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Naïfs ! Nous le serions si nous osons croire que Yahya Jammeh est parti de son propre gré. Dans les urnes, ont pourtant souvent sonné les billes… de vote -et non les bulletins- qui n’existent nulle part ailleurs dans les régimes autoritaires comme celui-là. L’usure du pouvoir érode le pouvoir, fut-il le plus craint des mondes ! La vérité est que ce «Docteur» autoproclamé, «dompteur» des maladies, même incurables, n’a jamais su soigner ce minuscule Peuple qui s’est écrit aujourd’hui en majuscule. Son régime tortionnaire, qui a installé la peur partout, avait atteint son paroxysme. Que Jammeh proclame la Gambie «République islamique» ne peut être une surprise. Ses horreurs ne sont pas loin des méthodes d’un certain Etat islamique. Le terrorisme était là. Il ne s’identifie pas que par les ceintures explosives. Il épouse aussi les contours d’une peur permanente. Et c’est le quotidien des Gambiens. Ce soldat de 29 ans, qui porte le coup d’Etat de 1994, n’a pas perdu sa fougue de guerrier. Ses lunettes voient toujours un ennemi quelque part. A l’intérieur et en dehors de la Gambie. Ses petites phrases aux accents de jalousie révèlent sa complaisance du voisin. Pour emprunter l’image pertinemment utilisée par Babacar Justin Ndiaye, que «la banane» soit- géographiquement- dans «la bouche» du Sénégal, c’est difficile à avaler pour le fou de Kanilaï. Et il ne l’a jamais caché aux différents Présidents, de Abdou Diouf à Macky Sall, en passant par Abdoulaye Wade. Sa folie, il l’avait déjà admise depuis ses premiers pas dans l’armée. Et parfois, il en fait une défiance. «Si vous êtes fou, je vous montrerai que je le suis plus que vous», aurait-il répondu à un de ses homologues sénégalais. C’est parce qu’il a tenu et entretenu des fractions du Mfdc que Dakar a toujours voulu le ménager pour régler la crise casamançaise. Mais il ne connaît pas la diplomatie du bon voisinage et son langage. Et pourtant, il ne peut même pas résister à un petit blocus de la Transgambienne. Bon nombre d’occidentaux ne peuvent faire avec lui et prennent au sérieux son état (psychique) et ses états d’âme. Au point d’ailleurs de ne pas trop jeter un regard sur ce qu’il fait. Sur ce qu’il dit. L’homme au bonnet blanc, égrène avec son chapelet ses «qualités» de grandiloquent, comme son boubou débordant.
Il restera l’avenir de cet «effaceur» ingénieux de ses adversaires politiques. Et, il a la chance de n’avoir pas été «effacé» par un coup d’Etat comme celui avorté de 2014 ! L’éponge des billes a finalement été plus efficace pour ôter toutes les tâches de sang qu’il va emporter avec lui. Il sait pourquoi il a souhaité quitter la Cour pénale internationale (Cpi), comme l’Afrique du Sud, le Burundi et la Russie. Passé son départ, le Président élu Adama Barrow aura à «libérer» un pays, presque un «Mile 2» à ciel ouvert. A libérer aussi la presse et, de façon générale, l’expression. Sans doute, Jammeh s’inspirerait d’un certain Blaise Compaoré, qui a pris la voie de Abidjan, sans affronter la voix des urnes. Mais qui va accueillir ce colis encombrant ? En attendant, l’on pourrait regarder du côté des pays arabes puisque le «Cheikh» s’était rapproché davantage d’eux en choisissant de faire de  l’arabe la langue officielle gambienne à la place de l’anglais. L’autre têtu, le Président de la Rdc, a intérêt à prêter une attention particulière au mouvement «Bye bye Kabila !» Nous disons en ce qui nous concerne : «Bye bye Jammeh !»

hamath@lequotidien.sn

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