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Le 1er juin 2008, j’avais été à la cérémonie de lancement des Assises nationales. J’avais répondu, bon gré, à cet appel de certaines forces vives de la Nation sénégalaise, regroupées notamment dans un cadre politique, le Front siggil senegaal, qui était un regroupement de formations politiques de l’opposition au régime du Président Abdoulaye Wade. De nombreuses organisations de la société civile y avaient pris part. J’étais ce jour-là installé en bonne place, à un endroit assez visible pour les caméras de télévision. J’étais bien installé avec deux confrères, Abdoulaye Bamba Diallo et Issa Sall. Notre présence était symbolique, recherchée même, sans aucune fausse modestie ou prétention. Parce que justement, tout le monde n’était pas aux Assises nationales. Certains avaient choisi d’obtempérer à l’injonction du Président Wade de ne pas participer à cette rencontre qui lui permettrait, disait-il à qui voulait l’entendre, de compter ses ennemis. D’autres avaient choisi de défier le Président Wade par leur présence. Les motivations des participants étaient donc différentes et un de mes interlocuteurs faisait la réflexion, qu’en brandissant une menace contre les participants aux Assises nationales, le Président Abdoulaye Wade participait à la réussite populaire de la manifestation. A son avis, le Président Wade ne devait pas avoir compris que «les Sénégalais restent des esprits libres qui n’accepteraient pas qu’un gouvernant leur impose une conduite». Ils sont donc nombreux à n’avoir été qu’à la première séance des Assises nationales.
D’autres avaient choisi d’autres postures. Un Idrissa Seck, par exemple, avait refusé de prendre part aux Assises nationales pour ne pas apporter sa caution à ce qui était perçu comme un objectif caché des Assises nationales, à savoir la recherche d’un candidat unique pour l’opposition autour d’un programme de gouvernement consensuel. Le maire de Thiès et président du parti Rewmi avait entretenu la polémique avec les «Assisards» qu’il ne manquait pas de snober. On peut même dire qu’il se gaussait d’eux. D’ailleurs, cette période coïncidait avec une autre phase dans ses tentatives de rapprochement avec le Président Abdoulaye Wade. Par ailleurs, l’histoire enseignera que les principaux contributeurs pour le financement des activités des Assises nationales, en l’occurrence Moustapha Niasse et Lamine Diack, nourrissaient chacun le dessein d’être le porte-drapeau des Assises nationales en direction de la Présidentielle de 2012. Mettre la main à la poche pour financer les Assises nationales serait une certaine forme d’«Opa» pour s’acheter une légitimité à porter les couleurs de l’opposition.
Pour sa part, Macky Sall qui, au lancement des Assises nationales, était encore militant et responsable du Parti démocratique sénégalais (Pds) n’avait pas pris part aux travaux. Après sa démission de toutes les instances du Pds le 10 novembre 2008, il s’était gardé de rejoindre les travaux des Assises nationales qui se termineront le 24 mai 2009, jour de la restitution des travaux. Plus tard, la circonspection de Macky Sall ou ses réserves vis-à-vis du Front siggil senegaal et des Assises nationales avaient fini par faire de lui le «mouton noir» de l’opposition. Les murs du Sénégal étaient tapissés de graffitis l’insultant ou l’accusant d’être «le plan B» de Abdoulaye Wade.
On peut dire que la démarche de Macky Sall est cohérente de ce point de vue. Alors, comment peut-on lui demander, une fois qu’il est élu, de faire des conclusions des Assises nationales son bréviaire, le référentiel de sa gouvernance ou sa boussole ? Il n’a assurément pas été élu sur la base du programme des Assises nationales. Le chef de l’Etat n’a pas non plus tort de considérer que «la Charte des Assises nationales ne constitue ni la Bible ou le Coran ou la Thora» pour que les propositions d’ailleurs appelées, avec une certaine prudence, «recommandations» ne s’imposent à tout chef d’Etat élu. Accepter tout ou partie des conclusions des Assises nationales ne devrait pas signifier une entrée en religion. De toute façon, le Président Macky Sall, qui détermine la politique de la Nation conformément à ses prérogatives constitutionnelles, n’a jamais cherché à occulter, voire se détourner des conclusions des Assises nationales. Bien au contraire, dès son installation à la tête du Sénégal, il avait mis en place, en mai 2013, une Commission nationale de réforme des institutions (Cnri), dirigée par le Pr Amadou Makhtar Mbow. La Cnri avait pour mission de «formuler toutes propositions visant à améliorer le fonctionnement des institutions, à consolider la démocratie, à approfondir l’Etat de droit et à moderniser le régime politique». Les propositions de la Cnri étaient très largement inspirées des travaux des Assises nationales. Il ne pouvait pas en être autrement, car en constituant la Cnri, le Président Sall avait jeté son dévolu presque exclusivement sur les acteurs des Assises nationales. La Cnri avait, en quelque sorte, tenté de lui faire un bébé dans le dos en lui proposant dans ses conclusions un projet de nouvelle Constitution. Le chef de l’Etat refusa le procédé. Le journal Le Quotidien révéla dans son édition du 17 février 2014 la querelle entre le Président Sall et la Cnri qui aurait ainsi «outrepassé son mandat». Le Président Sall a néanmoins traduit certaines propositions de la Cnri dans l’ordonnancement des institutions de la République du Sénégal avec la nouvelle Constitution adoptée par voie référendaire en 2016. Sans doute que les initiateurs des Assises nationales auraient été encore plus heureux si le Président Sall avait fait de la Charte des Assises nationales son livre de chevet, mais encore une fois, il n’y est point obligé. Pourtant, certains «Assisards» avaient battu campagne contre la nouvelle Constitution qui reste très largement inspirée par les conclusions de ces fameuses Assises. Il s’y ajoute que le Président Macky Sall a toujours gouverné avec les acteurs des Assises nationales. Sans doute parmi eux, il en existe encore qui continuent à attendre Godot.

