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Les fuites constatées lors des épreuves du Baccalauréat doivent amener les acteurs à se pencher sur le système éducatif. Ces fuites dévoilent que l’école est toujours confrontée à des problèmes de gestion pour ne pas dire de régulation. A Diourbel, les acteurs s’interrogent. Là où certains parlent de sabotage, d’autres demandent une introspection à tous les niveaux.

Il est 10h au lycée Cheikh Mouhamadou Moustapha Mba­cké, qui abrite le jury 725 sur les cinq implantés dans la commune de Diourbel. Les candidats, air hagards et déboussolés, ne savent plus  quoi faire. Ils viennent de sortir des salles d’examen après que l’épreuve de français a été suspendue à cause d’une fuite. L’atmosphère est lourde.  Le Bac va-t-il se poursuivre ? C’est le sujet de discussions des candidats et autres enseignants assis sous l’ombre d’un arbre dans la cour de cet établissement.  Soudou Guèye, candidat, déplore : «Je suis surpris et inquiet pour mon pays. La facilité n’est pas bonne. Cela peut avoir des retombées négatives pour la suite de notre carrière. Que vaudra le Bac de cette année ? Le gouvernement doit prendre des mesures sévères et punir les coupables.»  A sa suite, une candidate explique : «Nous sommes fâchés. Nous sommes dépassés par la situation. Nous sommes abattus psychologiquement par ce qui vient de se passer.» Son camarade bout de rage : «Ils nous ont sacrifiés. Ils veulent la facilité. C’est décevant.»  Accroché, Papa Diallo Guèye, spécialiste en psychologie scolaire, avance : «Finalement, l’éducation est ramenée à son plus bas niveau. Cela ne donne plus sens à l’effort de la trajectoire que l’élève doit fournir pour acquérir ce qui fait les lettres de noblesse  de l’éducation notamment le savoir. La circonstance avec ces fuites, il y a un sentiment de frustrations que cela crée. Les élèves méritants, qui ont travaillé, peuvent se voir pénalisés parce que des fainéants ont accédé aux sujets et les ont traités pour obtenir le Bac. Il faut repenser le système et avec la révolution numérique, on peut sécuriser les données et à la dernière minute, les transmettre au niveau des quatre coins du Sénégal.»  Rencontré aux alentours du lycée Cheikh Mouhamadou Moustapha Mba­cké,  il ne mâche pas ses mots : «Cela fait mal. C’est une décadence dans toutes les valeurs. C’est inacceptable. C’est une honte. Il faut revoir l’organisation du Bac. Obtenir un diplôme par la tricherie détruit un pays plus qu’une bombe chimique.» Du côté de certains enseignants, on suspecte un sabotage organisé. L’un d’eux, sous anonymat, explique : «C’est du n’importe quoi. C’est parce qu’au niveau du ministère, on veut liquider Babou Diakham, qui devait faire valoir ses droits à une pension de retraite depuis belle lurette et qu’on maintient. Il y a aussi que les autres universités du Sénégal ne voient pas d’un bon œil le fait que l’Office du baccalauréat continue d’être sous tutelle de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar alors que le Sénégal compte plusieurs universités. D’ailleurs, l’idée de la création d’une agence a été agitée.»

Haro sur le corps des Inspecteurs de l’enseignement moyen secondaire
Le corps des Inspecteurs de l’enseignement moyen secondaire (spécialité et vie scolaire) est en voie de disparition. Les nombreux départs à la retraite ne sont pas remplacés. Le dernier recrutement dans ce corps remonte à 2011. Il reste tout de même à évaluer l’impact de ce corps sur le système éducatif.  A cause du manque d’effectifs, les inspecteurs de spécialité ont été organisés en bassins rattachés aux inspections d’académie de Thiès, Saint-Louis,  Ziguinchor et Kaolack.  Les missions de formation, d’encadrement des professeurs du moyen secondaire qui leur sont dévolues sont rarement réalisées. La plupart d’entre eux se tournent les pouces dans leurs bureaux ou bien vaquent à d’autres occupations.

Des Igen à l’ombre du système
La fonction des Inspecteurs généraux de l’éducation nationale a été créée dans le but de renforcer la gouvernance du système éducatif. Ils sont chargés, en dernier ressort, des choix définitifs des épreuves d’examen après avoir recensé et discuté avec les membres de la commission sur les propositions de sujets. Un inspecteur du moyen secondaire explique : «En dehors de ce travail ponctuel une fois dans l’année scolaire, les Igen brillent par leur absence et leur silence sur le fonctionnement du système éducatif. En réalité, étant des enseignants du supérieur, ils privilégient leur agenda universitaire  au détriment d’une réelle implication dans la fonction et l’amélioration des enseignements-apprentissages ou bien de la régulation du système éducatif. Les errements notés dans l’épreuve du commentaire de documents en géographie et du sujet de dissertation dans la même discipline montrent qu’ils sont loin d’impulser ou de renforcer la qualité des évaluations. En  effet, demander à des élèves de construire une courbe d’évolution sur les données ne portant que sur une année (2014) est une méprise à la rigueur scientifique. D’ailleurs, l’Office du bac était obligé d’appeler les présidents de jury  à rectifier cette erreur 2 heures après le déroulement des épreuves.»

Processus de choix des sujets
Un professeur de physique et chimie revient sur le processus de sélections des sujets : «Dans le processus du choix des sujets, des professeurs sont désignés par les Igen pour siéger dans une commission chargée de faire une sélection. Le choix définitif  des sujets reviendrait à l’Igen de la discipline. La plupart de ces professeurs du public qui siègent dans ces commissions font des cours dans le privé et organisent des cours particuliers.»
badiallo@lequotidien.sn

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