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Toutes les économies du monde sont perturbées avec l’avènement du teigneux coronavirus qui y sévit depuis décembre dernier. L’ensemble des Etats de la planète voient tous leurs programmes et plans de gouvernance politique chamboulés. Dans ce lot d’économies fortement secouées et donc menacées figurent naturellement celles africaines. Un continent qui, osons le dire, a longtemps souffert des conséquences d’un management subi de l’extérieur, de l’époque de l’esclavage à celle de la colonisation, sans oublier celle des lendemains de la Seconde guerre mondiale, de la guerre froide et de la crise économique des années 30, entre autres.
L’Afrique a pourtant toujours participé, quoique de manière passive, aux multiples processus de réorganisation et de réorientation du monde. Mais les retombées, les profits, la majorité de la plus-value sont toujours retournés à l’Occident. Jamais le continent ne s’est lassé de réclamer sa part dans les formes antérieures de nouvel ordre qui ont jalonné le monde suite aux différentes crises. Une oreille attentive n’a presque jamais été prêtée aux nombreux plaidoyers portés par nombre de ces leaders, soutenus par la majorité de nos Peuples. Ce fut le cas des Wade, Kadhafi, Nkrumah, et de tant d’autres, aujourd’hui confortés par les Macky Sall, Paul Kagamé, Ramapanza… En effet, l’Afrique ne réclame aucune réparation ni rançon, mais juste la place qui est enfin la sienne dans le concert éternel des Nations.
L’irruption du téméraire Covid-19 devra donc sensibiliser les grands de ce monde à redéfinir le principe d’une nouvelle solidarité. C’est cela que le Président sénégalais appelle le nouvel ordre mondial. Rien d’autre ! Oui, ce nouvel ordre mondial est déjà enclenché. Ne nous y trompons pas ! Il passe effectivement par l’annulation pure et simple de la dette de l’Afrique, continent le plus marginalisé depuis l’après-guerre mondiale 39-45 au moins. Les indépendances sont intervenues 10, 15 ans après cette guerre pour plusieurs pays d’Afrique. Presque laissés à eux-mêmes, ils sont à la merci de toutes les formes de vulnérabilité aux plans économique et politique. Depuis une éternité, l’Afrique stagne  autour de 1% du marché mondial. Ses exportations très tributaires de sa dette sont incapables de la sécuriser, aux sens économique et géopolitique du terme.
Le coronavirus vient donc tout démolir dans un continent où tout est urgence. Il va s’en dire donc que l’ordre des priorités d’avant pandémie y sera  totalement interverti. Dans un pays comme le Sénégal, l’essentiel des projets et programmes du Pse sont soit décalés, soit suspendus, le temps d’en reverser les ressources, en plus de celles mobilisées pour «Force-Covid-19», à faire face au fléau. C’est peut-être l’un des motifs pour lesquels le Fmi s’est dit favorable à l’allègement de la dette au profit de 19 pays africains, exception faite de certains comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie. Rien ne justifie d’ailleurs une telle exclusion au regard des besoins en ressources financières face au péril et quel que soit le niveau d’endettement. Le Covid-19 a surpris le monde et nous devons avoir à l’esprit cet état de fait. Un peu comme le Fmi et en ce même mois d’avril 2020, le G20 repousse l’échéance des dettes de 76 pays dont 40 en Afrique, pour une durée d’un an. Et le motif du G20 corrobore notre propos selon lequel il est absolument obligatoire pour les grandes puissances et institutions financières, de laisser l’Afrique respirer tout en continuant de mobiliser davantage de fonds anti Covid-19. Ce moratoire accordé à ces Etats d’Afrique et du monde oscille autour de 15 milliards de dollars. A rembourser, s’il vous plaît, avec juste un décalage de 12 mois.
Parmi les dirigeants du G20 et des grandes puissances, seul Emanuel Macron reste favorable à l’annulation de la dette africaine. Nous sommes fondés à partir de ce constat, comme le suggère le Président Sall du Sénégal, à réclamer plus. La dette de l’Afrique est à annuler. C’est une condition hautement utile dans l’ébauche du nouvel ordre mondial qui s’avère imparable. L’Afrique veut non pas y être simple spectatrice exploitée comme à la conférence de Berlin, mais active actrice. Que les Peuples se solidarisent et en symbiose avec leurs dirigeants ! Que l’Afrique consolide son plaidoyer en continuant de réclamer ce qui lui est dû dans l’actuel contexte ! Même si Mme Stéphanie Blankenberge, experte de l’Onu et directrice du département de la Dette à la Cnuced, parle «d’une grande probabilité de report des échéances de cette année».
Mieux, elle soutient que l’annulation de tout ou partie de cette dette est un processus complexe qui prendrait beaucoup de temps au vu du nombre de situations, de pays et de créditeurs. Toutes choses qui fondent notre pessimisme, mais nous autorisent à rester optimistes, constatant la réalité Covid-19 et conscients du leadership solide du Président Macky Sall très écouté en ces moments. En compagnie de ses pairs, il a le soutien de tout le continent pour pousser encore plus fort et obtenir gain de cause. C’est une obligation !
Mamadou Biguine GUEYE

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