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Avec des dépôts de 307 milliards de francs Cfa et un encourt des crédits de 363 milliards en 2017, les Systèmes financiers décentralisés (Sfd) sont très dynamiques. Seulement, relève le délégué général à l’Entreprenariat rapide, Pape Amadou Sarr, les taux d’intérêt pratiqués dans ce secteur «frisent l’usure». Selon l’Association des professionnels des Sfd, c’est la conséquence des charges élevées qui pèsent sur les structures.

En 2017, les dépôts dans les Systèmes financiers décentralisés (Sfd) ont atteint 307 milliards de francs Cfa avec un encourt des crédits de 363 milliards, soit 10% du crédit à l’économie. Si le secteur démontre par-là un dynamisme et une réelle contribution à l’amélioration de l’inclusion financière des couches les plus vulnérables, des obstacles freinent tout de même son envol. C’est le cas pour les taux d’intérêt élevés pratiqués dans la microfinance. Selon le Délégué général à l’entreprenariat rapide (Der), ces taux «frisent l’usure» parfois. Pape Amadou Sarr, qui participait hier à la concertation entre le ministère des Finances et l’Association des professionnels des Systèmes financiers décentralisés (Ap/Sfd), n’a pas mâché ses mots en dénonçant ces taux d’intérêt élevés qui freinent les initiatives entrepreneuriales.
Le président de l’Ap/Sfd, Mamadou Lamine Guèye, n’en disconvient pas. Par contre, il évoque la lourdeur des charges pour expliquer cette situation. Selon lui, la fiscalité est une difficulté majeure. «Si on prend la contribution à l’économie locale qui remplace la patente, avec le calcul qui est fait, même une petite Institution de microfinance (Imf) peut payer entre 10 et 30 millions. La conséquence, c’est que les Imf ne pourront pas se développer, alors qu’il y a une partie du Sénégal où le taux d’inclusion est de 1%», explique M. Guèye. Il précise ainsi que ces taxes trop élevées impactent la rentabilité des Sfd.
Les chiffres fournis par la direction de la Règlementation des Sfd le confortent avec moins de 20% de rentabilité. «Il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or. Nous sommes des entreprises citoyennes, nous ne refusons pas de payer des impôts, mais il faut que ça reste raisonnable», précise M. Guèye.
Avec 2,8 millions de comptes au 1er trimestre de 2018, les Sfd disposent de 897 points de service dans 43 départements du pays. Du point de vue du taux de pénétration, il n’est que de 23,8% avec des taux de souffrance de 4,9%. Une situation qui s’explique sans doute par les taux élevés d’intérêt pratiqués dans ce secteur.
Mais l’Ap/Sfd mise sur l’arrivée de la révolution digitale pour baisser ses charges de fonctionnement. «Nos agents de crédit se déplaçaient avec des piles de papiers. Maintenant, ils amènent juste une tablette. Ce gain d’efficacité a un impact sur le taux d’intérêt. Quand il y a trop de charges, le taux d’intérêt augmente», soutient M. Guèye.
Pour le ministre de l’Eco­nomie, des finances et du plan, la dynamique de concertation entre les acteurs va sans nul doute faire émerger des stratégies permettant d’augmenter les crédits et de baisser les taux d’intérêt. «Les difficultés relevées, notamment dans la gestion opérationnelle et stratégique, la gouvernance, le financement sont autant de défis qui devraient mobiliser l’attention des acteurs. Dans cette perspective, le Mefp se tiendra aux côtés de l’Ap/Sfd pour engager les réflexions sur les problématiques, liées notamment à la fiscalité, au financement des Sfd, ainsi qu’à la mise en place d’un cadre règlementaire propice à la consolidation et à l’émergence d’un secteur de la microfinance plus inclusif et porteur de changements notoires pour l’économie et les populations», assure Amadou Ba.
mamewoury@lequotidien.sn

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