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La Ligue démocratique «prend acte» de son éviction du gouvernement. Son secrétaire général Nicolas Ndiaye se dit «surpris» de l’absence d’un ministre Ld dans la nouvelle équipe. Loyaliste, le député de la majorité réaffirme néanmoins l’ancrage de son parti dans Benno bokk yaakaar. Dans cet entretien, il livre son avis sur le projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre, les Locales et le dialogue politique.

Le projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre sera examiné par l’Assemblée nationale en plénière samedi prochain. Que vous inspire cette réforme ?
Ce n’est pas une réforme qui change de manière profonde, significative, la nature de notre régime. Nous sommes dans un régime présidentiel depuis 1962. Le fait qu’un président de la République nomme un Premier ministre ne diminue pas ses pouvoirs. S’il supprime ce poste, cela n’augmente pas non plus ses pouvoirs. Le Premier ministre est délégataire d’un pouvoir qui lui a été donné par le président de la République. Ce qui est à retenir de façon fondamentale, c’est que nous sommes dans le cadre d’un régime présidentiel. Quand Senghor a ramené le poste de Premier ministre, est-ce que ses pouvoirs ont diminué ou augmenté ? Pas du tout. Abdou Diouf a aussi supprimé ce poste. Ses pouvoirs n’ont ni diminué ni augmenté. Certains veulent nous noyer dans un verre d’eau en pensant que c’est un ouragan constitutionnel qui est en train d’être fait alors qu’il n’en est rien. Le poste de Premier ministre a été supprimé et rétabli deux fois au cours de notre histoire politique. Cela n’a pas changé de manière fondamentale la nature de notre régime.

Vous faites la comparaison avec 1962. Mais après ces évènements qui se sont déroulés en décembre, le Président Senghor a supprimé le poste de président du Conseil pour s’arroger tous les pouvoirs…
Senghor avait tiré les leçons des évènements de 1962. Le summum de cette crise, c’est qu’il y avait un bicéphalisme à la tête de l’Etat même s’il n’y avait pas de coup d’Etat. La mésentente entre Mamadou Dia, président du Conseil, et Senghor, c’était comme s’il y avait une césure de notre Etat avec 2 têtes au sommet. Senghor a tiré les leçons en supprimant le poste de président du Conseil. Depuis lors, le régime présidentiel n’a pas changé. Le Président Macky Sall a pensé que pour une plus grande rapidité des formalités, il vaut mieux supprimer le poste de Premier ministre. Pour l’anecdote, entre le palais de la République et la Primature, c’est une quarantaine de mètres. Si le poste de Premier ministre est supprimé, que celui qui l’incarnait est secrétaire général à la Présidence, il voit le Président tous les jours. Il n’y a plus besoin qu’un courrier passe par différentes étapes pour arriver au Premier ministre. Bref, j’estime que cette réforme n’est pas une catastrophe constitutionnelle. Ce sont juste des changements mineurs qui ne touchent pas la nature de notre régime. Maintenant, l’Assemblée nationale ne peut plus faire tomber un gouvernement. Mais en réalité, faire tomber le gouvernement, c’est faire tomber une structure qui a été choisie par le président de la République. Si le gouvernement tombe, le président de la République se choisit un autre. C’est tout. Il n’y a pas de changement majeur. Par contre, si le président de la République ne peut plus dissoudre l’Assemblée nationale, c’est un fort pouvoir qui lui a été retiré. Dissoudre l’Assemblée nationale, c’est dissoudre une structure issue du suffrage universel.

Vos ex-camarades, au­jourd’­hui de la Ld debout, estiment dans un communiqué qu’avec cette réforme Macky Sall veut se muer en «dictateur». Que pensez-vous de ces propos ?
D’abord, je ne veux pas répondre à la Ld debout. Ce sont d’ex-camarades qui ont emprunté un chemin qui est différent du nôtre. Cette affaire est derrière nous et on leur souhaite bon vent. Penser que le Président renforce ses pouvoirs, c’est ne rien comprendre. Dire qu’il veut se muer en dictateur est une erreur. Est-ce que Senghor est plus dictateur sans ou avec Abdou Diouf comme Premier ministre ? Ça n’a rien changé. On peut dire la même chose avec le Président Abdou Diouf et ses Premiers ministres.

Que le gouvernement ne soit plus responsable devant l’Assemblée nationale n’est-il pas une entrave au contrôle de l’action de l’Exécutif ?
Pas du tout ! Vous croyez que c’est le Premier ministre qui nomme les ministres ? Non. Les ministres sont nommés par Macky Sall comme le faisaient Senghor, Diouf et Wade à leur époque. Quand Boun Abdallah Dionne vient à l’Assemblée nationale, c’est vrai qu’il a une part de responsabilités, mais l’essentiel des responsabilités est entre les mains du président de la République. Et depuis 1962, il en est ainsi. Ensuite, l’Assemblée nationale conserve son rôle de contrôler l’action du gouvernement. On peut toujours convoquer les ministres, leur poser des questions d’actualité, etc.

