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En décrétant hier l’état d’urgence en Gambie pour 90 jours et la fermeture des frontières, Yahya Jammeh confirme sa volonté de garder le pouvoir et ouvre la porte à une intervention militaire de la Cedeao en Gambie pour installer Adama Barrow.

C’est la dernière manœuvre séditieuse de Yahya Jammeh, déterminé à différer la passation de pouvoir. Face à un Président battu, mais armé et à la tête d’un régime de terreur, Adama Bar­row devra probablement compter sur la police internationale pour entrer à la State House de Banjul. Hier, Yahya Jammeh a décrèté l’état d’urgence à deux jours de l’investiture de son successeur qui avait annoncé qu’il prêtera serment demain à Banjul même. Alors qu’il est à Dakar. En réaction à cette annonce, Jam­meh a aussi fermé les frontières pour l’empêcher sans doute de rentrer chez lui et aussi l’arrivée des chefs d’Etat de la Cedeao à Banjul jeudi pour participer à l’intronisation du nouvel élu.
Il est désormais difficile de récuser une intervention militaire en analysant ces agissements de Yahya Jammeh dont le mandat finit aujourd’hui. Une grille de lecture forgée par les décisions unilatérales prises par Jam­meh, concentré sur ses malheurs et qui n’a pas résisté à la tentation d’abattre l’ultime carte de l’affrontement avec les forces de la Cedeao. Dans une déclaration à la télévision gambienne hier, où il multiplie les sorties, Yahya Jammeh a dénoncé «un niveau d’ingérence étrangère exceptionnel et sans précédent dans la vie politique gambienne qui crée une atmos­phère hostile injustifiée qui me­nace la souveraineté, la paix et la stabilité du pays».
C’est une ancienne patine servie pendant 22 ans pour asseoir son régime et qui a abusé la population gambienne tétanisée par la répression. Après avoir usé, non sans succès, du ressort géopolitique antioccidental, de l’argument nationaliste, il a pris cette décision qui confirme la crainte de plusieurs analystes qui ne sont pas mépris sur son compte en soutenant qu’il ira jusqu’au bout de sa logique de confisquer le pouvoir à n’importe quel prix.

Un navire de guerre nigérian navigue vers la Gambie
Le tête-à-queue de Jammeh comporte au moins une vertu : Il va permettre à la Cedeao de légitimer son intervention militaire qui a privilégié la voie diplomatique pour une sortie de crise. Sourd à tous les appels, Jammeh a décliné les offres d’asile du Maroc et du Nigeria en décidant de se barricader à l’intérieur de son enclave. Aujourd’hui, le dé­ploiement d’une force militaire prend l’apparence de l’évidence à la lumière des dernières ac­tua­­lités. Selon la Bbc, le Nigeria a déployé son navire de guerre le plus récent dénommé «Unité Nns» en prélude à une éventuelle opération armée et qu’il navigue au large des côtes du Ghana en direction de la Gambie. D’après toujours ce média, le week-end dernier, les chefs militaires des pays d’Afrique de l’Ouest se sont rencontrés pour discuter d’un plan de déploiement d’une force militaire en Gambie.
Et les conséquences sont déjà visibles, car l‘approche de la date fatidique du 19 janvier a mis des milliers de Gambiens sur la route de l’exil. Mais la fermeture hier des frontières va retenir de force d’autres candidats à l’exil à l’intérieur du pays et les exposer à des risques. Lancée dans une probable guerre asymétrique, la Cedeao est contrainte de mener une opération militaire chirurgicale contre le «Fou de Banjul» pour préserver les civils.
Après avoir perdu la Prési­den­tielle du 1er décembre et reconnu sa défaite, Yahya Jam­meh s’est aussi livré à un exercice périlleux en contestant les ré­sul­­tats de l’élection. Sûr de sa force et revigoré par le soutien des Forces armées gambiennes, il est resté sourd à tous les appels de la communauté internationale.

bsakho@lequotidien.sn

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