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Le groupe de rap sénégalais Daara J Family vient de sortir «Yaamalele», un nouvel album militant, anticapitaliste et pro-écologie dont les messages sur la déshumanisation du monde interrogent sur l’avenir de la planète pour mieux mettre les humains devant leurs responsabilités.

«Yaamatele, c’est un personnage comique d’un dessin animé des années 1980, Onze pour une coupe : un robot, avec une grosse télé à la place du ventre. Depuis, dans le jargon de rue, au Sénégal, on utilise son nom pour désigner les personnes droguées à leurs écrans – télés, ordinateurs, téléphones portables. Notre titre-parabole dénonce cette addiction», explique Ndongo D, un des deux rappeurs de ce groupe, dans un entretien publié sur le site Rfi musique. «Aujourd’hui, tout est tellement digitalisé qu’on en perd notre humanité. Parfois dans une maison, un membre de la famille regarde la télé dans la chambre, l’autre dans le salon… Et pour communiquer, ils s’envoient des sms. Les gens passent tant de temps agglutinés à leurs écrans, qu’ils en oublient de vivre», ajoute Faada Freddy, qui pointe le risque de «devenir insensible à tout». Ndongo D renchérit : «Même les grands-pères, dans les villages les plus reculés, possèdent ces outils numériques. Désormais, ce ne sont plus les politiciens qui gouvernent le monde, mais Facebook ou WhatsApp. D’ailleurs, les réseaux sociaux s’imposent comme des armes politiques puissantes, dont se sont servi Trump ou Bolsonaro pour arriver au pouvoir.»

Faada Freddy, la nostalgie de l’arbre à palabres et du thé brûlant
Le propos n’est pas de «demander aux jeunes d’abandonner leurs smartphones, mais d’adopter un recul critique face aux contenus», selon Ndongo D, «déjà en 2012, on avait sorti ce titre, Niit (qui signifie «observer de près avec une torche») et nous avions tourné le clip dans la plus grosse décharge de Dakar». «Au Sénégal, il commence à y avoir une fragile prise de conscience. Quelques hommes politiques – un ou deux sur dix – dont le ministre de l’Hygiène publique, tâtonnent pour trouver des solutions écologiques», observe-t-il, en plus d’autres initiatives, «des mouvements comme Sénégal ney set («Que le Sénégal soit propre») avec lequel nous collaborons».
Depuis vingt ans et leurs débuts, «ce qui a changé et s’est empiré, c’est cette maladie qui ronge le monde : la globalisation et le capitalisme mondial. Aujour­d’hui, la valeur d’un être humain se mesure à son compte en banque, son bonheur, son sourire posté sur Instagram. Nous sommes aussi dans une ère de l’ultra-communication qui peut friser le mensonge», indique Faada Freddy. Pour cet album composé entre Kinshasa, Paris et Dakar, le duo dit être sorti de sa zone de confort en s’inspirant notamment de la rumba. «On a effectué un travail de recherche : comment faire pour que nos musiques parlent aux nouvelles générations sans tomber dans la copie de la tendance par nature éphémère ?», dit Ndongo D. «En gros, résume Faada Freddy, on a forgé une musique équilibrée, qui garde ses racines. Je convoque souvent la métaphore de l’arbre : quand les «temps» viennent, les feuilles changent, mais les racines demeurent toujours, qu’importent les saisons. Et puis, même si on travaille énormément sur nos lyrics et la musique, on essaie aussi de se laisser porter par la vibe, de ne pas tout contrôler, pour recevoir la magie de l’univers.»
Aps

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