La légitimité imparfaite des «Assisards»
C’est le lieu de tempérer les certitudes des initiateurs des Assises nationales. Ils n’avaient pas reçu un mandat du Peuple sénégalais pour élaborer son devenir, encore moins les règles et normes immuables pour le gouverner. Les Assises nationales n’étaient pas une conférence nationale souveraine comme on avait vu le modèle fleurir dans certains pays africains ; les Assises nationales n’étaient pas non plus une Assemblée constituante. Mais à entendre les acteurs parler, notamment avec la sortie de l’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum, un de ses modérateurs, dans l’émission «Grand jury» de la Rfm du 3 juin 2018, c’est comme si tout gouvernant qui s’écarterait des conclusions des Assises nationales aurait trahi la volonté populaire. Combien de candidats à la Présidentielle de 2012 faisaient partie des travaux des Assises nationales ? Avaient-ils pour autant obtenu un succès électoral ? Il convient donc de faire preuve de plus de modestie et de moins de prétention. C’est qui Mamadou Lamine Loum pour dire de manière docte que «la première chose à réitérer est qu’il ne peut y avoir de réserve en signant la Charte de bonne gouvernance démocratique ? C’est un contrat d’adhésion. Donc, il ne peut pas avoir de réserve». Cette règle ou norme ne figure nulle part dans le document des Assises nationales. Pourquoi Mamadou Lamine Loum s’arrogerait-il ainsi le droit de fixer des principes et normes à la place du Peuple des Assises nationales et, au-delà, à la place des autres Sénégalais qui avaient choisi de ne pas s’embarquer dans une telle initiative ? N’aurait-il pas fallu, Monsieur Loum, le dire le 29 mai 2009, quand Macky Sall signait la Charte en précisant le faire avec des «réserves» ? De quelle légitimité souveraine voudraient se draper les initiateurs des Assises nationales pour juger tout gouvernement qui s’écarterait des conclusions de leurs travaux, quelle que puisse être leur pertinence ? Mamadou Lamine Loum révèle dans la même émission qu’en «juin 2011, quelques jours avant les manifestations du 23 juin, Macky Sall avait presque claqué la porte du Benno originel (Ndlr : Une coalition de l’opposition au Président Wade) pour avoir milité pour une candidature plurielle alors que les autres ‘’Assisards’’ prônaient une candidature unique, de transition, chargée d’appliquer (on est tenté d’ajouter ‘’à la lettre’’) les recommandations issues de ces consultations citoyennes». Diantre, pourquoi vouloir alors exiger de Macky Sall ce qu’il avait fermement et clairement refusé, du temps où il n’était pas encore élu à la présidence de la République ? Il semble être de bon ton d’accabler Macky Sall au sujet des Assises nationales à force d’amalgames. Un Mansour Sy Jamil affirme que Macky Sall a trahi les Assises nationales. Le même refrain est entonné par un Ousmane Sonko qui devrait encore dire où il se trouvait pendant les Assises nationales. Mais le plus renversant est la sortie du Pr Bouba Diop en marge des festivités du 10ème anniversaire des Assises nationales. Il dit sans ambages : «Le point essentiel est que le Président ne devrait pas diriger les instances d’un parti politique. On assiste à une nette régression.» On a envie de lui demander, lui historien de son état, «la régression» par rapport à quoi et à qui ? Les Présidents Senghor, Diouf et Wade ne dirigeaient-ils pas des instances de leur parti politique ?
En outre, les images de la conférence publique tenue à l’occasion du 10ème anniversaire des Assises nationales le 8 juin 2018 sont parlantes. On découvre un aéropage de personnes certes respectables, mais dans leur écrasante majorité, faisant partie du troisième âge et surtout des acteurs politiques de la génération de Mai 1968. C’est comme si ces personnes restent encore dans le rêve d’un «Grand soir» qu’elles n‘avaient jamais réussi à réaliser et pourraient penser que les Assises nationales auraient pu être un tremplin pour sa réalisation. Il est étonnant que le devenir d’une Nation comme le Sénégal, composée à plus de 70% par des personnes âgées de moins de 40 ans, soit défini et déterminé par des personnes qui ont la plus grande partie de leur vie derrière elles.

3 Commentaires

  1. Je serais surpris de ne pas lire diambal debiter de telles sordites. Tu nous as habitue a souffler le chaud et le froid dans t’es chroniques. Tous ceux qui ont participe aux Assises n’etaient pas des guerriers comme tu te pretends. Nous nous rappelons de la bifurcade de feu l’ancien president de la Bad, Babacar Ndiaye mais ceux qui ont continue dans la reflexion jusqu’a produire ces conclusions sont assurement des senegalais dignes et soucieux de l’image et de sa bonne Marche. Je doute fort que tu en fais partie, diambal. Alors c’est pas aujourd’hui que tu puisses jeter l’approbe d”autant plus que ton ami, macky-michelin a donne 800 millions a la Cnri pour ne prendre que ce qui l’interesse dans ces conclusions. Alors, diambal, fermes-la si tu ne vois rien de constructif dans ces Assises.

  2. Voilà au moins un éclairage qui apporte La Vérité;
    Le plus grand danger du Sénégal vient des politiciens qui érigent la haine et le mensonge comme leur principal programme à la place de débats de fonds ou de véritables programmes alternatifs

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