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Un label new-yorkais exhume les joyaux musicaux de la Somalie des années 1980, entre funk, reggae, musiques indiennes, arabes et africaines.

Mogadiscio, Somalie, 1987. A la veille d’une guerre civile qui durera deux décennies, la capitale bouillonnait, vibrait par sa musique, ses fêtes, et sa multiculturalité dans toute la corne de l’Afrique. Durant toutes les années 1980 jusqu’en 1991, avant la chute du général Mohamed Siad Barre, des musiciens, producteurs ou simples mélomanes ont sauvé parfois au péril de leur vie, les archives contenant plus d’un demi-siècle de musique somalienne. Des milliers de cassettes et de bobines ont ainsi rapidement été retirées des bâtiments avant d’être dispersées dans des pays voisins ou enterrées. Ostinato Records, label indépendant américain, a réussi à retrouver certains de ces trésors perdus. Le résultat ? Une compil de 15 titres rares et exceptionnels.

Une période dorée
L’ouverture musicale du pays dans cette période de dictature est permise grâce aux Etats-Unis. L’un des alliés de poids au régime en place. Ainsi les artistes comme Santana, Bob Marley ou encore Michael Jackson étaient diffusés en masse sur les ondes des radios somaliennes. Les artistes mélangeaient cette musique pop, funk, reggae venue de l’extérieur pour s’inspirer et créer une musique hyper-originale. Comme le son d’un de ses groupes les plus connus à l’époque : le Dur-dur Band. C’est sous la dictature de l’autocrate Siad Barre, arrivé au pouvoir après un coup d’Etat militaire en 1969 et chassé en 1991, que la scène musicale de la ville portuaire Mogadiscio a connu ses heures les plus inspirées. Elle s’est nourrie des courants venus d’Iran, du monde arabe, mais aussi, tout particulièrement, d’Inde.
Les chansons de Bollywood sont populaires dans de nombreux pays africains depuis longtemps, mais en Somalie, le lien est d’autant plus fort que la musique traditionnelle de ce pays de la corne de l’Afrique utilise la gamme pentatonique, tout comme certains ragas indiens. «Même si vous écoutez un titre pop funky, il y a toujours une touche indienne qui le rend unique», explique Vik Sohonie, un ancien journaliste qui a créé le label new-yorkais Ostinato, dédié à la musique de pays souvent ignorés culturellement. Restait à mettre la main sur des traces de ce mélange de funk, de pop, de reggae, mâtiné d’un soupçon de Bollywood, qui remonte aux années 1970 et 1980.

Les gardiens de la culture somalienne
Le pays ne possédait aucune maison de disques et aucun album n’a donc été produit à l’époque. Son industrie musicale était entièrement dirigée par l’Etat et le seul canal de diffusion des chansons était la radio. Vik Sohonie s’est donc mis à la recherche de vieilles cassettes audio sur lesquelles des auditeurs avaient enregistré ces pépites.
Après en avoir déniché quelques-unes à Djibouti, il a trouvé le Graal dans la république autoproclamée du Somaliland. Dans ce pays, qui n’est officiellement reconnu par aucun autre, un mathématicien somalien, Jama Musse Jama, avait réuni quelque 10 000 cassettes dans le cadre de sa fondation. Le projet a alors reçu le renfort de Michael Graves, un ingénieur du son dont le travail de restauration de titres de folk américaine lui a déjà valu des Grammy Awards, les récompenses de l’industrie américaine du disque.
Tout en préservant une partie de la rusticité du son des cassettes, le technicien a remasterisé les 15 chansons qui figurent sur l’album Sweet as Broken Dates, qui doit sortir le 25 août. «En tant que diplômé en histoire, j’ai toujours su que ces endroits avaient beaucoup plus à offrir que ce qu’il y a dans les médias», explique Vik Sohonie. Pour lui, «c’est un univers qui était totalement inexploité».
lepoint.fr

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