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Le Quotidien a rencontré le réputé désigner Ousmane Mbaye dans son tout nouveau showroom, sis à la corniche, en face de Soumbédioune. L’as du design qui s’inspire du cuivre et du métal a accepté de revisiter avec nous son concept, nous parler de ses ambitions, de l’idée qu’il se fait du design africain.

SHOWROOMComment vous est venue l’idée de ce showroom ?
On dit que les designers ne sont pas très connus en Afrique. En réalité, le problème c’est nous. On ne se positionne pas assez pour faire connaître nos produits et permettre aux gens d’y accéder facilement. J’ai eu depuis très longtemps beaucoup de demandes en matière de design. Il était donc important pour moi d’avoir un lieu comme celui-ci pour que les gens aient accès aux matériaux, au travail et qu’ils puissent acheter librement. J’avais besoin de créer un lieu dédié au design, basé à Dakar, à la Médina.

Pourquoi la Médina ?  
Je suis né et grandi à la Médina. Je suis un jeune de Médina. Mon père a ouvert son premier atelier à la Médina en 1975. Cet atelier est devenu mien maintenant. Médina est un quartier plein de vie et qui m’intéresse beaucoup. A Médina, il y a cette ferveur, ce quelque chose que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Il y a ce dynamisme. Cette envie de vivre qui déborde à la Médina est incroyable. Dans ce quartier, le design est partie intégrante de notre communauté, de notre façon de voir et de vivre. Et j’en suis sûr ce quartier va prendre de la valeur, il va briller. Je rêve en tout cas que ce soit le quartier où l’on trouvera tous les galeristes de Dakar, de vrais, pour de vraies expos de design. Adama Paris est déjà à coté et moi j’ai ouvert. Bientôt, j’espère que d’autres vont ouvrir leurs showrooms ici.

Pouvez-vous nous faire une petite présentation de votre travail et du showroom ?
Mon travail est entièrement basé sur le métal et le cuivre. On trouvera du mobilier, des meubles de rangement, des meubles en cuivre, des bougeoirs, des luminaires, des tables et tout ce qui va sur l’accessoire de la maison, de l’habitat et de l’événementiel. Dans le showroom, il y a trois espaces qui représentent tout ce que j’ai fait de mes débuts, il y a 12 ans, à maintenant. Au fond, à gauche, la où sont suspendus les tabourets, on retrouve ma première collection que j’ai faite en tant que designer. Dans l’espace du milieu, la première collection que j’ai faite avec des fûts (baril) de pétrole que j’ai travaillés sur une base de récup’. D’année en année, on en vient à la dernière collection, celle Graphik, pleine de couleurs, que j’ai travaillée avec la lumière et que l’on voit de ce côté-ci à droite.

Comptez-vous exposer uniquement votre travail dans ce showroom ?
Le principe de ce showroom, c’est d’abord de présenter mon travail. Mais je compte aussi intégrer celui de pas mal de designers que je connais un peu partout dans le monde, qu’ils puissent avoir chacun une pièce dans cet espace. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Mon but, c’est que ce petit showroom soit un pôle qui va commencer à porter le design et que l’on puisse dans les années à venir avoir un lieu de rencontre, d’expos et pourquoi pas voir d’autres succursales s’ouvrir pour montrer notre savoir-faire et celui africain. Que ce showroom soit un espace d’échanges, dédié à l’art et au design et j’envisage même d’y faire des expositions de photographie.

Etes-vous accessible, niveau prix ?
Je ne peux pas trop me prononcer, vu que j’ai une large clientèle un peu partout dans le monde. C’est différent d’un pays à un autre, mais je dirais que le design reste accessible. Dans le mien, je suis arrivé à cette gamme d’exigence et je commence à toucher une belle clientèle africaine. Je propose des produits haut de gamme avec une finition sans complexe. Même si les gens avaient du mal à acheter et à consommer ce qui se fait sur place, maintenant ce complexe est en train de partir. Les Sénégalais aiment tout ce qui est beau et esthétique.

