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Au village des arts de Dakar, l’ombre du peintre sculpteur Djibril Ndiaye plane toujours. Décédé avant-hier à la suite d’une longue maladie, Djibril Ndiaye a laissé les pensionnaires du Village des arts en émoi. Revenant fraîchement de l’inhumation au cimetière de Yoff de celui qui jadis fut son maître et professeur, le peintre Daouda Ndiaye peint toute sa peine. «C’est une grosse perte. Nos rapports datent de très longtemps. Djibril Ndiaye fait partie de ceux qui m’ont formé à l’Ecole des beaux arts. Il a d’ailleurs formé beaucoup de générations à la sculpture. Au-delà de ses dispositions techniques, de tout ce qu’il a pu nous enseigner, Djibril Ndiaye avait aussi son côté humain. C’était quelqu’un de vraiment impressionnant. A l’école, tout comme au Village des arts, je l’ai côtoyé. Il n’a jamais changé. Il avait une personnalité douce. Je ne l’ai jamais vu en colère. Il dégageait quelque chose qui atténuait les tensions…», a soutenu Daouda Ndiaye. Responsable de la Galerie Léopold Sédar Senghor du Village des arts, Idrissa Diallo porte presque le même témoignage. «C’était quelqu’un de très discret et généreux. Au Village, il était tout le temps dans son atelier en train de travailler. C’était pareil chez lui. Vous le trouverez toujours en train de travailler. Il a encadré pas mal d’artistes, de grands artistes», a-t-il témoigné.
Outre la personnalité de Djibril Ndiaye, l’auteur d’Eclosion silencieuse a évoqué ses talents. «Il était un artiste de très haut niveau. La preuve, il a été primé Grand prix des arts en 1991», relève-t-il. Le peintre qui souffrait d’une insuffisance rénale depuis quelques années subissait, en effet, deux séances de dialyse par semaine. «C’était très lourd. Il a eu un accident malheureux qui est venu alourdir les tableaux», a révélé Daouda Ndiaye qui s’étonnait par ailleurs de voir l’initiateur de la «Sculpeinture» (Ndlr : forme d’art qui allie peinture et sculpture) venir dans son atelier alors qu’il était malade. «C’est comme s’il avait un pressentiment. Il y a un ou deux mois, tout d’un coup, il est revenu dans son atelier, s’est remis à travailler presque de manière effrénée.  En ce moment, près d’une dizaine de tableaux du peintre sont en train de sécher au sol», a rajouté le pensionnaire du Village des arts dans ces explications.
Agé de 71 ans, Djibril Ndiaye a définitivement tourné le dos à ses tableaux. Il est discrètement retourné chez son créateur, avec une dernière grande exposition, montée dans ce même Village il y a environ 1 an (Ndlr : Trait d’union en décembre 2015).

aly@lequotidien.sn

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