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Le Pr Steeve Robert Renombo a présenté hier au Sénégal son roman sur la vie et la mort de Charles N’Tchoréré, ancien tirailleur sénégalais, né au Gabon et décédé en France. Dans «Remem­ber Char­les», l’auteur cherche à aider la jeunesse africaine à se réapproprier son histoire.

L’Afrique compte un certain nombre de héros, de personnages historiques de grande valeur et elle ne peut pas valablement se développer sans se réapproprier ses modèles. C’est partant de ce constat et pour faire reculer l’oubli que le Pr Steeve Robert Renombo de l’Université Omar Bongo Ondimba du Gabon a décidé d’écrire un livre sur le capitaine Charles N’Tchoréré, intitulé Remember Charles. Dans le livre, M. Renombo, par ailleurs vice-doyen de la Faculté des lettres, langues et art dans ladite université, a essayé de comprendre ce qui a fait de ce tirailleur sénégalais, originaire de l’Afrique centrale, un être exceptionnel dans sa carrière qui «a été excellente, dans sa bravoure sur le terrain d’opération», jusqu’à sa mort totalement «héroïque». Il essaie également de comprendre, par son éducation, comment «une âme de cette qualité a pu être forgée».
L’auteur de ce roman s’est interrogé en outre sur le rôle du capitaine auprès des soldats coloniaux qu’il a commandés, qu’il a dirigés, «puisqu’il était commandant de compagnie». Il y a eu aussi une insistance dans le livre sur la grandeur et l’exemplarité de sa mort héroïque le 7 juin 1940 dans la ville des Airaines en France. «J’ai choisi le genre romanesque parce que l’une des préoccupations qui m’habitaient était d’aider la jeunesse africaine à se réapproprier cette histoire», a expliqué M. Renombo. Il constate que si un petit Français n’a pas besoin de chercher un livre sur Napoléon, Jeanne d’Arc ou le Général De Gaulle, tel n’est pas le cas en Afrique. Sur le continent, souligne-t-il, on a du mal à offrir à la jeunesse un certain nombre de modèles historiques pour qu’elle puisse mieux s’orienter. C’est ainsi qu’il s’est dit qu’un roman «permet véritablement, en se divertissant, d’apprendre». C’est en quelque sorte, d’après lui, donner ce capitaine en exemple à la jeunesse africaine.
Comment ce personnage qui est né en 1896 au Gabon et mort le 7 juin 1940 à Airaines peut-il être désigné comme étant un enfant du Sénégal ? A cette interrogation qui renvoie au titre de l’un des chapitres du roman, Le capitaine Charles N’Tchoréré : Itinéraire d’un enfant du Sénégal, l’écrivain a expliqué : «Senghor distinguait l’identité politique, qui est donc le Sénégalais originaire du Sénégal avec tout ce que cela suppose. Et puis, des hommes et des femmes venant de partout ayant fait le choix du cœur d’appartenir au Sénégal et qu’il appelait les enfants du Sénégal.» Il croit à ce propos qu’une fois que cela est dit, «on peut traiter des modes d’appartenance de Charles à la terre du Sénégal».

Un enfant du Sénégal
Le Pr Renombo a montré par ailleurs que Charles est un personnage transnational, un héros de la France, du Gabon et du Sénégal. «Parce que lorsqu’on accède au stade de l’héroïsme, c’est qu’on a la capacité de se dépasser pour atteindre un destin universel. Je pense que le capitaine est non seulement un Gabonais, mais aussi un Africain, un Français et beaucoup plus simplement un homme de grande qualité», a-t-il assuré.
S’agissant des circonstances de sa mort, Steeve Robert Renombo a raconté que c’est lors de la prise d’assaut de la ville d’Airaines par les troupes allemandes qu’un officier n’a pas admis que Charles soit rangé aux côtés des Blancs. Il lui a demandé de rejoindre les simples soldats noirs et le capitaine N’Tchoréré lui a opposé un refus catégorique. C’est en ce moment-là que l’officier l’a abattu de deux balles dans la nuque. Et après l’avoir abattu, il a demandé à des chars de rouler sur son corps. Il a une stèle à Airaines, mais son corps n’a jamais été retrouvé.

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