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Organiser un grand festival reste un parcours du combattant au Sénégal. Selon Ous­mane Faye, manager de Oumar Pène, les acteurs culturels gagneraient à mutualiser leurs efforts. M. Faye, qui prenait part à un panel organisé dans le cadre du Dakar Music expo (Dmx), préconise une harmonisation des programmes pour arriver à des économies d’échelle.

Au Sénégal, l’organisation d’un grand festival reste un parcours du combattant. Rares sont ceux qui arrivent à mettre sur pied ce type d’organisation sans couacs. Pour le manager du musicien Oumar Pène, Ousmane Faye, il faut aller vers une mutualisation des efforts. Ousmane Faye, qui participait ce jeudi à un panel organisé à l’Institut culturel français dans le cadre du Dakar musique expo (Dmx), préconise une harmonisation des programmations. «Trop d’organisations nous renforcent», estime M. Faye en marge de ce panel qui traitait de la coopération Sud/Sud et de l’intérêt des organisations professionnelles dans le secteur de la musique. «On doit s’entendre pour faire des économies d’échelle. Par exemple quand le festival Banlieue Rythme est à Guédiawaye et Africa Fête à Dakar, si on fait venir Me Gims, ce n’est pas le même public. Si on organise un concert à la Place de la Nation, c’est tout Dakar qui viendra mais les gens de Guédiawaye vont attendre. Donc on peut se cotiser pour acheter les billets d’avion, payer l’hôtel et tout le monde gagne et le public aussi», propose le producteur et agent d’artiste. Ousmane Faye ne mâche d’ailleurs pas ses mots en demandant à la corporation de mettre fin «au championnat». «Il faut qu’on arrête de se flinguer. Si on ne rompt pas le championnat, chacun essayera d’aller chercher l’artiste qui va jouer et dire j’ai fait le plus beau festival qui existe et tout le reste c’est du n’importe quoi. C’est ça qu’on doit arrêter.» Même si l’organisation d’évènements culturels, des festivals notamment, reste un secteur concurrentiel, M. Faye pense que ce qui doit primer, c’est la qualité des produits au plan artistique.

Circulation des artistes
Le panel qui s’inscrit dans le cadre du Dmx, a permis de discuter des problèmes qui entravent l’épanouissement des acteurs culturels. Une occasion d’évoquer les facteurs qui freinent l’évolution des groupes musicaux à travers le monde. Circulation et mobilité des artistes se combinent au manque de fonds, soulignent les panelistes dont Cedric David, qui dirige l’association des managers de la Colombie. «Quand on parle de voyager, il faut qu’on puisse avoir les moyens d’acheter les billets d’avion, financer les visas et l’hébergement. L’artiste a besoin d’être bien accompagné parce que le travail artistique demande de son esprit et de son intelligence. S’il est fatigué avant de monter sur scène ou d’entrer en studio, il ne peut pas chanter. C’est autant de questions qu’il faut prendre en compte quand on est un manager, un agent artistique pour prétendre à la mobilité et à la circulation.» Mais pour Ousmane Faye, c’est surtout aux artistes de comprendre les enjeux et de travailler en ce sens. «Il n’y a pas une musique pour l’international, c’est le travail que nous faisons, les marchés auxquels nous nous attaquons et la vision qu’on a de notre création. Quand on met de l’argent pour notre création, on a envie que ça soit écouté partout. Qu’est-ce qu’on y met pour que ça soit écouté au Sénégal et à l’international ? Ou on s’arrête seulement à ce qui nous fait danser ici au Sénégal ou est-ce que en plus de ce qui nous fait danser, il y a une charge émotionnelle qui fait que celui qui ne comprend pas la langue, ne sait pas danser le mbalax, puisse écouter et s’émouvoir. Tout ça, c’est un travail, un métier qu’un directeur artistique peut faire», souligne M. Faye.

Marginalisation des femmes
Le secteur de la musique est aussi à l’image d’autres secteurs de la vie professionnelle, des bastions dans lesquelles les femmes peinent à s’imposer. C’est le constat fait par Wasso Tounkara. Manager d’artiste, elle est aussi la présidente de Gen Ji Hip Hop, un collectif qui regroupe des femmes des cultures urbaines. Face à la discrimination à laquelle elles sont confrontées, ces femmes ont tout simplement pris l’initiative de mettre en place leur propre festival, dénommée Waxal sunu bopp, «Parler par nous-mêmes». «Dans le milieu du Hip Hop et des cultures urbaines, les femmes ne sont pas souvent programmées. Les producteurs d’évènements le justifient par le fait qu’il n’y a pas de femmes qui ont cette capacité d’être programmées. Ce sont des questions qui ne se posent jamais pour les hommes. Dans les programmes, les concerts, on voit pourtant des hommes jouer et on sait que les femmes font même mieux. Et pire, elles ne sont pas payées à hauteur de leur travail», dénonce Mme Tounkara. Pourtant, entre 2017 et aujourd’hui, Wasso Tounkara dit constater beaucoup d’évolution du côté des femmes sur la scène artistique et sur le plan professionnel. «On a des femmes techniciennes de son, managers, photographes, etc. Malgré tout, on les voit moins dans les évènements et les scènes artistiques», déplore-t-elle.
mamewoury@lequotidien.sn

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