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Les colons se sont partagés l’Afrique en privilégiant leurs intérêts. 60 ans après, ces frontières sont restées ce qu’elles étaient : exclusivement au service de l’Occident. Des universitaires ont diagnostiqué le problème. La solution est de supprimer ces barrières, ont-ils dit, de manière nette à l’occasion du premier anniversaire du Musée des civilisations noires.

Depuis plus de 60 ans, les Africains marchent en ordre dispersé. Et ce, malgré la création d’entités communautaires et unitaires. Les frontières, héritées de la Conférence de Berlin, aveuglément maintenues, sont-elles capables de mettre l’Afrique sur les rails du développement, quand on sait que 6 décennies plus tard, ce sujet guide la politique des pays du continent ? Quelle est la place de la culture dans ce développement ? Ce sont des interrogations qui ont servi de prétexte à des universitaires pour s’épancher sur l’héritage culturel et ses impacts sur la marche du monde. Ce panel sous le thème des «Continuités culturelles et la déberlinisation» entre dans le cadre de la célébration du premier anniversaire du Musée des civilisations noires.
Le Professeur Mamadou Diouf de l’Université de Columbia des Usa s’est d’abord intéressé sur ce que les Africains ont fait des frontières issues de la Confé­rence de Berlin. «Devrions-nous penser que les frontières ne sont que coloniales ? Sont-elles devenues africaines, 60 ans après ?», s’est interrogé le Pr Diouf. Qui a précisé que les frontières géographiques n’ont pas existé avant la colonisation, car celles-ci bougent parce qu’étant liées aux hommes. Qui, par nature, bougent. «La fixation de la frontière est une obsession occidentale», a affirmé le Pr Diouf. Qui a conclu que la balkanisation du continent est négative en Afrique. «N’est-il pas possible de construire une histoire africaine basée sur la pluralité ?», a-t-il invité. Il a exhorté la jeunesse africaine à se doter de savoir pour accomplir sa destinée. Il ne fait pas partie des gens qui croient qu’en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. «C’est une pensée stupide parce qu’on ne peut pas lier le savoir à l’âge», a précisé le Pr Diouf. Pour lui, le combat de la jeunesse africaine est de moderniser le continent. Et cela devra se réaliser en évitant les obstacles de la religion et de la race.
Par contre, il l’invite à ne pas répéter les erreurs du passé. «Les Africains se sont appropriés la balkanisation. Nous avons décidé en Egypte d’appliquer le principe d’intangibilité des frontières. Les frontières géographiques sont l’unique frein à l’unité africaine», a déclaré le Pr Mamadou Diouf.
Délaissant l’aspect historique du sujet, le Professeur Maguèye Kassé s’est efforcé à monter que l’art pouvait être une force de proposition. C’est ainsi qu’il a donné en exemple l’œuvre de l’artiste El Hadji Mansour Ciss Kanakassy. D’ailleurs, il a qualifié l’artiste «d’utopiste réalisable. Mansour a réalisé avec son laboratoire de déberlinisation une carte d’identité mondiale appelée le Global pass. Il est le premier à proposer une monnaie unique en Afrique, l’Afro», a-t-il expliqué tout en invitant les Africains à méditer le terme globalisation. «Le cacao voyage mieux que l’Ivoirien qui le cueille», a-t-il constaté.
L’artiste El Hadji Mansour Ciss Kanakassy a, quant à lui, expliqué son objectif. Le laboratoire de déberlinisation a pour but de créer une école de pensée pour permettre aux Africains de réfléchir sur les concepts liés au développement tout en se débarrassant des œillères héritées de la berlinisation de l’Afrique.

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