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La Journée internationale de la musique sera célébrée demain au Sénégal et dans le monde. Le ministère de la Culture a, en prélude à cette célébration, organisé hier une journée de réflexion sur la situation de l’Orchestre national du Sénégal. Ce dernier ploie sous d’énormes difficultés : déficit budgétaire, salaires impayés, défaut d’équipement en matériel son et lumière, pas de statut… Une situation qui désole au plus haut point les autorités qui promettent des solutions.

L’Orchestre national dont la mission essentielle était l’exploitation du patrimoine musical, la sauvegarde, la valorisation et la vulgarisation des rythmes et chants traditionnels à travers les compositions musicales a, depuis sa création en 1982, largement contribué au rayonnement de la culture sénégalaise et au renforcement de la coopération culturelle entre le Sénégal et les pays amis, en animant jadis toutes les soirées de gala officielles du gouvernement et dans certaines ambassades. Avec des membres au talent reconnu et une musique de référence, il servait de baromètre du niveau de la créativité musicale sénégalaise autant qu’il servait d’instrument de préservation de patrimoine immatériel et de valorisation des musiques des terroirs. Grâce à ses nombreuses collaborations avec de nombreux artistes comme Youssou Ndour, Ismaïla Lô, Feu Moussa Ngom, Didier Awadi, Viviane, Athia Wellé, Ndèye Kassé, Baba Maal, Salif Keïta, Aïcha Koné, Fodé Camara, l’orchestre a fait voyager le nom du Sénégal un peu partout dans le monde… Mais aujourd’hui, il présente un visage sombre et peu reluisant.
Miné par des problèmes qui ont pour noms défaut de management, difficultés de gestion des ressources humaines et financières, manque d’équipement en matériel son et lumière, problèmes logistiques, cet orchestre qui a fait les beaux jours de la musique sénégalaise est au creux de la vague. Que s’est-il passé de 1982 à 2018 ? Telle est la question essentielle de la journée de réflexion qui a réuni hier à Douta Seck le ministère de la Culture, l’administration de l’Orchestre national, les acteurs culturels et les musiciens. Ensemble, ils ont procédé à un diagnostic sans complaisance de la situation de l’orchestre afin de trouver des solutions et surtout trouver les voies et moyens de lui redonner son lustre d’antan, ou au moins faire renaître un grain d’espoir dans le cœur de ses membres.

Etat des lieux et promesses de relance
Musicien, saxophoniste, flutiste, chef de l’Orchestre national, Sanou Diouf fait partie de ceux qui l’ont vu naître. Le voir décrépir le contrarie grandement. «Au début, quand on créait l’orchestre, l’Etat suivait. On a bien démarré, tout marchait bien entre 1982 et 1990 et tout le monde s’associait au travail. Mais quelques années après, on tournait en rond. On a un budget qui s’épuise au bout de 6, voire 7 mois. Comment peut-on travailler dans ces conditions ? Un artiste ne doit pas être dans le besoin. Ce sont les extras qui m’ont permis de tenir et de gérer les besoins de ma famille durant ces 36 ans. Il fut un moment où j’étais même parti, mais c’est Cheikh Tidiane Diallo qui m’a fait revenir. 36 ans c’est trop dans la vie de quelqu’un. Il y a plein de choses que je pouvais faire, des projets personnels, mais je n’ai pas pu les faire.» Il est frustré que le ministère ne pense qu’aujourd’hui à l’orchestre. «Il est un peu tard. Mais comme on dit souvent, il n’est jamais trop tard pour bien faire», lance-t-il.
Côté social, ce n’est pas non plus la fête à l’Orchestre national. «Dans une société, si le social ne marche pas, rien ne marche. On a beau avoir de très belles idées, ça ne va pas marcher. La musique, c’est mental et physique. Avoir des problèmes de salaire, de maternité, ça n’aide pas», souligne M. Diouf.
Pour ce qui est du matériel, l’orchestre se félicite d’en avoir reçu de la part du ministère de la Culture il y a 1 ou 2 ans. Bien que le chef d’orchestre soit loin d’être satisfait. «Nous avons reçu du matériel oui, mais ce n’est pas suffisant. C’est n’est que la moitié du matériel. Un orchestre sans matériel va s’endormir. C’est dangereux même de jouer avec ce matériel. Le son n’est pas bon et les profanes ne vont pas comprendre si c’est du bon matériel ou pas. Tout ce qui les intéresse c’est du bon son. Après certaines performances même, tu risques de perdre des clients qui te disent il y a problème. Alors que ce n’est pas la musique. C’est le matériel. Le son, c’est la base pour un orchestre», explique-t-il.
Quid des pensions de retraite et du problème de salle de répétition ? Depuis quelques années en effet, c’est Douta Seck qui accueille les séances de répétition de l’Orchestre national qui essuie des critiques en tous genres. «On avait une salle de répétition, mais elle a été dévastée par un incendie. On répète maintenant dans un bâtiment que nous a prêté Douta Seck. Mais à chaque fois que tu parles de musiciens, ils disent ‘’day naane, day toux yamba’’… On a failli porter plainte…», rapporte le chef qui plaide pour une meilleure considération des artistes et le versement des pensions de retraite. «Une dizaine d’entre nous sont partis à la retraite sans pension. Tu imagines quelqu’un qui travaille 25 ans et qui se retrouve sans indemnité de retraite. Pourquoi on ne l’a pas versée ?»
Hâte aussi qu’on règle le problème du budget. «Notre budget annuel était de 60 millions de F Cfa par an. C’est Mbagnick Ndiaye qui l’a amené à 92 millions de F Cfa». Secrétaire général du ministère de la Culture, Birane Niang promet que les conclusions de cette rencontre serviront de barème au ministère pour une relance réussie de l’Orchestre national. «C’était le but de la rencontre», a-t-il indiqué.
aly@lequotidien.sn

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