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El Hadji Kassé, Pôle communication Bby.

Dans une brève et brillante contribution dont il a le secret (philosophique), le ministre-conseiller, responsable du pôle Communication de la présidence de la République, El Hadji Hamidou Kassé, fait l’apologie de l’humilité en émettant de sérieuses réserves sur la pureté illusoire de «saints» intronisés avant l’heure par une vingtaine ou une trentaine d’inconditionnels dits des premiers instants d’une aventure nouvelle. El Hadji Kassé a raison. Inutile d’ailleurs de dire – nous ne lui reprochons rien – qu’il faut être Dieu pour être pur dans l’absolu. Simplement, parce qu’ici-bas «la pureté n’existe qu’au royaume platonicien des objets idéaux : triangle, rectangle, logarithme». Ainsi s’exprimait il y a un peu moins de 30 ans déjà le romancier argentin, disparu, Ernesto Sabato. «Tout ce qui se rapporte aux hommes est sale et entremêlé», ajoutait-il dans les colonnes du très sérieux Monde Diplomatique. La sentence n’est pas moins inexacte en politique où l’obsession de la nouveauté pousse le «bleu» à ajouter une couche de peinture à celle déjà épaisse d’un tableau bariolé comme aucun autre.
Il y a bientôt deux ans, le vainqueur de la primaire de la droite française, François Fillon, perdait l’élection présidentielle, «imperdable», de l’avis des éditorialistes parisiens, pour son camp. Fillon se retira même de la politique après son échec, payant ainsi le prix fort d’une pureté supposée au royaume du cambouis politicien.
Même si chez nous, cette fois, bon nombre d’observateurs se sont sans doute demandé ce qu’il restait de l’indépendance du chroniqueur des lundis du journal Le Quotidien, préposé inattendu, le 11 décembre 2018, à la distribution, depuis le présidium surélevé du grand chapiteau de l’hôtel Terrou-bi, de la parole à l’occasion du lancement de l’autoportrait du Président en exercice, les accusations portées contre le jeune patron de Pastef par Madiambal Diagne soulèvent des questions d’intérêt général dans un pays où chacun – Ousmane Sonko le premier – suspecte les intentions de chacun. Sans préjuger de la suite dans cette affaire, l’humilité aurait appris à Sonko que le pari risqué de la pureté en politique n’est gagnable que lorsque la «grande politique» – expression usitée par El Hadji dans une discussion antérieure que nous avons eue – l’emporte sur la surenchère à la petite semaine. On en est encore loin au pays de la Téranga.
Mais comment promouvoir la « grande politique » ? Par l’humilité ? Oui, sauf que la République des politiciens est si prompte à récompenser l’exubérance que l’humilité est considérée comme une preuve d’immaturité des personnes trop simples pour jouer dans la cour des grands. La République promeut les valeurs qu’elle récompense. Quel nouvel élu s’apercevra alors le premier que l’humilité – pas l’affaissement de l’être – est un critère essentiel quand arrive l’heure du casting pour doter la République de valeurs sûres ? Du choix des valeurs sûres naît la «grande politique», c’est-à-dire la politique par les idées. Rien que par les idées !
Abdoul Aziz DIOP
Conseiller spécial à la Présidence de la République

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