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Les Sénégalais d’Amérique ont joué un rôle important dans la sécurisation et la pacification d’Harlem à New York. Selon le Professeur titulaire de la chaire «Alwaleed islam et sociétés musulmanes contemporaines» à Harvard Divinity School, Ousmane, c’est l’installation des ressortissants sénégalais et ceux d’autres pays d’Afrique de l’Ouest qui a participé à pacifier cet espace qui, aujourd’hui, est devenu une zone de résidence privilégiée pour la classe moyenne supérieure américaine.

Le quartier d’Harlem à New York est en plein processus d’embourgeoisement. A la place des rues mal famées ou le trafic de drogue et les règlements de comptes entre gangs faisaient rage, le quartier est devenu aujourd’hui une zone de résidence privilégiée pour une certaine bourgeoisie. Pourtant, il y a quelques années, cet endroit était un des plus criminogènes d’Amérique. Et selon le Pr Ousmane Kane, Professeur titulaire de la chaire «Alwaleed islam et sociétés musulmanes contemporaines» à Harvard Divinity School et Professeur d’études africaines et afro-américaines à la Faculté des lettres et des sciences de la même université, la communauté sénégalaise a joué un rôle important dans la sécurisation et la pacification de cet espace. Le Pr Kane qui a présenté ce vendredi son ouvrage, Les Sénégalais d’Amérique : Islam, transnationalisme intégration, au Centre ouest africain d’étude et de recherche (Warc), souligne que ce sont les Sénégalais qui ont impulsé ce mouvement en y implantant des boutiques, des mosquées et des restaurants au sein d’une «enclave» située dans l’Upper West Side qui sera par la suite appelée «Little Senegal». «Avant que les Sénégalais et autres ouest-Africains francophones ne créent l’enclave Little Sénégal, cette partie de Manhattan était très dangereuse. Beaucoup de Blancs n’osaient pas s’y aventurer par crainte pour leur sécurité», écrit le Pr Kane. Cette occupation se fait progressivement, explique l’enseignant à Harvard qui souligne que les Sénégalais se sont installés appartement par appartement avant d’occuper des blocs entiers. Dans ces enclaves, dit-il, ils vont reproduire le même mode de vie qu’au Sénégal et on y retrouve ainsi tous les produits typiques du pays et on y entend même les muezzins appeler à la prière. «Un aspect de l’insertion des Sénégalais dans ce milieu a été l’occupation de l’espace», explique le Pr Kane. Par la suite, les associations sont venues poursuivre cette œuvre en mettant sur pied des dahiras regroupés autour des grandes familles religieuses, mais aussi des associations villageoises ou des organisations non affiliées ou liées au genre comme les tontines. C’est par la suite que ces organisations vont se structurer en Organisations à but non lucratif pour bénéficier au bout de quelques années de dons exemptés d’impôts. Le Pr Kane cite le cas de Matlaboul Fawzeny ou de l’Association des Séné­galais d’Amérique. Au départ, cette vie associative intense se déroule dans les appartements des uns et des autres avant que la transformation des mosquées en Centres culturels ne permette l’organisation de Gamous et autres rencontres dont la plus emblématique sera le «Cheikh Bamba day». Dans ce processus d’occupation de l’espace, le Pr Kane évoque également le cas de l’enclave de Brooklyn dénommé «Fouta town».

Une deuxième génération plus instruite
Aujourd’hui, avec l’arrivée de la deuxième génération, les choses ont tendance à changer et à évoluer. «Beaucoup de membres de cette seconde génération de Sénégalais immigrés sont soit à l’université ou ont intégré le marché de l’emploi comme des cadres. A la différence de la plupart des parents, cette deuxième génération est assez instruite», indique le Pr Kane qui, dans son livre, souligne que la gentrification de «Little Senegal» a eu pour corolaire le départ de beaucoup d’habitants africains francophones. Les prix du loyer qui ont augmenté avec l’arrivée de ces nouveaux occupants ont poussé les anciens locataires à aller vers les banlieues. «Les mosquées ont fermé, ensuite les boutiques», dit-il.
Dans son ouvrage qui vient d’être traduit en français, le Pr Kane évoque également des aspects sociétaux de la vie des Sénégalais d’Amérique. C’est ainsi qu’il note «beaucoup de tensions dans les foyers et un taux de divorce élevé». Selon le Pr Kane, ces tensions sont dues à des raisons financières pour la plupart. En effet, il souligne que 75% des femmes de la communauté sont des tresseuses qui, de ce fait, gagnent souvent plus que leurs maris, généralement chauffeurs de taxi.
mamewoury@lequotidien.sn

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