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L’actualité de la très prochaine conférence de l’Oif (Organisation internationale de la Francophonie) prévue en octobre 2018 avec comme toile de fond l’élection du nouveau secrétaire général de cette organisation qui devrait échoir – sauf imprévus – à Madame le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, nous donne l’opportunité de la présente contribution sur l’avenir de la Francophonie.
En effet, par-delà la lutte de positionnement et de leadership entre la France et le Canada, les deux principaux bailleurs de fonds de l’organisation francophone qui risque d’accentuer encore un peu plus les clivages entre les Etats membres, avec la campagne électorale pour le secrétariat général, les petits pays vont devoir choisir… leur camp. Tant il est vrai que quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui en souffre le plus. Ce ne sera pas facile pour eux ni sans conséquence…- Ouille !
Il devient donc intéressant de se poser quelques questions légitimes à propos de cette organisation censée aider – à travers le développement solidaire de ses membres – à la vivification, la promotion et l’expansion de la langue et de la culture du français à travers le monde… Le constat n’est pas vraiment reluisant.
Plus de vingt ans après sa création en 1995, à la suite de l’Acct (Agence de coopération culturelle et technique ) mise sur les fonts baptismaux en 1970 à Niamey (Niger), l’Oif peine toujours à justifier d’un bilan véritablement conséquent sur certains plans, dont le moindre n’est pas celui de l’expansion de la langue française à travers le monde. L’échec est patent sur ce chapitre.
Personne ne peut nier que le français perd de plus en plus de terrain par rapport aux autres langues de communication et d’affaires, notamment l’anglais qui continue à imposer sa suprématie au reste du monde avec – comble de l’incroyable – l’aide des francophones eux-mêmes. C’est à ne rien y comprendre…
Comment en est-on arrivé là ?
La réponse coule de source : les francophones eux-mêmes ne croient pas trop au Français et à la langue française comme vecteurs de valeurs communes à un espace partagé. Ah oui !
Les premiers et vrais fossoyeurs du français sont les Français eux-mêmes et les francophones. La preuve par mille.
Quand partout ailleurs, au sein des grandes organisations internationales, des institutions mondiales et dans les rencontres planétaires, les délégués – tous les délégués – rivalisent d’ardeur pour montrer leur maîtrise de l’anglais dans leurs différentes interventions, on ne peut que se désoler de voir les francophones de souche être aux premières loges de cette débauche d’anglophilie. Il faut les voir ces «ambassadeurs de la langue française» s’évertuer à démontrer à qui mieux mieux leur «maîtrise» de l’anglais dans un psittacisme puéril et ridicule dont ils n’ont même pas conscience. Alors que leurs pairs anglophones restent droits dans leurs bottes ne se donnant même pas la peine de prononcer – par courtoisie -quelques mots de français à leur endroit. Risible… Le spectacle est d’autant plus désolant que dans la plupart des organismes internationaux, pour ne pas dire toutes, le français est une des langues de communication sinon la première langue de communication.
Au niveau de l’Uit – Union internationale des télécommunications – que je connais mieux, les textes fondamentaux de l’Union, notamment la Convention, mentionne noir sur blanc que l’Uit a six (6) langues de communication et de travail que sont le français, l’anglais, l’espagnol, l’arabe, le russe et le chinois. Et qu’en cas de litige sur le sens d’un mot ou d’une phrase, la version française sera privilégiée. Pourtant et malgré tout cela, on y trouve encore des francophones de souche qui répugnent à parler français, préférant faire admirer leur «maîtrise de l’anglais» dans toutes leurs prises de parole. Il est vrai qu’à l’époque, comme on avait devant soi un Sg francophone, Malien de surcroît, très prompt à ne parler qu’anglais, ainsi que des délégués de la France qui ne s’exprimaient qu’en anglais, on mesure tout l’échec de la Francophonie à s’imposer dans le concert des vecteurs de communication dans le monde. Et l’écart va continuer à s’amplifier, parce que les francophones traînent un complexe rédhibitoire vis-à-vis des anglophones, au point de s’évertuer à bien parler anglais pour être «bien vus». A preuve, pour les postes internationaux genre Fmi, Onu, Banque mondiale et autres, le critère de la maîtrise de la langue anglaise est prépondérant. N’est-ce pas Sarkozy qui s’extasiait sur la formidable diction anglaise de Christine Lagarde, au point de la proposer comme directrice générale du Fmi ? Et pourtant, le directeur général de la Banque mondiale qui est toujours américain de nationalité ne parle qu’en anglais et ne s’embarrasse pas de chichis pour le français, parce que les Francophones ne se sont pas préoccupés d’exiger le respect de leur langue partout où besoin est. Aussi, ne faut-il pas s’étonner que de plus en plus tous les documents de travail au niveau de ces organisations internationales soient rédigés uniquement en anglais. Et tant pis pour tous les autres. Mieux ou pis, on accepte même d’accréditer dans les pays francophones des ambassadeurs étrangers qui ne parlent pas un traitre mot de français. Ce qui est impensable pour un pays anglophone. Si on se manque de respect à soi même, qui va vous respecter ? Si bien que de plus en plus, l’anglais a fini de s’imposer en langue de communication et de travail dans presque toutes les agoras du monde.
Etre bilingue et même polyglotte, c’est très bien et même souhaitable dans ce monde en pleine mutation. Mais aller jusqu’à vendanger sa propre langue «maternelle» au profit d’une autre, cela devient tout de même affligeant.
