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Pour le 8 mars, le Réseau des managers et entrepreneurs des cultures urbaines (We management) a organisé, en partenariat avec le Festival Urban woman week, un panel sur l’entreprenariat et le leadership féminins dans les cultures urbaines. Invitées à en débattre, la photographe et responsable du Festival Urban woman week, Ina Thiam, l’animatrice et productrice Maïmouna Back Again, la danseuse et chorégraphe Aïda Camara et Rokhaya Daba Sarr du Festival Africa fête ont partagé leurs expériences et parlé des contraintes auxquelles les femmes font généralement face dans le milieu.

S’il y a 10 ou 20 ans, voir une femme dans le milieu des cultures urbaines n’était pas évident, aujourd’hui elles sont plus d’une dizaine, voire une vingtaine à y évoluer et à trouver leur place dans diverses branches, allant du Dj-ing au graffiti (Zeinix) en passant par la danse… Ces femmes sont aujourd’hui au centre des cultures urbaines et pilotent de grands projets et festivals, à l’instar de Ina Thiam, Maïmouna Back Again, Aïda Camara et Rokhaya Dada Sarr… Elles ont su défier leur peur, jusqu’à prendre le micro pour lancer des flows de tonnerre comme le fait Omg.
Mais être femme dans le milieu des cultures urbaines n’est pas toujours facile. Maïmouna Back Again, Ina Thiam, Aïda Camara et Rokhaya Dada Sarr ont toutes reconnu dans leur prise de parole combien la tâche est difficile pour elles en tant que leaders féminins. Présidente de l’Association Danse fé et directrice du Festival international de danse au féminin (qui existe depuis 2010), Aïda Camara s’est rappelée ses débuts dans la danse. «Quand j’étais au Gabon, j’étais dans un groupe de danse, mais où on mettait les hommes beaucoup plus en avant. Même au niveau des chorégraphies, c’était toujours les hommes en avant et les femmes derrière. Quand je suis revenue à Dakar, j’ai constaté que c’était pareil. Mais ici, c’était un peu plus grave parce qu’il n’y avait pratiquement pas de filles dans les groupes de danse.»
Toute intriguée, Aïda Camara a cherché à comprendre le pourquoi : «Il y avait de bonnes danseuses. On en trouvait en traditionnel, en danse africaine, mais pas en danse urbaine. J’ai compris par la suite que c’est parce que les gens avaient une mauvaise image de la danse et pensaient que les filles qui dansaient n’étaient pas bien élevées.» A cette époque, il y avait donc toute une série de stéréotypes qui persistent encore aujourd’hui, à défaut d’être complètement éradiqués.
Mais ces stéréotypes n’ont pas empêché la photographe Ina Thiam d’aller au bout de ses ambitions. Plus jeune membre d’une fratrie de dix, Ina a presque subi le «diktat» de la société qui veut que les aînés parlent pendant que les cadets se taisent. «Dans notre société, notre droit à la parole est réduit. On nous éduque comme ça. Ce qui fait que parler et défendre son opinion devient même un sacrilège. Comment donc on peut entreprendre dans ces conditions ?», s’interroge celle qui, aujourd’hui, dirige l’Association des femmes dans les cultures urbaines (Gen-J) au Sénégal.
Elle raconte qu’après la 3e, elle voulait d’ailleurs faire la série T et qu’elle en a été dissuadée par un frère qui lui a dit : «Dans la série T, il n’y a que des hommes. Tu risques de devenir un garçon manqué.» Les freins à l’entreprenariat et au leadership féminins sont nombreux, aux yeux de Mme Thiam. «Le premier frein, c’est la société elle-même et le fait qu’on veuille faire croire aux femmes qu’elles ne peuvent pas travailler ensemble est aussi un autre.» Dans son discours, la productrice et animatrice radio, Maïmouna Back Again, conforte le point de vue de Ina Thiam, rajoutant que c’est à la société sénégalaise de changer.
Forte d’une expérience de plus d’une vingtaine d’années dans le milieu des cultures urbaines, Mme Dembélé pose un regard un peu plus gai sur cette toile sombre, marquant sa fierté de voir un Zeinix, Ina, ou encore des jeunes femmes comme dans Gotal, faire des choses extraordinaires et se mesurer aux hommes. «Ma fierté est de voir toutes ces jeunes femmes qui ont conscience de leurs droits, qui vont au bout de leurs rêves et qui expriment librement leur passion. Je ne vais pas faire de bilan, mais aujourd’hui je souris quand je parle des cultures urbaines parce que les choses n’étaient pas aussi simples il y a 10 ou 20 ans.» lance-t-elle.
Pour sa part, Rokhaya Daba Sarr, promotrice du Festival Africa fête, qui en partie promeut les cultures urbaines, a affirmé qu’il faut revoir l’éducation : «On a un secteur très compliqué. Je ne compte même pas le nombre de musiciennes qui ont subi des violences parce qu’elles sont juste parties en répétition», a-t-elle dit, regrettant encore l’absence d’instrumentistes femmes au Sénégal.
aly@lequotidien.sn

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