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L’avocat NJ Ayuk, spécialiste des questions énergétiques en Afrique, a effectué une présentation de son nouveau livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals» en marge du Africa Oil and Power 2019 au Cap. Le président de la Chambre africaine de l’énergie évoque ici les questions majeures de son livre dont la gestion des ressources en hydrocarbures, la posture des Etats africains dans les négociations ainsi que la gestion transparente de cette industrie. L’animateur de la Grande Conférence du Quotidien sur le contenu local aborde aussi les perspectives d’un Sénégal producteur de pétrole et de gaz.

Votre nouveau livre «Des milliards en jeu : Le future de l’énergie et des affaires en Afrique» s’intéresse aux négociations et contrats entre les Etats africains disposant de ressources énergétiques et les différentes compagnies dans le secteur des hydrocarbures. Pourquoi un tel intérêt ?
Les capacités de négociations des Etats africains avec leurs investisseurs sont au cœur des problématiques liées au développement économique et au contenu local en Afrique. Notre connaissance des dynamiques mondiales du secteur de l’énergie, mais aussi nos capacités à nous mettre en position de force sur la table des négociations sont des éléments majeurs qui permettent la signature de contrats qui bénéficient les économies et populations africaines. «Des milliards en jeu» explore cette problématique non seulement en ce qui concerne les contrats de partage de production, mais également tout accord régissant le fonctionnement d’une société, que ce soit les politiques mises en place pour favoriser l’embauche des femmes ou les contrats d’investissement qui doivent permettre le développement du contenu local et la création d’emplois.

Que conseille l’avocat spécialisé en hydrocarbures aux nouveaux pays ayant découvert des gisements considérables ?
Les nouveaux pays ayant découvert des hydrocarbures doivent préparer à la fois leur cadre réglementaire, mais aussi le niveau de compétences locales disponibles dans leur marché. Le cadre réglementaire est le pilier du développement futur de toute industrie, y compris celle des hydrocarbures. Des cadres adaptés et progressifs doivent être mis en place, qui tiennent compte de l’avancement de l’industrie dans chaque marché. Un pays ne produisant que très peu de pétrole et de gaz et ayant tout juste découvert de grandes réserves comme le Sénégal, n’établira pas le même cadre réglementaire qu’un pays comme le Congo, qui produit plusieurs centaines de milliers de barils par jour depuis des décennies.
Préparer la main-d’œuvre locale est un second élément-clé. Alors que les pays africains développent des cadres réglementaires favorisant le contenu local, il est nécessaire qu’ils puissent offrir aux compagnies étrangères une main-d’œuvre locale qui soit convenablement formée et éduquée.

La production de pétrole et de gaz génère d’importantes ressources pour les pays. Comment faire pour que ces ressources profitent aux populations africaines, premières détentrices du gaz et du pétrole ?
L’introduction de régulations sur le contenu local est très importante. Les exemples récents de nouveaux codes des hydrocarbures au Cameroun ou au Gabon en sont de très bons exemples. Celui du Sénégal en est un autre. Les investisseurs étrangers n’investiront dans l’économie locale que s’ils y sont obligés. Il faut donc prévoir dans les régulations et les contrats des clauses stipulant que l’embauche d’une main d’œuvre locale et la fourniture de services et biens locaux sont une obligation dans tout projet d’hydrocarbures.
Il faut également s’assurer d’une distribution transparente et équilibrée des revenus du secteur à travers l’Economie nationale. Encore une fois, l’adoption de normes internationales en matière de bonne gouvernance et de transparence est nécessaire. En suivant ces principes, l’on s’assure que l’industrie soit génératrice d’emplois pour les populations locales, favorise le développement de sociétés indigènes, et que ses revenus soient redistribués dans des projets d’infrastructures qui appuient le développement de l’économie locale dans son ensemble.

Les ressources importantes en gaz de l’Afrique peuvent-elles être considérées comme un levier d’essor dans la production d’électricité, la diversification des économies et l’appui d’industries majeures comme l’agriculture ?
Absolument. Elles sont un levier d’essor dans la production d’électricité à condition encore une fois, que les contrats de partage de production contiennent des clauses concernant l’allocation d’une certaine partie de la production à la consommation nationale. C’est le cas au Sénégal par exemple, où une partie du gaz qui sera produit doit être réservée au Sénégal. Ce gaz peut non seulement alimenter des centrales électriques, mais aussi servir de combustible à des industries telles que le ciment et l’acier, ou être utilisé dans la production de produits pétrochimiques et d’engrais.

Le développement de ces ressources génère évidemment des revenus considérables pour le pays, qui peut ensuite les redistribuer pour soutenir le développement industriel national et des secteurs-clés comme l’agriculture. C’est la trajectoire empruntée par de nombreux pays pétroliers africains comme la Guinée Equatoriale ou le Nigeria, qui s’appuient de plus en plus sur les revenus du pétrole et du gaz pour financer leur diversification économique.

Que vous inspire l’approche du Sénégal jusqu’à présent en préparation de son virage pétrolier et gazier avec l’organisation d’un cadre légal et la consolidation des mécanismes d’accompagnement ?
Le Sénégal a fait preuve de beaucoup de cohérence et de pragmatisme. Les débats nationaux qui ont suivi les grandes découvertes depuis 2014 et qui ont précédé le changement du cadre réglementaire ont permis l’inclusion de l’industrie, du secteur privé et de la Société civile. Ceci est très positif et a été grandement salué à l’échelle régionale et mondiale.
L’évolution du cadre réglementaire sénégalais, ainsi que l’ouverture récente de l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg), sont une preuve de la volonté politique sénégalaise d’être prêt à la fois au niveau réglementaire et local à accueillir l’industrie des hydrocarbures et à être en mesure d’en tirer le plus de bénéfices possibles pour les Sénégalais.

Vous vous faites un défenseur dans ce livre des Etats africains dans la gestion de leurs ressources en hydrocarbures. Quelle est la place de leur responsabilisation et de la reddition des comptes pour une transparence de ces secteurs ?
De nombreux producteurs africains font partie de l’Initia­tive sur la transparence dans les industries extractives (Itie), par laquelle ils s’engagent à rendre accessible un certain nombre de données et statistiques sur leur secteur pétrolier et ses revenus. Cette transparence est nécessaire à la responsabilisation de l’industrie et à la reddition de ses comptes.
Il convient également à la Société civile de jouer son rôle d’observateur et de demander des comptes aux gouvernants quant à l’utilisation des revenus du pétrole comme soutien de l’économie locale.
De nombreux exemples en Afrique et dans la monde démontrent également que la création de fonds financés par la rente pétrolière est très bénéfique à la fois pour la transparence du secteur mais également pour s’assurer que ses revenus soient proprement redistribués.

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