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«La société sénégalaise joue avec le feu et il ne faut pas s’étonner que l’eau vienne purger notre attitude collective vis-à-vis des femmes de ce pays, qui sont vectrices certes mais surtout victimes. Victimes de nos erreurs, de nos fatalismes et de nos négligences. Paix aux âmes des femmes de Bettenty» Fary Ndaoi
De Ndeer à Bettenty
Dans son remarquable article intitulé «Femmes du Sénégal : victimes et vectrices»,  Fary Ndao a eu ce trait de génie de comparer à Talataay Ndeer la tragédie de Bettenty. En effet, hier comme aujourd’hui, les femmes paient de leur vie leur combat quotidien pour protéger leurs familles, leurs communautés, leur pays. Hier comme aujourd’hui, elles sont à l’avant-garde pour nourrir, soigner, éduquer, consoler, prendre soin… Que seraient nos familles sans elles ? Que serait le pays sans elles ? Premières levées, dernières couchées, elles triment sous nos yeux partout et à toute heure : dans les champs, dans les usines, dans les bureaux, dans les marchés, dans les mangroves, sur les plages … Ne rechignant devant aucune tâche aride ou nauséabonde, gardes-malade, nourrices, aide-soignantes attitrées, sans titre ni diplômes mais oh combien efficaces, dévouées et indispensables. Elles portent des kilos sur la tête (eau, fagots, fardeaux …), un enfant sur le dos, un autre dans le ventre. Elles sarclent, bêchent, allaitent, transforment les matières premières en denrées comestibles, en produits hygiéniques (savon, onguents pour la santé du corps), en produits d’agrément (encens). Elles garantissent la prévention des maladies par le  nettoyage pluri-quotidien des vêtements, des pièces et de la vaisselle de la maisonnée. Elles sont tous les jours sur le front donnant leur vie pour donner et protéger la vie. Tout cela pour quoi ? Pour mourir par dizaines de milliers chaque année, sous les coups de la violence conjugale, de la mortalité maternelle, des avortements clandestins car non légalisés, des grossesses précoces dues aux viols et aux mariages d’enfantsii, de l’indifférence générale à commencer par celle de nos pouvoirs publics ! «Médecin après la mort» cela doit-il être le titre de gloire des personnes qui ont demandé et obtenu de la communauté qu’elles les dirigent et leur garantissent l’effectivité de leurs droits fondamentaux ?
De la nécessité d’avoir des femmes au cœur des instances de prise de décision
Comment une société qui traite si mal sa source de vie et de bien-être pourrait aller autrement que très mal ? Que dire d’institutions censées être là pour tous et toutes, tant au niveau local que national et pourtant si dénuées de femmes aux plus hauts niveaux ? Après tant d’autres, les femmes de Bettenty paient le prix de cette indifférence d’Etat au calvaire des femmes et des filles de notre nation.
Lorsque le mouvement social féminin réclame la parité dans les bureaux des conseils municipaux et départementaux, c’est par pragmatisme. Les femmes devraient être au cœur des prises de décision quant aux budgets et aux politiques de développement locaux et nationaux, en vertu de l’expertise, acquise depuis le plus jeune âge, à avoir un œil sur le bien-être de tous.
Hier comme aujourd’hui, les femmes sont au front, en première ligne pour donner la vie, la nourrir, la soigner et la protéger dans la dignité et l’abnégation. Seulement aujourd’hui, contrairement à hier, loin d’être admirées, elles sont considérées par  les responsables politiques comme des citoyennes de seconde zone.
De Bourguiba à Mandela en passant par Sankara
Les grands hommes d’Etat, les grands hommes politiques – pas les assassins de masse, destructeurs de civilisations que l’on nomme des conquérants  – mais les  Bourguiba, Sankara et autre Mandela que notre continent s’enorgueillit d’avoir donné au monde contemporain, se sont tous illustrés par l’attention portée à l’effectivité des droits des femmes à la vie et à la dignité.
Fatou Kiné CAMARA
Maîtresse de Conférences titulaire
Faculté des Sciences
Juridiques et Politiques
Université Cheikh
Anta Diop de Dakar
i « Femmes du Sénégal, victimes et vectrices » Sud Quotidien, n°7192, jeudi 27 avril 2017, pp. 1 et 5.
ii L’enfant est toute personne n’ayant pas atteint l’âge de dix-huit ans. Loin de protéger la fille contre le mariage précoce – le code pénal sénégalais n’en fait ni un crime ni un délit – le législateur sénégalais l’a même légalisé en refusant de porter l’âge légal du mariage à 18 ans pour la fille, comme c’est déjà la cas pour le garçon (cf. art. 111 du Code de la Famille).

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