Pourquoi la Ld n’a pas demandé à Macky Sall de mettre cette réforme dans le menu du dialogue politique annoncé ?
D’abord, ce n’est pas par voie de presse que je vais conseiller quoi que ce soit au Président Macky Sall.

Mais la critique qui est faite à cette réforme, c’est son absence totale de dialogue…
Le président de la République a été élu. C’est la Constitution qui lui délègue ces pouvoirs. Et c’est le Peuple qui a voté la Constitution et a élu et réélu le Président Sall. Le président de la République n’a pas outrepassé ses pouvoirs en prenant cette mesure.

Pourquoi appeler à un dialogue après sa réélection et prendre une décision unilatérale sur ce projet de loi ?
C’est vrai que la journée du 28 mai a été décrétée Journée nationale du dialogue. Je voudrais dire l’importance du dialogue dans nos pays. Les Nations occidentales se sont constituées par des guerres et des annexions. Nous, nous n’avons que 59 ans d’indépendance, ce qui est très peu dans la vie d’une Nation. Notre tissu social est encore assez fragile. Autour de nous, il y a des pays qui sont en train de se disloquer, il y a des pays où des groupes sont en train de se former pour lutter contre d’autres groupes. Les gens s’entretuent pour des problèmes ethniques, religieux, communautaires… Au Sénégal, nous sommes très avancés dans la construction de notre Nation. On a cette chance de voir que nos communautés vivent ensemble depuis très longtemps. Les leaders qui nous ont précédés ont eu la lucidité de maintenir et de renforcer cette cohésion. Les ethnies vivent en bons termes au Sénégal, les religions et les confréries idem. Musulmans et chrétiens vivent dans une parfaite cohésion. Le Mouride vit en parfaite convivialité avec le Tidiane, le Layène, le Khadre ou le Niassène et vice-versa. Nous n’avons pas de problèmes ethniques, religieux ou confrériques au Sénégal et il nous faut veiller jalousement à maintenir et à renforcer cela. On ne peut construire notre Nation que par le dialogue et l’équité territoriale. L’opposition dit que le Président n’est pas sincère pour décliner son appel au dialogue, mais je pense qu’il faut venir et le Peuple va juger en dernière instance. Si quelqu’un manque de sincérité, le Peuple va le sanctionner. La main tendue du président de la République est une bonne chose que nous saluons. Je pense qu’on devrait dialoguer ou ce sera l’impasse politique, surtout pour l’opposition qui refuserait de venir à ces concertations. Toutes les forces vives de la Nation devraient accepter cette main tendue. Ce qui est mauvais, c’est de poser des conditions.

Il y a des opposants qui disent oui au dialogue, mais il faut gracier d’abord Khalifa Sall…
C’est un chantage et un frein au dialogue. Il faut venir discuter et, dans le cadre du dialogue, formuler ses souhaits. Si des gens veulent que Khalifa Sall soit libéré, ils n’ont qu’à venir proposer cela au dialogue. Je ne vois pas de problème. Maintenant, le dialogue ne doit pas diminuer les prérogatives de tel ou de tel. La grâce est une prérogative constitutionnelle du président de la République et l’amnistie est une prérogative de l’Assemblée nationale.

Etes-vous pour ou contre le report des Locales du 1er décembre 2019 ?
Je vais le dire au dialogue. Je pense que lors de ce dialogue, la question des Locales sera agitée et c’est une très bonne chose. Nous avons expérimenté le parrainage avec des avantages et des inconvénients. Même si Benno bokk yaakaar était seule dans ce pays, elle devrait s’asseoir pour évaluer cette expérience. Je pense que tout le monde doit s’asseoir. C’est la même chose pour la caution. En principe, la Ld est pour le respect du calendrier républicain, mais si tous les acteurs politiques s’entendent pour un report, il n’y a pas de problème. L’essentiel est de s’asseoir et de discuter.

Pour le Premier ministre, le Sénégal ne peut pas se permettre d’organiser deux élections en une même année…
Je pense que c’est possible d’organiser les Locales en décembre.
Maintenant, est-ce que le dialogue peut nous permettre de trouver la meilleure formule au sein de la majorité comme de l’opposition ? Pourquoi pas ?

Pourquoi il n’y a pas de ministre Ld dans le nouveau gouvernement ?
Je ne sais pas. Ce n’est pas nous qui choisissons les ministres, c’est la prérogative constitutionnelle du président de la République. Nous-mêmes avons été surpris et nous prenons acte de cette décision. Je suis surpris par l’absence d’un ministre Ld dans le gouvernement. Mais cela ne remet pas en cause notre ancrage dans Benno bokk yaakaar. On n’est pas entré dans cette coalition pour un poste de ministre.

Qu’est-ce que Macky Sall vous a donné comme explications ?
Qu’il nous ait donné ou pas des explications, je ne vais pas le dire dans un journal.

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