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«Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Béni soit celui dans la main de qui est la royauté, et Il est Omnipotent/Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre, et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur. /Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux. Ramène [sur elle] le regard. Y vois-tu une brèche quelconque?/ Puis, retourne ton regard à deux fois : le regard te reviendra humilié et frustré.» Coran Sourate 67 Verset 1 à 4.
Il est des vies qui valent plusieurs vies tellement elles sont remplies de richesses, de souffrances incroyables et de questionnements insolubles. Celle de Oumar Ibn Saïd, cet érudit, éminent lettré en langue arabe, grand homme de Dieu, est l’une des histoires les plus étranges. Né en 1770 d’une famille très riche dans l’actuel Fouta Toro au Sénégal, Oumar fils de Saïd ou Saidou et de Oumm Hani a passé plus de vingt-cinq années de sa vie à étudier les sciences islamiques. Il fallait être d’une grande ouverture d’esprit et culturellement averti pour donner ces noms à sa progéniture. Tous les Saïd sont des Muhammad et Oumm Hani est la tante maternelle du saint prophète (Psl), celle dont la chambre a été le point de départ du voyage nocturne. Il est donc facile de deviner l’environnement intellectuel et spirituel dans lequel Oumar Ibn Saïd et ses parents baignaient en ce milieu du 18ème siècle. Mais notre homme partira, il va brutalement quitter le continent selon un décret céleste au contenu qui restera secret, si ce n’est pour les métaphysiciens qui connaissent le langage des preuves implicites. En 1807, il va être capturé par les armées bambaras au cours d’un conflit militaire qui les opposait aux Peuls, puis vendu aux trafiquants d’esclaves et emmené aux Etats-Unis. Il ne reviendra plus jamais. Il n’a pas eu la «chance» de l’esclave d’origine guinéenne, Ayuba Souleymane Diallo, qui est rentré après une pérégrination extraordinaire.
Mais ce qui sort de l’ordinaire et qui est formidable, c’est-à-dire effrayant, c’est qu’à l’époque, personne n’était à l’abri de la capture et de la déportation. Du souverain le plus puissant au roturier le plus costaud, en passant par des lettrés, des arabisants, des hommes d’esprit cultivés, tous sont partis selon les vicissitudes du destin et l’horloge cosmique qui rythme la chance et la malchance. Mais la fortune de Oumar Ibn Saïd est douloureusement exceptionnelle. Pourquoi sommes-nous partis ? Qu’est-ce qui explique, par l’intérieur des choses, que certaines «grandes âmes» aient quitté  l’Afrique au-delà de toute explication historique liée à l’économie mercantile, à la prédation «utile et naturelle» et incroyablement perverse ? De quoi rêvaient les captifs bien avant d’être kidnappés ? Quelle est l’histoire onirique, personnelle et intime de ces frères aux visages noirs, contraints de quitter le vieux continent ? Oumar Ben Saïd et ses milliers de frères noirs ne sont pas des esclaves comme on le dit façon impropre et légère, ce sont des captifs. On ne nait pas esclave, on le devient par la contrainte et la force brutale de l’homme notre prochain, qui par le même acte devient un être lointain. Alors tous les crimes sont permis.
C’est à croire que Oumar Ben Saïd Al Fouti devait partir selon un décret et un vœu incompréhensible formulé par les anciens. C’est à partir de cette «hypothèse originelle» que l’on doit envisager la continuité spirituelle et génétique du peuple noir depuis le commencement des choses. Selon le métaphysicien sénégalais, Habib Mbaye, fils de Hadj Mbaye Déguène, disciple de Hadji Mansour Sy le grand, les ancêtres ont «programmé» le départ, ils l’ont voulu selon un vœu incroyable dont l’encodage reste à dévoiler. Le peuple noir est toujours en marche, un jour viendra, nous saurons ! Et si l’âme de Oumar Ibn Saïd pouvait nous parler à partir de l’Isthme des morts, le Barzakh de la station intermédiaire, nous saurions tout. Mais notre homme arrivé malgré lui aux Amériques, a pris le soin de nous parler, il a beaucoup écrit après mille et une souffrances. Il va falloir interroger tous les domaines subtils de la connaissance pour percer certains mystères. La science Irfanique (métaphysique) qui questionne l’intemporalité est rarement convoquée en la matière, or toutes les questions qui touchent l’homme ont une dimension ontologique. L’étoile de Oumar Ibn Said a quitté son siège provisoire pour aller se loger dans un autre firmament. Cet homme et tant d’autres, était destiné à transmettre la lumière mohammadienne. Il n’est jamais revenu, il n’a pas pris femme, il n’a aucune descendance, le contraire aurait étonné. Il n’est pas le seul parmi les maitres pionniers à connaitre un tel destin. Il est des lumières qui n’admettent pas la transmission lignagère. Aujourd’hui, il est vénéré aux Usa et son œuvre est citée.
C’est ainsi que notre homme, comprenant toutes ces choses, a tenté de tout ramener à l’origine divine de l’homme et sa liberté inaliénable que seul le grand détenteur du pouvoir suprême lui a conféré. Alors Oumar Ibn Saïd fit une exégèse remarquable de la Sourate 67 Al Moulk, en rapport avec sa situation d’esclave et l’ignorance et l’inculture et l’incivilité de tous ceux qui pensent qu’un homme peut être supérieur à un autre au point de le posséder comme une marchandise et de le vendre. (Une histoire à suivre)

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