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Lieux de commerce, ateliers de travail ou maisons en chantier situés aux abords du Phare des Mamelles ont été détruits hier par la Dscos. Cette opération a été lancée au lendemain de la décision du chef de l’Etat de mettre fin au bradage des terres de l’aéroport Léopold Sédar Senghor et de la levée de boucliers sur la spéculation foncière sur le littoral.

C’est une journée noire. Du regard, ils constatent avec impuissance l’anéantissement de plusieurs années de labeur. Désarmés, certains ouvriers installés aux abords du Phare des Mamelles, courent dans tous les sens pour essayer de récupérer ce qui peut l’être avant le passage dévastateur des bulldozers de la Direction de la surveillance, du contrôle et de l’occupation des sols (Dscos), qui a réduit en ruine tous les bâtiments irréguliers. Maisons en construction, ateliers de couture, de tapisserie, de menuiserie, espace de fabrication de briques… ont été transformés en tas de gravats montagneux. Les baux tracés sur les flancs latérites du monument ont été démolis sous la supervision du lieutenant-colonel Papa Saboury Ndiaye, directeur de la Dscos. Sur presque 1 km, les éléments de la gendarmerie quadrillent la route, qui jouxte le site, qui va retrouver un autre décor. Les automobilistes sont priés de rebrousser chemin ou réorientés vers le Monument de la Renaissance.
Sur place, la tristesse et la colère sont palpables. Tête entre les mains, des vendeurs de fleurs sont les spectateurs du transfert de leur business sous les décombres des camions démolisseurs. Le spectacle est triste sous le regard médusé des populations dont la quiétude a été rudement secouée.
Jusqu’à hier, chaises, lits et armoires… décoraient anarchiquement tout le passage piéton. A y voir plus clair, c’est une activité intense qui se déroulait dans les alentours du Phare. Maisons abandonnées ou en chantier étaient transformées en lieu de commerce par les jeunes de Ouakam. Vergers parcellisés, murs de clôture inachevés… le plus petit espace est transformé soit en lieu de commerce ou en bail. Ça ne chôme pas au niveau du Phare des Mamelles. Visage noir de colère, Pape, 32 ans, ne sait plus où donner de la tête. Cigarette en main, le jeune tapissier, yeux rougis par l’amertume, accuse l’Etat de faire de la justice sélective. «La loi est là et elle est applicable à tout le monde. Après cela, nous irons voler. Ce ne sont pas nous qui agressons le littoral. Les vrais prédateurs se trouvent derrière le Phare», fulmine-t-il avec une voix gonflée de tristesse. Les autres travailleurs installés sur le site tiennent le même discours. Cependant, ils déplorent que la sommation ne soit tombée que 48h avant la démolition de leur lieu de travail.
Mais les états d’âme des uns et des autres, Papa Saboury Ndiaye n’en a cure. Téléphone scotché à l’oreille, il marche sur ces champs de ruines et indique les lieux à détruire. Droit dans ses bottes, le directeur de la Dscos jure que l’Etat du Sénégal s’est engagé à mettre fin à cette polémique sur l’agression du littoral. «Le Phare est fortement agressé dans ses flancs avec des constructions irrégulières. On est venus pour désencombrer tout ce qi se trouve entre le pied du Phare afin de permettre aux services de l’Urbanisme de faire ici un aménagement paysager après l’annulation de tous les actes administratifs produits ici depuis 2010», déclare M. Ndiaye. Au cœur de la tempête, le Président Macky Sall a donné des instructions mardi au directeur des Domaines pour l’arrêt des constructions sur le littoral et au niveau de l’ancien aéroport de Dakar.

Une maison épargnée
Selon le directeur de la Dscos, la spéculation foncière est entretenue par des gens qui squattent des espaces. Il explique le modus operandi : «Après avoir occupé un an, deux ans, il vont sécuriser avec un mur de clôture et après avoir un bail. Malheu­reuse­ment, les sites visés ne sont pas destinés à l’habitation encore que le Phare est un patrimoine classé qui doit être protégé. Aujourd’hui, on est là pour faire partir tous ceux qui sont ici.» Faire quitter tout le monde ? Cette décision va-t-elle s’abattre sur tout le monde ? Le Collectif citoyen qui s’est formé pour la défense du littoral ne vise pas des travailleurs du secteur informel. Il s’agit plutôt pour eux d’un partage des terres par des responsables du régime actuel. Dans sa chronique du lundi, Madiambal Diagne a cité les zones de la prédation et quelques bénéficiaires. D’ailleurs, au milieu des décombres, trône une grande maison que les buldozers ont contournée. Deux individus sont devant le chantier huppé qui appartiendrait à un ponte du régime actuel, selon les populations autochtones. La Dscos est attendue dans ces lieux. Comme derrière le Phare des Mamelles où l’on habite les pieds dans l’eau.

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