Vous l’avez dit, vous êtes bien connu en Afrique et sur le plan international. Vos œuvres sont appréciées partout. Nous sommes curieux de savoir comment est née en vous l’idée de faire du design et qui vous inspire…
Le design, c’est un don que j’ai eu en moi, une curiosité, un amour d’enfance que j’ai nourris et développés dans le temps. Et l’homme qui m’inspire le plus c’est mon père. Il est frigoriste de métier et j’ai fait ce même métier pendant 17 ans avant de devenir l’ouvrier du métal et du cuivre. C’est quelqu’un qui m’inspire beaucoup par sa grandeur d’esprit, son ouverture, sa capacité à s’adapter à son environnement, la vision universelle qu’il a de la vie. Dakar aussi m’inspire, l’amour, la tristesse, les envies… Tout nous inspire en fait, tout notre environnement. Un designer se nourrit de tout ce qui tourne autour de lui. On se nourrit de nos voyages, de nos amis, des échanges et de nos rencontres… Toute notre vie est design.

design_7276Au Sénégal, le design n’est pas très connu, ni très développé. Qu’envisa­gez-vous de faire en tant qu’acteur de ce milieu pour changer la donne ?
Oui le design sénégalais ne se porte pas mal. Je suis un militant, je me bats corps et âme. Je fais tout pour que l’on connaisse mon travail dans le monde. Le problème du  design sénégalais et qui touche la majeure partie des pays africains, c’est que nous ne sommes pas assez nombreux pour représenter le continent. Au Sénégal, nous ne sommes que cinq à six designers, il n’y a pas plus : Aïssa Dione, Babacar Niang (décédé) dont le jeune frère a repris les affaires, Binta Seck. Et peut-être les stylistes Adama Paris, Sophie Zinga, Selly Raby Kane… Quand tu vas dans des pays comme la Côte d’Ivoire, tu ne vois que trois à quatre designers, pas plus. Issa Diabaté, Jean Servais Somian. Au Mali, Cheikh Diallo… Quand tu regardes l’Afrique dans sa globalité, nous ne sommes que 20 à 40 designers. Ce n’est rien. Il faut qu’une industrie du design se mette en place de même que des écoles et que demain l’on puisse parler d’une centaine ou cinquantaine de designers. Cela va gérer le problème de l’emploi, de l’émergence et permettre aux gens de consommer des produits qui sont fabriqués ici et qui répondent aux besoins. J’emploi dans mon atelier 10 jeunes à temps plein. Ils travaillent avec moi depuis des années et je les ai formés à mes différentes techniques de travail. Et quand il y a beaucoup de commandes, j’en recrute aussi d’autres. On peut aller jusqu’à 15 personnes, mais ça ne suffit pas. Il faut mettre des acteurs, sensibiliser la jeunesse, qu’on puisse former les gens pour faire des incubateurs et d’ici 5 ou 10 ans que tout puisse se mettre en place.

Vous en êtes à votre premier showroom à Dakar. Quelle sera la prochaine étape ?
C’est mon premier showroom et je rêve d’en ouvrir d’autres plus grands. Prions que Dieu nous en donne les moyens ! Mais j’ai aussi d’autres projets. En 2017, je trouve déplorable qu’un pays comme le Sénégal n’ait pas d’école de design. Je me bats depuis deux ans pour qu’on la mette en place. J’ai eu la chance d’être formé sur le tas, mais beaucoup n’ont pas cette chance. Mon ambition est d’ouvrir une école de design. C’est même plus qu’une ambition, cette école est devenue vitale. Il faut une école pour former ces jeunes au métier de design, il leur faut un outil de travail. Ce n’est qu’en proposant un outil de travail performant qu’on arrivera véritablement à quelque chose. On ne peut pas parler de développement, de croissance, alors 95% de ce que l’on consomme vient de l’étranger. Il faut qu’on ait une école de design, qu’on puisse former les gens et demain répondre à nos besoins et exporter notre savoir-faire.

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