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Le leader du Bcg a finalement obtenu une fonction d’Envoyé spécial du président de la République. Jean-Paul Dias n’a jamais caché ses ambitions de diriger une institution comme l’Assemblée nationale, le Cese ou la Primature, dès l’arrivée de Macky Sall au pouvoir. C’est ce qu’il appelait position ou fonction «sénior».

Sans doute que l’ambiance du grand Magal de Touba a quelque peu éclipsé cette information. Jean-Paul Dias a été nommé lundi Envoyé spécial du président de la République. Dans sa nouvelle fonction, le Premier secrétaire du Bcg «assistera le chef de l’Etat, en particulier dans la définition des politiques publiques de protection et d’inclusion sociales», lit-on dans un communiqué du Pôle communication de la Présidence. Titulaire d’une licence en droit et d’un Dess en droit public et sciences politiques, Jean-Paul Dias est aussi diplômé de l’Ecole nationale d’administration (Ena). Dans sa carrière au sein de l’Administration, il a occupé différentes fonctions, dont celle de conseiller à la présidence de la République et de directeur de la Fondation nationale d’action sociale (Fnas). Il a également été ministre de l’Intégration économique africaine et président du Conseil des ministres de la Cedeao.

Envoyé très spécial
Jean-Paul Dias récolte ainsi les fruits de son soutien au Président sortant lors de la dernière élection présidentielle. Membre de la coalition Macky2012 qui avait porté la candidature de Macky Sall au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, le père de Barthélemy Dias s’était rapproché de l’opposition et de Khalifa Sall. En 2017, il était investi sur la liste nationale de Manko Taxawu senegaal dirigée depuis la prison par le maire de Dakar d’alors. Même s’il n’a pu être député, Jean-Paul Dias a activement participé au combat pour la libération de Khalifa Sall. Malgré tout, le leader du Bcg a soutenu presque à la surprise générale, une réélection de Macky Sall en 2019. La fonction d’Envoyé spécial devient donc familière aux Sénégalais et plus proche du prestigieux titre de ministre d’Etat. Aminata Touré a été la première à avoir inauguré ce poste rangé dans le lot des strapontins. En tant qu’ancienne Première ministre, elle ne pouvait être recasée dans les institutions qui étaient occupées. Aïssata Tall Sall, grand soutien du candidat Macky Sall à la Présidentielle de 2019, avec sa forte personnalité, ne pouvait prétendre à moins que cela. Elle héritera de ce statut d’Envoyée spéciale. Alors aujourd’hui, c’est un homme qui casse cette «exclusivité» pour les femmes. Et pas n’importe qui. C’est une récompense, bien que tardive, à un allié depuis 2011 et un des fondateurs de Macky2012, qui a propulsé le leader de l’Apr au second tour contre Abdoulaye Wade. Jean-Paul Dias aura été, cependant, un compagnon par moments encombrant pour le Président Sall. Parce qu’il a souvent remué la coalition Benno bokk yaakaar, notamment par ses déclarations qui sortent de la ligne du pouvoir et même par ses oppositions à des décisions présidentielles. Mais c’est le même «Dias» qu’il a toujours joué.

Dias dans l’attente depuis janvier 2013
Mais Jean-Paul Dias a-t-il été récompensé à sa juste… ambition ? Un petit rappel de son accord «daté et paraphé» avec Macky Sall va trancher. «Nous avons eu un accord qui a été signé en public et devant la presse. Cet accord a été lu, évidemment ce genre de document a toujours une annexe. Des choses claires ont été faites. Cela n’a pas été mis en œuvre pour le moment. J’espère que ça va l’être. Devenu président de la République, il est possible qu’il se soit retrouvé devant des situations qui peuvent l’amener à ne pas pouvoir appliquer les choses immédiatement. Mais pour ce qui me concerne, je serais étonné qu’on termine le mois de janvier sans que quelque chose n’intervienne», avait déclaré le centriste dans un entretien avec le journal Le Quotidien en janvier 2013. Et il précisait les termes de ce contrat : «En cas de victoire, entre autres choses, il était prévu que, personnellement, je devais occuper une fonction sur laquelle je devais m’entendre avec le Président. Tout est expliqué dans l’annexe. Rien n’est encore fait. Rien n’est perdu. Rien n’est abandonné. (…) Ce qui est important, c’est la volonté de travailler pour le Sénégal. Avec l’expérience, la formation et les compétences que j’ai, malgré mon âge, toute modestie à part, je crois que je peux être encore utile au pays. Donc, je pense que d’ici au plus tard fin janvier, quelque chose de clair sera fait et tout le monde sera au courant.» Mais cet espoir ne se réalisera pas dans le septennat qu’il a d’ailleurs défendu dès 2013 contre même la volonté exprimée par Macky Sall de faire 5 ans. Et la suite lui a donné raison.

Enfin une «position sénior» ?
En réalité, son parcours, son soutien et ses conseils au futur président de la République valaient plus qu’un (simple) ministère, fonction qu’il a déjà occupée. «Mais je peux tout être. Je peux même être le Premier ministre, pourquoi pas ? Oui je peux être le Premier ministre. Mais qu’est-ce qui empêche que Jean-Paul Dias soit Premier ministre. J’en ai toutes les capacités et toutes les qualités. Ça me dérange de le dire comme cela mais, c’est cela la vérité. (…) Mais vous êtes en train de me parler du Conseil économique et social. J’aurais pu être le président de l’Assemblée nationale. Ce que je crois et ce dont nous avions discuté, c’est que, quelqu’un comme moi, peut-être d’autres aussi, devrait occuper des positions de sénior. Ce qui fait que vous ne m’avez pas vu dans une fonction ministérielle et dans un secteur particulier», avait-il expliqué dans ce long entretien avec Le Quotidien. Et lui-même va définir le poste qu’il convoite. «Une position sénior, c’est par exemple la présidence d’une institution, comme l’Assemblée nationale, le Conseil économique et social, la Primature, le Conseil constitutionnel. On peut être dans une position sénior en étant un conseiller du Président mais, selon une appellation particulière. Il y en a d’autres.  Donc, une position comme celle-là, c’est ma position. Maintenant, je suis au service du pays. Si le Président préfère que je sois ministre dans un secteur particulier, si ça me convient, je le ferai», disait-il. Alors, sa fonction d’Envoyé spécial est-il dans une «position sénior» ou junior ? La réponse est peut-être dans les avantages qui accompagnent la fonction. Surtout pour un homme qui avait admis qu’il gérait «difficilement» son parti, ses militants, son Bureau politique ? «Hon­nêtement, c’est pénible ! Lorsque nous n’avons pas eu de député, je peux vous garantir que j’ai eu chaud au Secrétariat national. C’est la première fois que j’ai été vraiment secoué», avait avoué Jean Paul Dias à l’époque.

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