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Ce jeudi, l’Institut français de Dakar (Ifd) a été le cadre d’un brûlant débat autour de la question de l’Islam. Organisée à l’occasion de la Nuit des idées, cette rencontre a permis d’analyser le rapport des sénégalaises à l’islam, et d’aborder la question de l’islam à la sénégalaise à partir d’un documentaire de la réalisatrice Angèle Diabang.  Une table ronde a été animée dans ce sens par les chercheurs Selly Bâ et  Mamadou Bodian, le professeur Mohamed Chérif Ferjani et l’anthropologue Abdourahmane Seck.

Les confréries régulatrices
A l’heure où le monde est secoué de plein fouet par des guerres interreligieuses, des attentats terroristes, des idéologies néfastes autour de l’islam et d’autres courants radicaux, l’Institut français de Dakar a jugé nécessaire de donner la parole aux Sénégalais, pour parler de leur islam : l’Islam à la sénégalaise. La parole à la fois masculine et féminine a permis de déceler que l’islam pratiqué au Sénégal est pour bon nombre, un  modèle de réussite. «Au Sénégal  il y a 94% de musulmans, pourtant ce pays a été dirigé pendant 20 ans par un chrétien et il n’y a jamais eu de heurts», entend-on parfois les gens s’émerveiller. Pour Mama­dou Bodian, chercheur à l’université de Floride, si le modèle sénégalais de l’islam est si envié, c’est parce qu’il y a à la fois : des institutions étatiques et démocratiques fortes, un dispositif sécuritaire performant et une ouverture démocratique aussi  forte que la liberté d’expression. C’est tout cela indique-t-il, qui a permis aux confréries de jouer leur rôle de régulateur social et politique empêchant les idéologies extrémistes de prospérer. «On n’a jamais enregistré au Sénégal des cas de violences perpétrées par des acteurs islamiques comme ce qui se passe au Mali ou dans les pays de la sous- région. Une des raisons, c’est que les organisations religieuses notamment confrériques ont joué un rôle fondamental dans l’encadrement des jeunes des milieux ruraux à travers les Dahiras, mais aussi dans les universités», soutient-il. Mais cela a-t-il toujours été le cas ?

Le discours radical
Le Sénégal, pourtant paradis des confréries, a connu certaines situations qui laissent douter de sa capacité de résilience face aux discours et opinions radicaux. Il rappelle à ce propos que des radios on été saccagées,  et qu’en 2005 un mouvement, nommé, Tahfiir wal hijja avec des discours extrémistes, avait commencé à éclore dans l’espace universitaire. Ce genre de discours extrémiste, la réalisatrice Angèle Diabang, l’a aussi connu au cours du tournage en 2007 de son documentaire Sénégalaises et islam. Elle témoigne de l’acharnement qu’elle a subi de la part d’une des protagonistes Thiané. «Thiané voulait contrôler le montage, même en cours de tournage, elle voulait que je change de religion.  A 19h, on espérait plier nos bagages, mais jusqu’à minuit ce jour elle voulait que je change de religion. Après il y a eu une bataille psychologique avec des messages du genre : Tu n’es pas musulman tu vas bruler en enfer. A l’avant première du film à Sorano, j’étais toute stressée parce qu’elle menaçait de venir dire à tous qu’il y a des chrétiens mauvais qui font un film pour gâter le nom de l’islam…» (Ndlr : Sous sa burqa, Thiané tenait à chacune de ses apparitions dans le film, un discours radical, contrairement à tous les autres).

Les solutions
Face à ce discours, le professeur Mohamed Cherif Ferjani prêche pour sa part, la non violence et la tolérance. Il pense qu’il vaut mille fois, prévenir que guérir et invite à se départir de la facilité en considérant d’emblée les terroristes comme des non musulmans et à jeter l’anathème sur eux. «Prendre la voie de l’anathème, c’est adopter la même voie que les djihadistes. Si on s’installe dans la logique de l’anathème ce sont les adeptes de la violence qui sortiront ga­gnants», affirme-t-il. Pour­suivant sa logique, le professeur, interpelle son assistance sur la nécessité du vivre ensemble et donc de renouveler les modes de penser  et le contenu des discours. «Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Ce qu’on pouvait se permettre quand on n’était qu’entre musulmans, qu’entre chrétiens, qu’entre juifs, qu’entre bouddhistes… on ne peut plus se le permettre. Il faut tenir compte des autres». Dans ce discours nouveau, M. Ferjani espère surtout trouver l’éloge de la diversité culturelle et religieuse… et exhorte à ne pas s’allier au diable. «Ne faites pas de compromis avec les gouvernements corrompus». Dans ce discours, la chercheuse, Selly Ba regrettait que la voix des femmes soit si minime. On dirait presqu’inaudible.
aly@lequotidien.sn

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