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Deux cent six millions neuf cent mille. C’est la somme que nous valent les trois matchs de poule des Lions et leur qualification en quart de finale, sans compter les frais d’hébergement et de restauration. Ce pactole est important et il ira crescendo parce que plus on avance dans la compétition plus la somme sera conséquente. Cette somme est d’autant plus faramineuse que le Sénégal est un pays pauvre qui croule sous le poids des dettes au rythme et taux suicidaires. Pourtant, comme par enchantement, les Sénégalais dans leur majorité sont apparemment d’accord sur cet état de fait. On jubile, on s’enthousiasme. On accueille avec excitation ce baiser de Judas dont la longueur ne fait que grever les caisses de l’Etat. Pourtant, Dieu le sait, les priorités sont ailleurs.
Combien d’élèves font leurs cours dans des abris provisoires ? Combien de centres de santé souffrent de manque d’équipements et de personnels ? Combien de femmes enceintes accouchent sur des charrettes ou des motos au cours de leur acheminement, à cause de l’enclavement de leur terroir ? Combien d’agents de l’Etat dans tous les secteurs attendent depuis plusieurs années leurs rappels et intégration dans la fonction publique en vain ? Et à chaque fois, on leur rétorque que c’est un problème de budget. Combien, Combien, Combien… ?
Toutefois, dès qu’il s’agit de satisfaire une clientèle politique ou participer à des compétitions africaines et mondiales, l’Etat est prêt à casser sa tirelire. Et pourtant, le Sénégal remporterait la Coupe du monde, la Coupe d’Afrique ou des médailles olympiques, le panier de la ménagère ne s’en sortirait pas plus garni, les structures de santé plus équipées, le front social apaisé. En effet, la Côte d’Ivoire, championne du continent lors de la dernière Coupe d’Afrique, a été récemment secouée par le bruit des bottes venant de la Grande muette qui exigeait des paiements de pécules et des grèves dans la fonction publique pour des meilleures conditions de travail.
D’ailleurs, ces compétitions dites de haut niveau ne font que rabaisser la dignité de l’être humain, représentant de Dieu sur terre. Néanmoins, le sport en tant qu’activité éducative est vraiment à encourager et mérite d’être organisé et soutenu surtout dans le cadre de l’Union des associations sportive, scolaire et universitaire (Uassu). Mais ces compétitions estampillées de haut niveau ne sont que des prétextes pour les multinationales détenues en majorité par des francs-maçons et des illuminatis pour faire la promotion de la prostitution, la consommation de l’alcool et la vente à tour de bras de préservatifs et de pilules. Pour preuve, parmi les plus grands sponsors de ces compétitions, il y a les multinationales de la bière : Flag et Guinness. En effet, lors de la Coupe du monde au Brésil, il fallait importer des millions de préservatifs malgré la bronca des Brésiliens pour qui la priorité était ailleurs. Par ailleurs, la Coupe d’Afrique au Gabon souffre de la même impopularité, car boudée par les hôtes mêmes, les Gabonais.
Je discutais de cette question avec un collègue qui me disait que ces joutes sportives nous permettent d’oublier nos problèmes, et non de les régler. Cependant, on aura beau oublier nos problèmes le temps d’un match de football ou d’un tournoi, quand l’euphorie s’estompera, on retrouvera nos problèmes entiers et plus pressants. Et d’ailleurs, c’est l’objectif recherché par les défenseurs du nouvel ordre mondial, en parfaite collaboration avec leurs fondés de pouvoir : c’est-à-dire nous divertir, nous distraire alors qu’ils se font de l’argent à notre détriment. En fait, ces caresses chirurgicales que constituent les compétitions sportives peuvent éviter le pire, mais elles n’écartent pas le danger. L’ex-Présidente brésilienne, Dilma Roussef, l’a appris à ses dépens ; et le Président gabonais également l’apprendra bientôt à ses dépens.
Ps : Cette contribution a été écrite dans la nuit du jeudi 26 janvier 2017, avant l’élimination des Lions.
Elimane BARRY
Professeur d’Anglais

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