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C’est connu ! La Casamance demeure un lieu privilégié où des traditions fortes, telles que l’initiation, sont encore et toujours pratiquées et vécues dans leur plus haute expression. Ce sera à nouveau le cas prochainement dans le Kassa, notamment au niveau du village d’Oukout. Oukout, chef lieu de la commune éponyme qui a intronisé ce week-end son nouveau chef coutumier, un prêtre traditionnel à qui incombent la gestion et l’organisation de la prochaine cérémonie d’initiation du Bukut.

Le Circoncision ou Bukut ! Une pratique culturelle en milieu diola où on inculque à l’homme, à travers des rites, un art de vivre mais où on lui enseigne également des valeurs tels le courage, l’endurance, l’humilité, l’égalité, la fraternité, etc. C’est dire que cette cérémonie, qui a lieu en général une fois tous les 20, 30 voire 40 ans dans un village, est importante aux yeux de la communauté diola. 34 ans que la localité d’Oukout, département d’Oussouye, n’a pas organisé une telle cérémonie de circoncision, après le dernier événement en date qui remonte à l’année 1986.
Aujourd’hui, c’est donc toute une génération qui ignore encore les croyances et rites du Bukut ainsi que les mystères du bois sacré au niveau de la localité d’Oukout. Toutefois pour tous ces jeunes, pour ces futurs initiés, le processus d’enrôlement a été enclenché ce week-end à Oukout qui a été le cadre d’un événement majeur et historique organisé par les fils du terroir. Il s’agit de l’intronisation du nouveau chef coutumier, en la personne de Habobo Assine, qui aura la charge exclusive de gérer le bois sacré. Une intronisation qui constitue également, du coup, une étape fondamentale vers l’organisation du prochain Bukut dont la charge et la gestion incombent également à ce nouveau prêtre traditionnel. Normal donc que cette cérémonie ait mobilisé, outre les gardiens de la tradition, les jeunes, femmes et notables venus des villages riverains, des Etats voisins de la Guinée-Bissau et de la Gambie ainsi que des autres contrées du pays. Un événement historique empreint de folklore, de chants galvanisants et de danses qui sont loin d’être ici de simples divertissements mais plutôt des rituels qui apparaissent comme le reflet d’une civilisation, d’une croyance. L’édile de Mlomp, Michel Diatta, présent à cette cérémonie d’intronisation, est d’avis que cet événement aura également permis d’évaluer le nombre des futurs initiés, leurs âges, leur degré endurance, etc. Et pour le maire de Santhiaba Manjacque, il était aussi tout à fait normal que les autorités locales du département d’Oussouye soient présentes pour accompagner la population dans cette cérémonie traditionnelle. Ousmane Djicoumene Diatta souligne que l’intronisation du chef coutumier, Habobo Assine, le 11 juillet dernier à Oukout, est le signe annonciateur de la cérémonie du Bukut dans cette localité. «Car c’est ce prêtre installé ce week-end qui doit donner le signal et préparer la prochaine circoncision», a-t-il soutenu face à la presse.

Habobo Assine, le prêtre forestier qui tient les rênes de tout un terroir
La cérémonie était prévue pour le mois de mars dernier mais ensuite reportée pour cause de respect des mesures liées à la pandémie du Covid 19. Finalement c’est ce samedi 11 juillet 2020 que fut intronisé le nouveau chef coutumier d’Oukout en charge de la gestion et de l’organisation du Bukut. Habobo Assine, qui a eu ce privilège, maintient le flambeau familial en succédant à son père. Une succession qui, de l’avis de Max Félicien Diédhiou, répond à des considérations internes à l’ordre coutumier. «Ce n’est pas souvent le cas dans la tradition locale qu’un fils succède à son père en de pareilles circonstances car le royaume travaille à éviter tout cela et privilégie l’équilibre social. Mais le choix porté sur mon oncle Habobo Assine se justifie pour des raisons internes à l’ordre coutumier», argue-t-il. Du coup, l’adjudant des Eaux et forêts, Habobo Assine, intronisé comme le nouveau prêtre traditionnel en charge du Bukut, sera la voix des populations locales. Un chef qui aura un rôle d’administrateur au sein de la communauté, de son royaume. «C’est pour nous une date historique, un événement qui a un cachet spécial et une posture salutaire dans le cadre également de la gestion de l’environnement car le nouveau chef coutumier est un agent forestier», se réjouit Max Félicien Diédhiou.

La culture au service de la paix
L’intronisation d’un nouveau chef coutumier le week-end dernier à Oukout est le signe annonciateur de l’avènement de la circoncision dans ce village après 34 ans d’attente. Une organisation prochaine de la cérémonie d’initiation qui atteste du retour des populations de cette contrée du Kassa au niveau de leurs localités d’origine et qui montre en outre que la paix est bel et bien au rendez-vous dans cette contrée et ses environs. «Avec cet événement, nous montrons aujourd’hui à la face du monde que la paix est acquise dans le Kassa. Et il est possible désormais de réhabiliter l’ensemble des événements socio culturels jadis en vogue dans nos terroirs du Kassa», soutient l’édile de Santhiaba Manjacque, une commune fortement impactée par le conflit armé contre le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). Ainsi à l’instar de toutes les autorités locales du département d’Oussouye, ces maires se réjouissent de la reprise des activités culturelles au sein de leur contrée qui présente encore les stigmates du conflit armé en Casamance avec ses localités minées et ses populations déplacées. Et pour l’édile de Santhiaba Manjacque, «la culture joue un rôle important dans la construction du retour de la paix dans le Kassa». Une dynamique qui, selon les autorités locales, est à l’actif des chefs coutumiers qui ont une emprise sur les populations et jouent un rôle important dans le cadre de la stabilité de leurs terroirs. C’est dire qu’au-delà de l’aspect purement culturel de cet événement, c’est également un grand pas vers la consolidation de la paix qui vient d’être franchi, selon elles, à travers l’intronisation de ce chef coutumier. Ousmane Djicoumene Diatta, qui reconnait que partout dans ce département, il y a eu des populations déplacées avec des localités, certes beaucoup plus touchées que d’autres. Et c’est d’ailleurs le cas au niveau de cette commune d’Oukout où le retour des déplacés s’effectue toutefois, a-t-il dit, de manière progressive. Des déplacés qui reviennent, s’installent et participent à nouveau, poursuit-il, au développement de leurs localités. «C’est dire que nous sommes résolument engagés vers une paix irréversible et nous sommons l’Etat à œuvrer au développement de l’agriculture dans cette zone à vocation agricole, rizicole», plaide-t-il. Et suffisant pour Ousmane Djicoumene Diatta, au nom des autorités locales, d’inviter la jeunesse du département à être le fer de lance de l’installation de cette paix définitive en Casamance.

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