Face à une telle situation, il est légitime de se demander «à quoi a véritablement servi l’Oif». Si ce n’est pas de réceptacle de consolation pour «anciennes gloires francophones» genre ex Sg des Nations unies (Boutros Gali), ex Président du Sénégal (Abdou Diouf), ex gouverneure du Canada (Michèle Jean) et certainement future ex-ministre des Affaires étrangères du Rwanda, et une bureaucratie inutile bien payée à Paris, on ne voit rien de vraiment consistant venant de cette organisation.
Pourtant, les pères fondateurs avaient en 1970 une vision idyllique du développement des liens très forts entre Peuples et Nations parlant français dans un commun vouloir de vie commune, avec une langue vernaculaire partagée entre tous en mettant sur pied cette organisation de la Francophonie.
Mais la politisation extrême est venue tout chambouler pour ne laisser prospérer qu’une coquille vide, enjeu de rivalités politiques de toutes sortes, incapable de promouvoir la langue française dans le concert des échanges internationaux. Le complexe d’infériorité aidant, les francophones sont les premiers fossoyeurs de leur langue, enclins qu’ils sont à parler anglais à tout bout de champ pour «en mettre plein la vue» aux autres francophones et se faire admettre par les autres anglophones. Pitoyable !
Sur ce chapitre, s’il y a véritablement un pays qui tient à la langue française comme à la prunelle de ses yeux, c’est évidemment le Canada. La province du Québec a réussi à valider le français comme langue officielle de tout le Canada au même titre que l’anglais sans céder une once de son âme. Pourtant, il est mitoyen du puissant voisin anglophone, les Usa.
Sur ce plan, il faut aussi rendre hommage au Président Abdou Diouf qui aura été jusqu’au bout un francophone et un francophile de cœur, d’esprit et de posture. Ne tolérant pas la plus petite entorse dans la défense de la langue française partout et en toutes circonstances. Il avait institué des délégués de la Francophonie pour tous les grands évènements mondiaux (Jo, Mondial de football, Grands festivals etc.) pour défendre la place de la langue française. Pour la petite histoire aussi, il n’avait pas hésité à limoger vite fait son ministre de la Culture des années 90 qui s’était improvisé «interprète en français » d’un discours délivré en anglais par un invité de marque lors d’une cérémonie au théâtre Daniel Sorano de Dakar. Comme quoi, lui au moins il croyait en la Francophonie et au français comme langue nationale officielle de communication et de travail au Sénégal. On ne peut pas en dire autant de certains de nos compatriotes, comme les jeunes lycaons de la première alternance sous Wade, avec à leur tête Ndaamal Kajoor qui, dès leur intronisation au Palais, avaient commencé – paraît-il – à communiquer en anglais pour éliminer «les indésirables» de leurs conversations au mépris de toutes les convenances républicaines qui avaient formalisé le français comme langue officielle de travail. La suite, on la connaît… Passons !
La même tendance est observée au niveau de beaucoup d’intellectuels sénégalais dont le dada préféré est de faire étalage – à la moindre occasion – de leur «maîtrise» de l’anglais pour snober la galerie. Et avec çà, on veut parler de Francophonie. Il faut arrêter la comédie qui a trop duré et admettre froidement que le français vit ses derniers instants comme langue universelle. Condamnée qu’elle est par la France elle-même qui – entre autres entraves – continue, sous la poussée du populisme et de la xénophobie galopante, à fermer ses portes aux francophones d’Afrique. Résultats des courses : les jeunes Africains francophones se tournent de plus en plus vers les pays anglophones ou parlant anglais comme les Usa, le Canada, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, la Malaisie, l’Indonésie, Singapour etc. pour poursuivre leurs études supérieures en anglais. Et la tendance va s’amplifier au grand détriment de la langue française qui y perdra encore plus de son influence déjà fortement érodée. Absolument !
L’autre aspect non moins bizarre de cette prochaine conférence de l’Oif est l’élection du prochain Sg de l’organisation. Election qui se joue pour le moment entre l’actuelle titulaire du poste, la Canadienne Michèle Jean qui veut rempiler et la ministre rwandaise des Affaires étrangères, seule candidate déclarée. Cette élection va dévoiler au grand jour une rivalité feutrée entre les deux grands pays de l’Organisation que sont la France et le Canada, avec comme dégâts collatéraux les autres pays condamnés à choisir leur camp entre ces deux mastodontes. Ce qui ne sera pas sans conséquence pour le futur de l’organisation.
Ensuite, toujours sur cette élection, il est difficilement compréhensible d’accepter la candidature du Rwanda à ce poste, car ce pays avait souverainement et avec fracas quitté le giron francophone pour s’ériger en pays anglophone pur et dur. Faisant même naître par-ci, par-là quelques velléités de suivi pour certains pays comme le Togo.
Qu’est-ce qui a pu bien changer entre-temps pour que brusquement le Rwanda décide de briguer le Sg de l’Oif et avec l’onction de la France en plus ?
D’aucuns parlent de rachat ou de rédemption pour les exactions du génocide rwandais de 1994. Très probable…
Ce sont justement des manœuvres politiques de ce genre qui vont tuer encore plus l’Oif qui ne serait plus qu’un instrument au service d’un grand pays, la France, pour lui permettre d’orienter les pays membres, surtout africains, dans la direction voulue pour ses intérêts particuliers inavoués. Ainsi… Exit l’idéal francophone des pères fondateurs…
Et paix à l’âme de la Francophonie qui va accentuer sa descente aux enfers au profit de l’anglais conquérant et souverain.
Que Dieu nous garde toujours des aventuriers de toutes sortes !
Guimba KONATE
Dakar
guimba.konate@gmail.com

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