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Lors des funérailles nationales que le président de la République Macky Sall avait bien voulu réserver à notre regretté le président Otd, une foule immense, de jamais de mémoire de Sénégalais, avait accompagné la dépouille mortelle à sa dernière demeure à Nguéniène. Avec cette disparition, la vie sénégalaise s’était un instant arrêtée, tant l’émoi était à son paroxysme avec cette grande perte qui avait frappé de plein fouet le Peuple dans son ensemble.
Plongé dans un deuil profond et ankylosé par la douleur, le Parti socialiste, en acceptant la décision divine, s’était tout de même attelé à relever le défi d’assurer la relève pour la préservation du patrimoine historique et la conservation du legs politique. Le temps était arrivé, ce week-end, pour le Parti socialiste dans toutes ses franges structurelles de lui rendre un hommage populaire à la dimension de l’homme exceptionnel, en raison des rapports fondés sur l’humanisme qui le liait aux militantes et militants, mais aussi en raison des relations multiformes qu’il entretenait avec le monde culturel, économique, religieux et sportif, la société civile à travers ses organisations et de l’œuvre accomplie pour son pays, pour l’Afrique et le monde.
En plus de cet hommage, le Parti socialiste s’attellera à organiser une journée du souvenir dédiée à la mémoire de Otd, à chaque anniversaire de sa disparation, pour la perpétuation de l’œuvre et de la pensée de l’homme exceptionnel, comme il l’a institué à l’endroit du fondateur de notre parti, le Président LSS après sa disparition.
Parler de Otd peut paraître difficile a priori, tellement l’homme affable était multidimensionnel. En effet, Otd était à la fois un intellectuel et homme de culture enraciné dans ses valeurs de civilisation, un homme d’Etat hors pair et enfant de la République, un diplomate de haute sphère mondiale et un homme politique imbu de valeurs cardinales de jom, de mugn et de kersa. Il était un homme d’une grande vertu, d’un humanisme sans nul autre pareil et d’une générosité époustouflante. Plus fondamentalement, il était un homme du Peuple par sa ligne de masse, en ce qu’il était proche des paysans, pasteurs et pêcheurs, en témoigne son attachement viscéral au royaume d’enfance Nguéniène qu’il a réussi à sortir de l’anonymat, comme Joal dans la poésie de Senghor. Mais Otd était aussi un adepte du sport par ses vertus, reconnu par le monde sportif dans sa totalité qui venait aussi de lui rendre un sublime hommage. Ousmane Tanor Dieng avait assisté, peu avant sa disparation, aux championnats d’athlétisme de Moscou et à la dernière Coupe du monde de football dans la même ville et, voilà que les Jeux olympiques de la jeunesse vont être organisés dans son propre pays le Sénégal, pour la première fois en Afrique. Certainement, il en est «prémonitoirement» pour quelque chose. Les vertus de l’olympisme fondées sur le respect des principes fondamentaux universels pour contribuer à un monde meilleur, telles que le postulait Pierre de Coubertin, étaient réelles chez Otd.
Vous conviendrez que la disparition inattendue d’un tel personnage qui avait des liens entretenus presqu’avec tout le monde constitue un choc incommensurable qui continue d’affecter surtout sa famille politique. Nous continuons à le pleurer et à nous souvenir de lui au vu de ce que cette illustre personne représente dans nos cœurs meurtris. Toutefois, la mort n’est pas le dernier mot de la vie pour l’Africain et, à travers la force de l’âme, nous continuons à lui parler et de célébrer sa mémoire.
Nous allons choisir, autour de cet amas de fonctions de l’homme exceptionnel, de parler de l’homme politique au sens senghorien du terme, la politikè, c’est-à-dire l’humanisme qui caractérise l’homme politique véritable et qui fonde son engagement, et la foi qui l’animent pour le relèvement des conditions de vie et d’existence de nos concitoyens. Telle était, aussi bien pour Senghor que pour Tanor Dieng son héritier spirituel, la raison de leur engagement et de leur foi au service des préoccupations des populations confrontées à vaincre la misère, la maladie et l’ignorance. C’est la raison pour laquelle Senghor s’était intéressé à la chose politique. C’est aussi également la raison pour laquelle Tanor Dieng s’était intéressé à la politique, c’est-à-dire la conquête du pouvoir afin d’avoir une influence sur le cours des événements, pour la matérialisation d’une société de progrès.
