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Bientôt les grandes artères de la cité seront parées de leurs plus beaux atours, magasins et maisons seront enguirlandés. Dès la tombée de la nuit, la ville va s’illuminer et des Noël d’antan les souvenirs vont ressurgir. Tout décembre nous plongeait comme dans un rêve. Nous avons tous aimé cette ambiance de lumières qui scintillaient et de musique qui carillonnait «Place Kermel». Nuit dorée, où dans les grandes avenues, parfois enrobant les arbres, les illuminations étaient partout présentes. C’était l’époque la plus douce et la plus conviviale de l’année. On se disait «Pourquoi Noël ne vient-il qu’une fois par an. Noël partira bientôt, s’éloignera trop tôt et en une année la ville perdra ses attraits et la vie aura perdu ses couleurs.» Le bonheur est que chaque année tout recommençait pareil. Taquines, les personnes âgées nous disaient «vous, vous avez Noël dans les yeux».
Souvenirs ! Que sont devenus les grands magasins qui ont habillé notre jeunesse. «Raoul Daubry» «Saint Germain des Prés» «Gentleman» et ses beaux costumes, «Georges Nahas», «Ted Lapidus» et «Chez Petit Bâ». Pour les filles «Cendrillon» ses belles chaussures et ses clochers, «Suzy», «Sekat», «Chat Botté».
C’était l’époque où fleurissaient les clubs de copains. «Les Marioles» avec Hamilton et Distel. «Les Jamaïcains» avec feu Moustapha Dramé et l’élégant Louis Camara. «Las Vegas» avec Alioune Dramé et Doudou Ndiaye Bibi. «Les Amis de la rue 6» avec Pape Sy et l’inoubliable Matar Niang. «Les Cubains de Santhiaba» avec Sidate Guèye et Bill Dieng le généreux. Notre siège social se trouvait chez Mère Arame Diène et son accueillante famille à la rue 15 X 18. Chez les filles «Les Gam’s» avec Collé Paye et la toujours belle Ndèye Diagne. Et beaucoup plus tard dans un autre cadre «l’Association des frères unis» avec Dame Guèye et El Hadji Malick Sy Souris.
Que sont devenus ces regroupements d’amis ? Tous dispersés dans le tourbillon de la vie ! L’amitié «a pris un coup de vieux» certes. Cependant, j’en connais qui sont restés d’inséparables compagnons. Soirée inoubliable, noël réunissait les «Cubains» quelque part entre Niayes Thioker et le Plateau, à la rue des Dardanelles. Et pour parachever la symphonie, arrivait la Saint Sylvestre. A quelques pas de la fin de l’année, c’était comme si le temps voulait s’arrêter. Impatients, nous ne l’entendions pas de cette oreille et restions suspendus à l’horloge qui elle aussi semblait vouloir traîner les pieds. Quand enfin nous franchissions l’année, une rumeur à nulle autre pareille déchirait la nuit, tandis que pétards et feux d’artifice s’élevaient pour inonder de couleurs le ciel étoilé. Au même moment s’égrenaient les dernières notes de la célèbre chanson de Jean François Maurice Monaco, 28º à l’ombre ou la voix chaude de Johnny Halliday dans Quand un homme perd ses rêves. Ce cri du cœur du grand chanteur de rock, nous l’avons tous fredonné à un moment ou à un autre de notre existence. Quiconque a aimé porte une cicatrice !
Souvenirs ! Il a été dit que «les passions s’éloignent avec l’âge», le temps fuit. Les années ont passé. D’autres passeront. Le temps fera son œuvre. Cependant on soutient que le temps ni la distance ne sont rien quand les convictions sont fortes, quand les sentiments sont profonds. Nous avons aimé les belles choses, nous aimerons toujours les belles choses. Nous gardons tous au fond du cœur un petit coin bleu qui ne vieillit pas. «Nous sommes tous des enfants, il n’y a que le prix des jouets qui change», disait un penseur. Quelque part, c’est vrai, on a toujours le même âge. Bientôt, l’émerveillement sera encore au rendez-vous. Le coronavirus n’y fera rien. Nous avons appris à vivre avec et peut-être arriverons à le vaincre. Bientôt les inconditionnels se retrouveront dans les magasins de vente de «jouets» ou «cadeaux et souvenirs» et nous reverrons «InchAllah» les longues files d’attente devant les pâtisseries. Dans nombre de maisons où le rituel n’a pas bougé, scintillants de leurs boules rouge et or dans un coin du salon, trôneront les sapins de noël. Même si nous ne retrouverons pas les soirées d’allégresse et l’insouciance de nos jeunes années, c’est une bien belle chose que dans la grisaille et ce désenchantement du monde, que quelques jours de décembre puissent ressusciter les temps heureux.
Le poète disait : «Je n’aime les longs jours que l’heure des ténèbres.» Moi, je n’aime de toute l’année que le mois de décembre. J’ai dû avoir gardé un peu de «noël dans les yeux».
La muse qui, à une certaine époque m’a accompagné dans les moments de solitude, s’en est allée un soir de décembre pour le voyage sans retour. Peut-être partirai-je à mon tour en décembre, et là-haut dans la féerie et les illuminations, quand les souffles de la nuit chanteront le poème des étoiles, je la retrouverai auprès du grand sapin du ciel, où nous revivrons les Noël d’autrefois.
Amadou Dial SENE
Médina

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