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Après les attentats du 11 septembre 2001, les musulmans du Moyen-Orient ont été les principales victimes de la vague de haine consécutive à ces attaques. Mais avec la radicalisation de Boko haram et de mouvements djihadistes du Sahel comme le Mujao, les Etats-Unis ont fini par nourrir une nouvelle forme de méfiance envers les musulmans d’Afrique jusque-là considérés comme pacifiques.

La perception de l’islam africain a changé aux Etats-Unis. Selon le Pr Ousmane Kane, hormis les évènements du 11 septembre 2001, l’avènement de mouvements djihadistes dans la région sahélienne explique cette nouvelle forme de méfiance que les américains nourrissent désormais envers les musulmans de l’Afrique. Dans son ouvrage présenté au Warc,  Les sénégalais d’Amérique : Islam, Transnationalisme Intégration, le Pr Kane écrit ceci : «Les évènements du 11 septembre ont eu un impact profond et négatif sur la perception de l’islam. Les musulmans du Moyen-Orient furent victimes de toutes sortes de tracasseries et de harcèlements. Toutefois, les subsahariens musulmans n’étaient pas assimilés à cet islam violent et étaient largement épargnés par cet islamophobie de l’immédiat après 11 septembre car l’islam africain était perçu comme pacifique. Cette perception a changé depuis que certains mouvements djihadistes d’Afrique du Nord se sont redéployés au Sahel. Le State département considère à présent l’Afrique subsaharienne comme une zone de déploiement des mouvements terroristes et les Etats-Unis ont signé des initiatives de coopération anti-terroristes avec les pays sahéliens.» Selon le Professeur titulaire de la Chaire, Alwaleed Islam et sociétés musulmanes contemporaines à Harvard Divinity School et Professeur d’Etudes africaines et afro-américaines à la Faculté des lettres et des sciences de la même université, «à partir de 2009, le mouvement Boko haram qui opérait au Nord-est du Nigeria depuis le début du siècle, entre dans une phase de radicalisation suite à l’exécution extra judiciaire de son fondateur Mohamed Yusuf. Les exactions de Boko haram bénéficient d’une couverture médiatique intense aux Usa et contribuent à changer la perception des musulmans d’Afrique noire». Ce qui pousse l’Amérique à se replier sur elle-même. «Plus de 5 millions d’immigrés ont été déportés», souligne-t-il. Une situation qui s’est davantage compliquée avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui décide tout simplement de bannir les ressortissants de certains pays musulmans.
Cette situation de méfiance a changé le quotidien des immigrés installés au pays de l’Oncle Sam. «A leur installation massive a New York au milieu des années 80, les Sénégalais et autres africains francophones bien qu’en majorité illégaux, pouvaient exercer une activité professionnelle et circuler en relative tranquillité dans le territoire. Ceux qui étaient déportés avaient souvent commis des délits ou crimes. Aujourd’hui, la police migratoire opère à la frontière de chaque Etat fédéré», note le Pr Kane. Une nouvelle donne qui réduit les mobilités mais également les possibilités migratoires dans ce pays.

L’islam soufi ne recrute pas aux Etats-Unis
Malgré tout, constate le Pr Ousmane Kane, l’islam confrérique du Sénégal peine à recruter dans le giron des musulmans africains-américains. Selon le Pr Kane, cela tient à des divergences profondes dans la perception du rôle de la religion. «Pour les musulmans américains, l’islam est aussi un instrument de libération», explique-t-il dans son ouvrage. Il donne l’exemple de certaines organisations musulmanes d’outre atlantique, comme les Nations of islam, fortement impliquées dans la lutte pour les droits civiques qu’ils jugent indissociable de la pratique islamique. «Le programme politique qui fait partie intégrante de l’expérience américaine est notoirement absent dans la pratique de l’islam africain et des ordres soufis en particulier en Amérique. Voilà qui explique pourquoi les ordres soufis sénégalais n’ont pas pu recruter un nombre significatif d’Africains-Américains», constate le Pr Kane. L’ouvrage qu’il a présenté est une traduction française d’un ouvrage paru en anglais il y a quelques années. Selon le Directeur du Warc, le Pr Ousmane Sene, le livre n’est pas simplement un traité sur les Sénégalais d’Amérique mais une véritable sociologie de la migration.
mamewoury@lequotidien.sn

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