En parlant de projet de société, vous devinez le choix impérissable par Senghor, puis par Tanor Dieng, d’un modèle sénégalais de développement qui soit en même temps socialiste et démocratique ; le projet socialiste, c’est-à-dire la volonté de promouvoir le progrès économique par la réduction des inégalités et la justice sociale, aux seules fins de l’épanouissement de l’homme intégral, de tout l’homme et de tous les hommes. Senghor définissait le socialisme comme moins une doctrine qu’une méthode d’action. En fait, il s’agissait plus de praxis que de théorie et Tanor Dieng était orfèvre en la matière. Voilà l’engagement politique de Senghor et de Tanor Dieng, son héritier politique, que le premier président de la République du Sénégal avait choisi en 1978 (il avait 31 ans) comme conseiller diplomatique et déjà, tous les rapports politiques du Parti socialiste étaient rédigés par Tanor Dieng. C’est pour vous dire que très tôt, Otd, en débutant sa carrière professionnelle auprès de Senghor, était déjà trempé dans la chose politique pour que celle-ci devienne quelque chose de fusionnelle chez lui, au sens sacerdotal du terme, jusqu’au congrès de 1996, soit 18 années de pratique politique auprès de Senghor et de Abdou Diouf pour devenir le premier secrétaire du parti et par la même occasion, le premier responsable politique du parti au pouvoir. Il a été à la base, pendant cette période auprès du Président Abdou Diouf, dont il fut ministre directeur de Cabinet, du dénouement de beaucoup de crises organiques dans le pays et dans le parti (crise casamançaise, crise avec la Mauritanie, crise avec la Guinée, crise politique de 1988, intervention en Gambie etc.). Bien entendu, lorsque Ousmane Tanor Dieng prenait les rennes du parti, les contradictions au sein du Ps étaient devenues antagoniques au point de créer le détachement de certaines franges qui étaient allées grossir l’opposition d’alors et qui nous ont valu, entre autres, la première alternance démocratique dans notre pays en 2000.
Ousmane Tanor Dieng, imbu des valeurs cardinales de la République, considéra que l’alternance démocratique en 2000 fut une bonne chose pour le Sénégal, en ce que l’usure du pouvoir constitue un facteur négatif pour la respiration démocratique et que sa maestria politique se mesure à la grande résistance républicaine qu’il organisa et orchestra contre les multiples tentatives du régime libéral de destruction et de déstructuration du Parti socialiste. Ces moments de résistance et de résilience étaient fatidiques, d’intenses luttes et de sacrifices, armé d’une foi inébranlable de sauvegarde du socialisme démocratique et des bases de l’Etat et de la République du Sénégal dont les fondements étaient menacés par le pouvoir libéral. Nous avions connu de nombreux départs de camarades vers le pouvoir libéral d’alors, mais cela n’a pas empêché, grâce au management politique de Ousmane Tanor Dieng, de remettre le Ps sur ses jambes en réussissant la création de structures affiliées au parti, qui ont permis l’intégration de nombreux jeunes, de cadres et d’universitaires, la dynamisation de l’école du parti pour la formation des militants, l’institution de la journée du souvenir dédiée à LSS, les tournées politiques sur l’ensemble du territoire national, et d’amorcer une véritable opposition contre le régime libéral par un processus de formation d’un vaste rassemblement autour d’une plateforme programmatique et citoyenne : les Assises nationales qui étaient le socle politique sur lequel la deuxième alternance a été rendue possible en 2012.
Ousmane Tanor Dieng a été au centre du cours de l’histoire politique de notre pays, pratiquement, à partir de 1996 jusqu’en 2019, date de la réélection du Président Macky Sall sous la bannière de la coalition Bby, soit pendant 23 ans années de pratique politique intense, dont 12 années d’opposition.
Homme d’une capacité extraordinaire de travail, nous n’avons jamais décelé chez lui, durant de nombreuses années, lors des multiples séances de travail, de réflexion, de débat, de projection, de contact avec les populations de base, la moindre parcelle de fatigue physique ou intellectuelle, la moindre protestation ou contestation, si ce n’est l’amabilité, la courtoisie, la pédagogie, l’écoute, la patience, le culte du devoir accompli.
Jusqu’au dernier moment de sa vie, parmi les grands rendez-vous politiques de l’histoire de notre pays, de l’Afrique et du monde, dont le dernier fut l’élection présidentielle du 24 février 2019, il aura rempli totalement ses devoirs et missions, dans la plus grande dignité et humilité, sans la moindre faiblesse, comme s’il attendait la victoire pour aller se reposer en paix. En effet, Ousmane Tanor Dieng s’est sacrifié pour la stabilité et la cohésion sociale, le développement économique et la justice sociale dans notre pays, ainsi que pour la paix en Afrique et dans le monde.
Au niveau de l’Interna­tionale socialiste (qui regroupe plus de 140 pays) dont il fut le vice-président chargé de l’Ethique, organisme politique mondial que le Parti socialiste a intégré depuis 1976, et de l’Inter­nationale africaine socialiste (Ias) dont il fut le président, Ousmane Tanor Dieng aura permis non seulement à parrainer plusieurs partis africains socialistes afin d’intégrer l’Internationale, mais avait contribué à l’accession au pouvoir de certains camarades dirigeants de parti socialiste. Il a entretenu au sein de l’Internationale les plus hautes relations politiques avec de grands dirigeants de ce monde.
Tanor Dieng aura entretenu pendant plus d’un quart de siècle le flambeau socialiste au milieu de tumultes libérales. Il a été non pas seulement le gardien et le défenseur du temple, mais tout aussi le développeur. Tanor est parmi nous et nous regarde, pour que nous entretenions à notre tour la flamme socialiste, pour qu’elle soit plus vivace, et ainsi nous perpétuons son œuvre dans la mémoire collective et la conscience historique.
Kadialy GASSAMA
Economiste
Membre du Sen
et du Bp du Ps

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