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Les résultats du Baccalauréat général 2019 ont été jugés «paradoxaux» par beaucoup de Sénégalais, qui ont du mal à comprendre qu’après une année scolaire sans perturbation aucune (ce qui est extraordinaire au Sénégal), les résultats ne suivent pas et pis, ils sont «avérés» catastrophiques, dans les séries littéraires surtout. En effet selon les chiffres de l’office du Bac, le taux de réussite au premier tour a été de 14.94% contre 15.17% l’année passée.
Ainsi, nous avons eu droit à des vagues de sorties et de réactions. Certains acteurs, des collègues en particulier, soutiennent que les résultats faibles sont la conséquence de la démotivation, démoralisation, désenchantement nés de la frustration des enseignants. Laquelle frustration étant due aux nombreuses injustices dont ils seraient victimes. Soit ! Des concitoyens pointent le doigt sur les distractions qui feraient que les apprenants n’aient plus le temps aux études sérieuses. Tandis que la plupart d’entre eux mettent tout sur le dos des enseignants comme à l’accoutumée.
C’est dans ce contexte qu’un ancien coordinateur national d’un syndicat d’enseignants du moyen secondaire a prêté à l’Etat, à travers le ministère de l’Enseignement supérieur, l’intention de vouloir réduire le nombre de bacheliers (littéraires) au profit de la promotion des sciences. Réaction d’ailleurs qui a suscité beaucoup d’indignations. Bref, tout le monde essaie d’expliquer les causes des échecs répétés, de situer les responsabilités et au besoin apporter une panacée.
Je me garderai d’émettre des jugements sur les opinions des uns et des autres, chacun ayant le plein droit de parler de ce qui nous appartient à nous tous, à savoir l’Education nationale. Et puis comme on le dit souvent, quand on se permet de ne pas penser comme les autres, il faudrait aussi permettre aux autres de ne pas penser comme vous. Je veux simplement souligner que nous sommes confrontés à une «problématique baccalauréat». Le baccalauréat est une équation pour tous les acteurs du système éducatif pour la raison suivante.
Partons d’abord du principe que seuls les élèves ayant acquis les compétences nécessaires et donc la capacité de réussir à l’examen du baccalauréat devraient arriver jusqu’en classe de Terminale. A côté, le constat général est que le niveau des élèves (du public en général), est de plus en plus faible. Alors logiquement, beaucoup d’apprenants devraient être exclus pour insuffisance de résultats et redoublements répétés dans les classes intermédiaires avant d’arriver en Terminale. Par conséquent, des milliers d’adolescents seraient en ce moment hors du système. Ce qui aurait des conséquences énormes, pour l’Etat, les parents et la société en général. C’est la raison pour laquelle, «tout est fait» pour éviter ce scénario catastrophique et faire passer des élèves sans niveau jusqu’en année de bac. Il en résulte que le taux de réussite demeure toujours très bas et, à mon avis, c’est le moindre mal.
En outre, je me réserve le droit de m’interroger sur la préparation/capacité de l’Etat du Sénégal à accueillir un nombre important de bacheliers dans nos universités pleins à craquer. En d’autres termes, depuis quelques années maintenant, le taux de réussite au baccalauréat tourne autour de 35 pour cent (31.0% en 2015, 36.5% en 2016, 31.6% en 2017, 35.9% en 2018). Malgré ce faible pourcentage, le ministère de l’Enseignement supérieur connait toujours des difficultés par rapport à l’orientation des futurs étudiants. L’histoire des «bacheliers non orientés» est encore fraîche dans nos mémoires. C’est après que l’Etat a su trouver des solutions à travers l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs) et les universités privées. D’ailleurs, les étudiants orientés dans le privé furent temporairement expulsés parce que l’Etat devait une dette de 16 milliards aux instituts privés. Supposons maintenant qu’on commence à avoir plus de 80% de réussite, comme en France. Je vous laisse imaginer la suite.
Tout compte fait, je crois, d’abord que ce n’est pas demain que nous aurons 80% de réussite au bac au Sénégal. Quant à la question de savoir, à qui la faute ? inutile de s’y épancher d’autant plus que dès qu’on parle de système on fait allusion à un ensemble. Par conséquent tout le monde est à la fois responsable et coupable. Pour l’instructeur que je suis, la question essentielle que je me pose est la suivante : ai-je bien fait le travail pour lequel le contribuable sénégalais me paie ? C’est cette question que se pose chaque enseignant. Ensuite, pour que le système éducatif marche tel que nous le rêvons, il faudrait que chacun (Etat, enseignants, apprenants, parents et la société en général) fasse bien son travail, avec rigueur et honnêteté. Tout le reste n’est que palabres.
Vive un Sénégal de Paix et prospère !
Saliou YATTE
Professeur d’anglais au lycée de Dodel/Podor
yatmasalih@gmail.com

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