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Grâce à Issa Mbaye Diari Sow, le «riti» peul a fait le tour du monde. Le musicien peul va se produire aujourd’hui sur la scène de l’Institut culturel français pour présenter son dernier album «Aynaabe». Il était face à la presse hier.

«Je suis un diplômé de la grande université de la parole enseignée à l’ombre des baobabs», disait Amadou Hampâté Ba. Pour Issa Mbaye Diari Sow, c’est aux côtés de son troupeau qu’il apprendra à jouer et aimer le riti, cet instrument traditionnel pulaar encore appelé «nianiorou». Après Doumale, Issa Mbaye Diari Sow vient de lancer son deuxième album Aynaabe qui signifie «les bergers». A compter de ce soir, il entame l’Expression pastoral tour, au Sénégal d’abord, puis en Côte d’Ivoire où il participe au Marché des arts et spectacles d’Abidjan (Masa) avant de s’envoler vers l’Europe où il doit se produire dans plusieurs pays. Face à la presse hier, Issa Mbaye a expliqué que toute sa musique évoque les Peuls dont il fait partie. «Je n’oublie jamais mes origines. J’avais une vache qui s’appelait Nollé. Elle était très attachée à moi. Quand je prenais une pause, je sortais mon riti et je me mettais à jouer. Et cette vache venait alors me caresser la tête», se rappelle encore le musicien. Originaire du Walo, du village de Talbakhlé plus précisément, le maître du riti a par la suite poursuivi son apprentissage dans le Djolof. Aujourd’hui, il n’a plus qu’une ambition, faire du riti un instrument universel. «Je pense à l’avenir, aux jeunes qui viendront après moi. Je ne fais qu’ouvrir la voix et j’exhorte tous les musiciens qui utilisent des instruments traditionnels à les inscrire dans une perspective moderne», explique l’artiste. Mais que de chemins parcourus, d’expériences partagées et de leçons apprises depuis la savane du Djolof. Issa Mbaye Diari Sow, qui affirme son attachement à la jeune génération, ne pense plus qu’à transmettre le flambeau. Et cela passe, selon lui, par un partage du savoir. «Quand j’étais jeune, il y avait des joueurs de riti qui venaient chez moi ou dans mon village Talbakhlé. Nous les enfants, on les écoutait. Et le lendemain, on reproduisait un instrument rudimentaire pour rejouer les notes qu’on avait entendues. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Il faut d’autres méthodes d’apprentissage. Et c’est la raison pour laquelle j’ai pensé mettre en place une école de formation pour tous les instruments traditionnels.»
Le nouvel album international de Issa Mbaye Diari Sow est coproduit par Homerecords de la Belgique et Afrik’Consult de Latsouck Ndiaye. Enregistré au Sénégal et en Belgique, il a vu la collaboration de plusieurs artistes dont le virtuose du violon, le Flamand Wouter Vandenabeele, Malick Pathé Sow au xalam, Bao Sissokho à la kora, le jeune chanteur peul Abdou Camara et plusieurs autres musiciens traditionnels. Sur la scène de l’Institut français, il sera accompagné par l’Orchestre national où il a fait ses premières armes avant de s’installer par la suite en Belgique dans les années 2000. Là-bas, Issa Mbaye Diari a réussi à intégrer son instrument traditionnel dans des ensembles de musique moderne. «J’ai fait un peu de solfège et je suis passé par le conservatoire. Il m’arrive de taquiner le violon et le piano. Pour jouer à un certain niveau, il faut connaître un peu la musique, savoir reconnaître les bémols, les aiguës et les différents accords. Mon instrument n’a qu’une seule corde et il faut que je sache comment respecter les accords», explique le musicien. Dans les vastes étendues qui l’ont vu naître et que sillonnent des bergers et leurs troupeaux, le riti exprime la mélancolie de la solitude, mais aussi exalte la beauté de la nature. «Chaque instrument parle la langue de son propriétaire. Si tu donnes une guitare à un Mauritanien, il va jouer un air maure. Pareil pour le Sérère ou un autre. Mon riti parle de la brousse, des troupeaux, de la nature. C’est de toutes ces choses-là que je m’inspire dans mes chansons», dit-il. Mais Issa est avant tout un instrumentiste. Et c’est à Abdou Camara, son lead vocal, que revient la tâche d’en faire des chansons, souvent sous la dictée du maître.
mamewoury@lequotidien.sn

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