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D’abord, le Sénégal a changé de statut géopolitique, économique et social avec le gaz et le pétrole et suscite intérêt majeur et beaucoup de convoitises au plan international.
Au plan national les enjeux politiques et de pouvoir sont autrement plus exacerbés depuis 2011 et les relations pouvoir/opposition de plus en plus tendues et de plus en plus conflictuelles.
Cela se ressent fortement dans une démocratie de moins en moins délibérative et consensuelle, cela s’est fortement ressenti d’abord par la volonté ferme de Abdoulaye Wade d’arracher un 3ème mandat présidentiel par un passage en force à l’Assemblée Nationale. La mobilisation exceptionnelle du Peuple sénégalais le 23 juin devant l’Assemblée Nationale et par la voie des urnes l’en ont dissuadé. Cette régulation a nécessité d’occuper la rue pendant des mois, de verser le sang des Sénégalais.
Cette expérience est la plus éloquente des jurisprudences en matière constitutionnelle comme balise, frontière  à ne pas franchir désormais. Bref, le vrai verrou aux deux mandats, qu’aucun constitutionnaliste et aucun Président ne devraient désormais ignorer.
C’est là où l’élection du Président Macky Sall était apparue comme une espèce de catharsis, de libération. On s’est dit, ça y est on va pouvoir se débarrasser d’un système politique construit du temps du parti unique et qui permettait à un Président de régner avec un pouvoir sans limite. Enfin, le rendez-vous du Sénégal avec l’Histoire et avec la modernité a enfin sonné, parce que  pour la première fois, les conditions idéales sont réunies pour refonder la démocratie, l’Etat de droit, l’Administration, la Justice, le système électoral, etc., et la jonction était enfin opérée entre la révolution citoyenne du 23 juin et les Assises nationales. On connaît la suite : un rendez-vous raté avec l’histoire et avec la modernité.
2012-2019, un septennat marqué par l’absence de dialogue sur les sujets d’ordre national, le dissensus, les divergences profondes, voire les violences, à l’image de toutes les étapes du  processus électoral. Abdoulaye Bathily résume cette situation par deux termes terribles “sécheresse démocratique”.

Deuxième rendez-vous avec l’histoire et avec la modernité
Cette fois l’échec n’est pas permis parce que le Sénégal est devenu plus vulnérable :
—par ces ressources minières qui introduisent de puissantes compagnies multinationales dans le jeu national et
—par un environnement sous-régional fortement marqué par des conflits asymétriques, intercommunautaires qui interagissent avec les crimes organisés et transfrontaliers. Tous ces acteurs profitent de brèches, de divisions  qui affaiblissent les Etats et les sociétés pour agir. Les Sénégalais ont besoin de plus d’unité, de cohésion, et de consensus sur ce qui les lie tous, pour faire efficacement face à ces défis.
Aujourd’hui Macky Sall est face à l’Histoire, face à son destin et celui du Sénégal, il est en situation au sens sartrien et existentiel du terme. Il semble qu’il en ait une conscience aiguë avec son premier message suite à la publication des résultats par le Conseil constitutionnel. Il a tenu un discours de réconciliation, il a tendu la main à l’opposition et proclamer son désir de dialoguer.
Mais-est-ce suffisant pour être entendu ?
Assurément non ! Car comment dialoguer avec Khalifa Sall toujours en prison et Karim toujours en exil, sans compter des éléments de l’opposition encore dans les liens de la détention.
Dialoguer, ça s’organise avec des termes de référence clairs, un agenda et des modérateurs consensuels. Il est également important de s’entendre sur le sort des conclusions et recommandations, leur modalité d’application et le chronogramme. Le 2 avril, nous en saurons probablement davantage sur ces questions.

L’opposition a elle aussi rendez-vous avec l’Histoire
Parce que pour dialoguer il faut être deux. Et les alternatives pour changer le Sénégal ne sont pas infinies : soit on régule pacifiquement par le dialogue et le consensus soit c’est par la violence, la catastrophe et le chaos. Choix qui accentue l’indétermination, l’entropie et la perversion démocratique qui nous menace. Idrissa Seck est clair, il ne veut pas faire couler le sang des Sénégalais, Ousmane Sonko ne dit pas autre chose.
Si les conditions d’une réelle sincérité du dialogue existe et d’une volonté politique sans faille d’appliquer les conclusions et recommandations consensuelles, alors tout le monde est invité à dialoguer parce que comme le disait Senghor, un des traits spécifiques de notre culture c’est la palabre.
C’est au Président Macky Sall de rassurer tout le monde dans sa posture de Président de tous les Sénégalais, par rapport au débat qui pourrit son début de mandat sur le 3ème mandat.
Des promesses non tenues et ce qui est apparu pour l’opinion comme des reniements, ont nourri doutes, interrogations et scepticisme tout au long du septennat. Personnellement, je pense que Macky Sall sait plus que tout le monde que pour son intérêt, image et pour la postérité, il va respecter ses engagements constitutionnels sur les deux mandats.
Au Président Macky désormais de jouer franc jeu. Ce tournant historique sera décisif pour l’avenir du Sénégal et qu’il faut négocier avec intelligence, audace, tolérance et ouverture d’esprit.
Alioune TINE 
Fondateur Afrikajom Center

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