr. Boubacar Signaté avaient été : «Mes fils, je vous remercie. Vous avez déployé beaucoup d’efforts. Tendez vos mains pour que je puisse formuler des prières pour vous !» Cette prière fut sa dernière parole.
Le chantre de la «Cora­no­pho­nie» s’en est allé, mais son ouvrage reste éternel pour nous guider vers le Sirate al mousatquim.
Paix à ton âme Mourchid !
A l’occasion de la 10ème année de sa disparition, la famille de feu Aboubacar Seydou Sy vous convie à une journée de prières à la maison familiale sise à Scat Urbam.
La Famille de Mourchid Aboubacar Seydou SY

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