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Une artiste sur scène.

Comment faciliter l’assaut des femmes sur les festivals ? C’est le prétexte avancé pour réfléchir sur les facteurs bloquants de l’éclosion des artistes féminines dans le hip-hop. Marocains, Sénégalais, Gambiens et Maliens se sont penchés hier sur la question à la Maison des cultures urbaines de Ouakam, à l’occasion de la 1ère édition de Urban festival forum. C’est le machisme et le niveau des femmes qui sont indexés par les intervenantes.

C’est une réalité qu’il faut évoquer pour la dénoncer. La présence féminine dans la musique de manière générale est disproportionnée par rapport à celle des hommes. Comment permettre un assaut des femmes sur les festivals ? Producteurs, tourneurs, chanteurs, rappeurs et photographes des cultures urbaines se sont donné rendez-vous à la Maison des cultures urbaines (Mcu) pour y apporter un début de réponse.
Si certains ont diagnostiqué le problème sous l’angle du féminisme, Maman Faye, présidente de l’Association We management, a une autre lecture du problème : «La question qu’il faut se poser, c’est comment travailler main dans la main pour faire avancer notre musique. Cela passe forcément par le fait de bannir l’idée selon laquelle il faut prendre une femme pour la décorer soit son affiche ou sa scène. On ne doit pas ‘’booker’’ une femme parce qu’elle est belle, mais parce qu’elle est performante.» Et cette performance ne peut être possible que si elles ont la chance, au moins, de montrer leur talent, semble indiquer Ina Thiam. La photographe et non moins coordonnatrice du Women urban week (un festival dédié à la gent féminine des cultures urbaines, Ndlr) estime que les stéréotypes freinent l’éclosion des femmes dans le milieu musical. «C’est le travail des hommes, cette distinction de genres et cet état d’esprit qui freinent la gent féminine. Si la génération des Fatim avait continué, on n’aurait pas eu ce débat aujourd’hui. C’est la limite de l’histoire. Le fait qu’on nous voit comme êtres inférieures et qu’on nous ménage sur certaines tâches ne nous aide pas du tout. Il ne faut pas programmer une femme pour décorer l’affiche.»
Pour trancher le débat, Daouda Mar, directeur du Festival 72 heures hip-hop de Thiès, explique que c’est parce qu’il y a un très grand nombre d’artistes masculins que les hommes sont beaucoup plus présents dans la musique. «La présence féminine est ce qu’elle est partout dans le monde. Elles étaient 13% des artistes au dernier Cochela. C’est parce que les artistes masculins sont plus nombreux, donc plus performants», a-t-il déclaré pour expliquer la présence féminine dans la musique. Pour lui, il faut évoquer la question sur l’angle économique. Si les artistes féminines étaient plus performantes, elles seraient beaucoup plus présentes que les hommes, fait comprendre Daouda Mar. «Cela ne me dérange pas de faire un festival qu’avec des hommes s’ils sont plus performants», a-t-il lancé.
La chanteuse OMG a préféré analysé le sujet sous l’angle historique. Pour elle, c’est parce qu’il y avait au début des hommes que ces derniers pensent que le hip-hop est leur propriété. «C’est une remarque. Quand on parle de hip-hop, les hommes pensent que c’est leur propriété. Le hip-hop est machiste. C’est parce qu’ils ont été au début qu’ils pensent ainsi», a fustigé l’auteur du tube Loussisa yone. Avant de donner son parcours en exemple : «Il m’a fallu faire un autre genre musical et gagné le respect du grand public pour que le hip-hop me reconnaisse. Je dois parler pour éviter que cela ne touche une autre artiste. Pour moi, il faut éliminer les préjugés.»
Ina Thiam, qui a dénoncé le machisme, s’est défendue. En effet, parlant de la création d’un festival qui exclut les hommes, la photographe a expliqué que «le Women urban week n’est pas une ghettoisation». «Vu qu’on ne nous fait pas de la place, on s’organise pour avoir cette visibilité. Et une fois obtenue, nous ne réclamerons plus cette place, nous allons la chercher naturellement», fait remarquer Ina Thiam.
Cet échange s’inscrit dans la logique de Urban festival forum (Uff). Pour la première édition qui s’est ouverte le 28 octobre 2019, des Sénégalais, Marocains, Maliens et Gambiens se sont actuellement déplacés à Dakar pour mutualiser leurs forces en vue de corriger leurs faiblesses. Ainsi, jusqu’au 2 novembre 2019, des conférences, des master-class, des ateliers et show-cases vont diagnostiquer les maux des festivaliers.

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