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Depuis l’invention de la poudre explosive par l’alchimiste chinois Sun Simiao, il y a des milliers d’années, les hommes continuent de jouer à leur sport favori : le jeu de la mort. Il y a de quoi s’étonner que les hommes oublient que la guerre est devenue un art depuis très longtemps, bien avant De la guerre de Claus Von Clausewitz le Prussien. Un texte rangé depuis lors parmi les classiques de l’Art de la guerre, enseignés dans beaucoup d’écoles de guerre encore aujourd’hui. Derrière la grande muraille de Chine, les boules noires explosives, une invention d’un génie terrifiant qui n’était pas destiné à tuer, ont décimé des envahisseurs aujourd’hui inconnus. Il y a mille et une légendes sur la question. En tous les cas, le génie de la guerre et de la défense de l’espèce humaine s’est organisé contre les hommes et les démons, qu’ils soient humains ou autres, pour préserver le savoir de conservation et de mutation, fut-il défensivement mortel. Entre la mort et la vie, il n’y a qu’une cloison, une mince pellicule lumineuse. La mort est l’origine de la vie, fut-elle mystérieuse.
Les grands généraux d’aujourd’hui, stratèges retors et discrets, ont des références très anciennes quand il s’agit de l’art de donner la mort. Le général américain George Patton ne tarissait pas d’éloges sur les prouesses et le génie militaire des Romains et des Grecs, de Jules César et de Alexandre le Grand. Pour défendre Moscou contre les hordes nazis, les généraux communistes Joukov et autres ont fait appel à la mémoire du grand Koutouzov le royaliste, à la tête de l’Armée russe face à la meute napoléonienne. Ici en Afrique du soleil couchant, de terribles meneurs d’hommes ont guerroyé fusils, arcs, flèches, gris-gris et amulettes en bandoulière. Ce furent les preux Meissa Boury Déguène Dieng du Kajoor et Thieyacine du Bawol. En pays mandingue, le chef de guerre Bakary Dian s’est débarrassé du terrifiant Bilizy à une époque antérieure à Fakoly Koroma Fakoly Daaba, de la bataille de Kirina en 1235. Le légendaire Ibrahima Ngourary est encore chanté chez les Peuls…
L’histoire des hommes est une histoire de «l’art de s’entretuer». Il y a eu de courtes périodes exceptionnelles de paix mondiale, souvent pas plus de soixante-dix ans. La vie sur terre est devenue un grand art de la survie depuis l’époque moderne avec l’apparition des armes à feu qui ont décimé les Indiens, les bombes qui ont terrorisé le monde entier surtout les populations autochtones en période coloniale. «Etant donné que nous ne pouvons pas ne pas nous entretuer, faisons en sorte d’organiser la mise à mort, donnons-lui des règles, inventons des conventions de Genève pour donner l’impression de toujours appartenir à l’Humanité.» Voilà «la formule chimique du bonheur» à la manière de Boris Cyrulnik le psychiatre, l’énoncé en une formule cynique de la résilience la plus réaliste. Une chose est sûre, les hommes savent qu’ils marchent vers la mort ; d’où les tentatives parfois hypocrites d’organiser une paix factice. Il n’y a pas de camp de la paix par-ci et de camp de la mort par-là. Le monde se souvient encore aujourd’hui du bombardement de Dresde entre le 13 et le 15 février 1945 par les Armées britanniques et américaines. La ville allemande fut complètement rasée et les populations civiles brûlées au phosphore. Au Vietnam, le napalm américain a fait des dégâts que personne ne peut mesurer.
C’est alors qu’apparut le gaz mortel de la guerre entre les hommes. Ce fut le 22 avril 1915 (pour ce que l’on en sait). L’Armée d’Allemagne utilisa pour la première fois le gaz contre l’ennemi au nord d’Ypres en Belgique. La Première guerre mondiale, cette grande boucherie humaine qui verra l’entrée en jeu des machines à tuer. Les armes dites conventionnelles sont aussi de destruction massive à une certaine échelle, tout est question de temps et de psychologie. Le gaz tant décrié en Syrie et qui a provoqué une indignation sélective porte en ses substances mortelles le souvenir douloureux de l’hitlérisme, voilà tout. Bachar Al Assad a fait plus de morts avant tous ces miasmes mortels, et avant lui, son père Hafez El Assad. Lorsque ce dernier a décimé des milliers de populations soi-disant favorables aux frères musulmans, qui l’a condamné ? Qui a donné à Saddam Hussein ce gaz meurtrier qui a envahi Halabja lors de la première guerre du Golfe ? Il fallait pour l’Occident et son allié saoudien détruire la révolution iranienne et le chiisme, à travers la guerre la plus longue du 20ème siècle. Le Kurdistan en a fait les frais. Aujourd’hui, ces mêmes fabricants de gaz mortel qui ont encouragé le gazage des populations kurdes prétendent sauver le Kurdistan dans le but secret d’affaiblir la Turquie, l’Iran et la Syrie. Ensuite, ils vont prendre le Kurdistan. Il y a du pétrole, mais surtout du gaz, un autre gaz, non pas mortel, mais qui fait vivre l’économie. Ah que la géopolitique de la mort est complexe !

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