PARTAGER

Si par un heureux hasard il vous arrive de revisiter la variété sénégalaise des années 90 sur internet, il se peut que vous tombiez sur un clip : Saa Yandé. Dans cette vidéo, cinq jeunes garçons (le plus grand âgé d’à peine 15 ans à l’époque) s’essaient à la musique. Ils sont si jeunes que les instruments avec lesquels ils jouent semblent trop lourds pour leur frêle corps de pré-adolescent. Ce qui va vous marquer cependant, c’est la qualité précoce des sonorités qui composent leur musique. Aujourd’hui, vingt ans après, l’orchestre Guneyi est un groupe saint-louisien atypique et talentueux, incontournable dans les festivités de sa ville natale, et qui est en route pour conquérir le public dakarois le 14 décembre prochain au théâtre national Daniel Sorano. Mais si vous n’êtes pas de Saint-Louis, vous ne savez peut-être pas pourquoi vous devez absolument aller voir ce groupe particulier.
Jules (le bassiste), Papis (le claviste), Théo (le batteur), Pa Laye, Bayla (les chanteurs) et Mbaye (le percussionniste) sont nés et ont grandi à Ndar Guedj, Saint-Louis du Sénégal. Les cinq premiers sont frères (comme vous le suggéreront leurs traits) et Mbaye est un de leurs amis d’enfance qui a fini par être un membre à part entière de la famille d’abord et du groupe ensuite. Oui, car la famille est et a toujours été une priorité chez les Diarra. Managé à leur début par un père instituteur, ce dernier a très tôt mis en œuvre des règles de discipline strictes afin de s’assurer que sa tribu puisse s’épanouir dans la musique, tout en aillant une enfance remplie et de bonnes notes à l’école. Il raconte : «Ils savaient tous que je ne plaisantais pas avec la discipline. Il fallait qu’ils travaillent assidûment à l’école s’ils voulaient faire de la musique. Et il fallait aussi mettre tout le sérieux dont ils étaient capables dans la musique, s’ils voulaient qu’elle fasse partie de leur vie. Leur mère et moi s’assurions derrière qu’une bonne ambiance règne toujours à la maison et qu’ils puissent s’amuser et avoir une vie équilibrée.» Les frères Diarra ont ainsi grandi encadrés et suivis, se produisant lors de festivals et autres types de scènes à travers le pays et jusqu’en Guyane, s’initiant aux rudiments de l’art musical auprès de monuments du milieu qui les prirent sous leurs ailes (Henri Guillabert, ou encore feu Khabane Thiam pour ne citer que ceux-là), tout en vivant une enfance qu’ils qualifient de «normale». «Nous avions une enfance on ne peut plus normale. Nous allions à l’école, jouions au foot, pratiquions des arts martiaux, et avions plein de copains qui fréquentaient beaucoup notre maison. Ce qui comptait pour nos parents, c’est que nous puissions prendre conscience qu’au-delà d’être notre passion, la musique était aussi une responsabilité que nous devions assumer avec maturité pour aller loin», se souvient Papis. Une enfance  normale tant que possible donc, un cursus scolaire plutôt brillant (ils sont tous allés à l’université svp !), de la recherche et de l’assiduité dans la pratique de leur art ; tout cela a donné naissance aujourd’hui à un groupe totalement indépendant. Ces musiciens de talent ont désormais leur carrière en main. Ils produisent une musique colorée et internationale, détiennent un des rares studios d’enregistrement normés de Saint-Louis (où vous pouvez rencontrer Baba Maal, Ombré Zion et plein d’autres stars de la musique, lorsqu’elles passent à Saint-Louis) et ont monté leur label, Diart-Diart music, qui participe à la production de très nombreux travaux de musiciens locaux, comme internationaux.
Je vous l’ai dit plus tôt, les Diarra «descendent» à Dakar le 14 décembre prochain, au théâtre national Daniel Sorano. C’est à ce moment que vous vous demandez pourquoi, si c’était cela mon sujet, vous ais-je fais remonter le temps jusqu’à leur enfance ? Eh bien parce qu’il serait dommage que vous alliez à Sorano sans savoir ce que vous savez sur eux à présent. Vous ne comprendriez pas l’émotion que ces musiciens dégagent quand ils jouent Baayo baay, la complicité entre Mbaye et les cinq frères vous échapperait, vous ne devineriez pas l’enfance amusante et rieuse qu’ils ont eue quand ils commenceront Demb wala tey, vous ne sauriez pas que Ndoumbélane est le fruit d’esprits critiques, aiguisés par les débats passionnés qui s’entendent très souvent dans leur maisonnée, tout le temps animée de gens venus de tous les horizons. C’est leur histoire que l’orchestre Guneyi vient nous raconter. L’histoire d’une ville, d’une famille, mais surtout d’une passion, la musique, qui les a menés là où ils sont aujourd’hui, et qui continue de les habiter pour le bonheur de nous autres mélomanes, de Saint-Louis et d’ailleurs.
Vous me remercierez plus tard. En attendant, visitez leur page YouTube pour vous faire une idée de leur musique (YouTube/orchestre Guneyi) et achetez votre ticket pour le 14 ! Vous m’en direz des nouvelles.

Marième KANE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here