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Mouhamadou Barro, coordonnateur du Rejir.

Le concept de journalisme religieux peut aider à promouvoir la femme dans les médias. C’est l’avis du coordonnateur du Réseau des journalistes pour l’information religieuse, décliné hier lors de la Conférence nationale sur le discours religieux des femmes organisée par l’Institut Panos. Bakary Sambe, lui, regrette l’absence de diversité dans le discours religieux et la «duplicité» des acteurs politiques sur les questions liées au genre.

«Femmes : occupez les médias !» Ce programme de l’Institut Panos est l’illustration du déficit de présence de cette frange de la société dans le débat médiatique. Au cours d’une Conférence nationale de deux jours et ouverte hier sur le discours religieux dans les médias au Sénégal, le Réseau des journalistes pour l’information religieuse (Rejir) a plaidé pour un journalisme religieux. «Le journalisme religieux doit être inscrit dans le domaine de la spécialisation comme le journalisme sportif ou le journalisme économique. Il se forme à travers une documentation. Un journaliste peut se documenter et avoir une autre lecture pour éviter que le débat religieux ne soit uniquement l’apanage des religieux», a préconisé Mouhamadou Barro, coordonnateur du Rejir.
Au Sénégal, chaque confrérie ou communauté religieuse crée son média. Cette émergence des médias confessionnels constitue pourtant une violation du cadre juridique national relatif aux médias. En effet, ni la Loi 96/04 du 22 février 1996 relative aux organes de communication sociale et professionnelle aux professions du journaliste et de technicien, encore moins la Loi de 2017/27 du 13 juillet 2017 portant Code de la presse ne font référence aux médias confessionnels. Pour Jean Meïssa Diop, ce journalisme ne doit pas se limiter à une communauté bien déterminée. «Le journaliste religieux doit avoir une ouverture sur tous les aspects religieux y compris ce qui ne concerne pas sa communauté. Un journaliste chrétien doit couvrir avec satisfaction un Magal de Touba par exemple. Il ne doit pas uniquement parler des évènements ou des informations concernant sa communauté. Tu es mouride et tu te cantonnes à couvrir les activités de cette communauté, cela restreint le champ du journaliste», a exposé l’ancien directeur de publication du quotidien Walf Grand Place.
Beaucoup de femmes ont plaidé pour que le discours religieux soit porté par des gens formés comme c’est le cas pour les spécialistes de la communication. Pour Diatou Cissé Badiane, il faut redorer l’image de la femme dans les productions audiovisuelles. «Les productions, ce ne sont pas uniquement les journaux télévisés ou radiodiffusés. Il y a les théâtres, les films, les séries, les sketchs qui ne donnent pas souvent une bonne image de la femme. Dans la production culturelle, on reste très stigmatisées. On nous prend en train d’ensorceler nos maris, médire, se battre entre coépouses…  La femme, ce n’est pas que ça», rappelle l’ancienne Secrétaire générale du Synpics.

Bacary Samb : «Il y a une duplicité des hommes politiques sur la question du genre»
Ancienne directrice du Cesti, Mme Eugénie Rokhaya Aw appelle les médias, dans leur ligne éditoriale, à définir une place importante pour le genre. Ainsi, estime-t-elle, les femmes vont davantage occuper les médias à travers une valorisation de leur talent. «Les médias doivent placer la femme comme un élément incontournable de la société», préconise Mme Aw invitant les organes de régulation et d’autorégulation à jouer leur rôle dans ce sens.
Président du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie (Cored), Mama­dou Thior a rappelé que les animateurs d’émissions religieuses doivent maîtriser les thèmes qu’ils développent. «Cela peut éviter certaines stigmatisations», souligne M. Thior.
Au plan juridique, il sera difficile de réguler les contenus dans les médias de la part du Cored. Dr Sémou Ndiaye, enseignant chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques : «Le Cored ne vise que les journalistes et les techniciens alors que le discours religieux n’est pas uniquement porté par des journalistes», souligne M. Ndiaye.
Quoi qu’il en soit, Bakary Samb constate un «accaparement» du discours religieux par des hommes ou femmes du domaine. «Il y a des gens qui s’arrogent cette exclusivité. Il n’y a pas d’intégration de la diversité dans les réactions au sein des médias», note Bakary Samb, directeur de l’Institut Timbuktu. M. Samb, spécialiste des questions de sécurité et de paix, regrette la «duplicité» des acteurs politiques sur les questions liées au genre. «Quand les hommes politiques sont dans les organisations de femmes, ils défendent ce principe. Quand ils vont chez les chefs religieux, ils changent de discours», regrette-t-il.

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