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June Almeida devant son microscope électronique a l’Ontario Cancer Institute de Toronto.

Le nom de la virologue écossaise qui a réalisé la première observation d’un coronavirus humain ressort des limbes de l’histoire avec la pandémie.

Depuis le début de l’épidémie, son nom n’est pas apparu souvent, mais cette semaine, la BBC a braqué le projecteur sur June Almeida. Cette virologue méconnue, décédée en 2007, est à l’origine de l’observation du premier coronavirus humain dans les années 1960. Depuis le début de la pandémie, ses travaux sont peu à peu mis en lumière.
Née en 1930 à Glasgow, en Ecosse, fille d’un chauffeur de bus, elle est devenue une pionnière dans l’observation des virus. Selon sa notice biographique parue en 2011 dans l’Oxford dictionary of national biography, elle a quitté l’école à l’âge de 16 ans pour devenir technicienne en histopathologie (discipline médicale qui consiste à étudier au microscope des tissus atteints par une maladie). Elle travaille au Glasgow royal infirmary, puis à l’hôpital St. Bartholomew de Londres. Après avoir rencontré son mari, un artiste vénézuélien, elle émigre au Canada où elle devient technicienne en microscopie électronique au Ontario cancer institute de Toronto.

Une technique
originale
Malgré la faiblesse de son bagage académique, June Almeida se fait remarquer pour ses compétences et participe à de nombreuses publications scientifiques. Elle va développer une technique pour observer la structure fine des virus, appelée la microscopie immuno-électronique. Le principe est relativement simple, il consiste à mettre en présence d’un virus des anticorps qui lui sont spécifiques. Ces derniers, en se regroupant autour du virus, permettent de l’observer précisément selon un principe de contraste négatif. Selon Hugh Pennington, Professeur émérite en bactériologie à l’Université d’Aberdeen, cité dans le journal écossais The Herald, c’est cette technique qui a été utilisée en Chine pour observer le Sars-CoV-2.
En 1964, June Almeida rejoint l’école de médecine de l’hôpital St. Thomas à Londres, établissement où le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a été soigné pour le Covid-19, rappelle la BBC. Elle commence alors à collaborer avec David Tyrell, directeur de la Common cold research unit, qui étudie les virus à l’origine des rhumes. Les deux chercheurs étudient un échantillon mis en culture, prélevé sur un écolier, à l’aide de la technique de June Almeida. Tous deux sont donc à l’origine de la publication de la première photo d’un coronavirus dans le Journal of General Virology en 1967.

Une nouvelle
famille de virus
Ils remarquent que la structure du virus qu’ils observent est semblable à celle d’autres virus qui provoquent des maladies chez des animaux. Comme les virus à l’origine de la bronchite infectieuse aviaire (découverte en 1930), de la gastro-entérite du porc et de l’hépatite murine (découvertes respectivement en 1946 et 1949), il présente une sorte de couronne. Le terme de coronavirus apparaît pour la première fois en 1968 dans une note synthétisant leurs recherches et celles d’autres virologues publiées dans la revue Nature. Cette nouvelle famille de virus ne sera adoptée par le Comité international de taxonomie des virus (Ictv) qu’en 1975.
Au départ, l’observation du premier coronavirus humain par June Almeida a été rejetée par les relecteurs d’une revue scientifique pour qui il s’agissait d’une mauvaise photo du virus influenza à l’origine de la grippe, indique la BBC. Mais les travaux de June Almeida ne s’arrêtent pas aux coronavirus. Elle est à l’origine de la première observation en détail du virus à l’origine de la rubéole, et sa technique a notamment servi à identifier deux composants distincts dans le virus de l’hépatite B. Comme pour beaucoup de femmes en science, l’ampleur de sa contribution à la recherche scientifique, jusqu’ici oubliée, ressort au grand jour avec cette pandémie.
Le Temps

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