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Voici Jean Pierre Adams, footballeur franco-sénégalais au destin singulier et tragique. Ah ! que le fil du destin peut être tranchant, cruel et effrayant. Mais les pauvres ignorants que nous sommes ne peuvent comprendre, les croyants inaccomplis, les non-initiés d’aujourd’hui, «les fils de la matière» se seraient méfiés de la vie plus souvent qu’il ne le faut, s’ils savaient. Ah ! que savons-nous du monde spirituel, le monde des âmes, des différents compartiments de la vie intérieure. L’âme est vaste, elle est appelée à retourner à son origine, à son nom véritable. Mais les étapes sont tellement nombreuses à arpenter que le souffle court des âmes vient buter violemment contre les murs des prisons de la maladie, des accidents, des catastrophes naturelles mais surtout de l’ignorance… La plupart des hommes ne savent pas qui ils sont, c’est la pire des épreuves. L’ignorance est la pire des punitions. Mais Jean-Pierre Adams savait, il sait maintenant de science certaine.
Figurez-vous que ce colosse qui était plein de vie et qui faisait la fierté de ses coéquipiers est dans le coma depuis trente six ans. Trente six années, excusez du peu ! Né à Dakar le 10 mars 1948, cette «perle noire» s’est retrouvée en Europe par un coup du destin. En pèlerinage à Montargis dans le Loiret (France), sa grand-mère, une fervente chrétienne, l’a confié à l’âge de huit ans, à une école catholique. Recueilli ensuite par une famille adoptive, le petit Adams a ainsi échappé à l’assistance publique.
Il y eut dès la prime enfance de ce jeune africain comme une sorte de destinée étrange et sombre. L’on dirait que l’orage approchait, quelque chose de fort et de grandiose arrivait à pas lourds. Pourtant Jean-Pierre Adams a connu la gloire et le grand amour de sa vie en 1969 lorsqu’il se maria avec Bernadette, une femme vraiment exceptionnelle. Sa carrière de footballeur débuta en amateur à l’Entente de Fontainebleau en 1968 puis à Nîmes en 1970. Un peu plus tard en 1972 il atteint le sommet de sa révélation sportive en devenant vice-champion, il intégra l’Equipe nationale de France. Alors débuta le palmarès international de ce solide défenseur qui mesurait 1m78. Avec le célèbre Marius Trésor, ils formèrent le fameux rideau défensif tricolore, le meilleur depuis lors, à l’époque glorieuse où les postes de stoppeur et libéro avaient un sens. Adams est de la lignée des Karl-Heinz Forster, l’allemand de dix ans son cadet, Ruud Krol, le hollandais, et Gentilé, l’italien.
Jean-Pierre fut vice-champion de France à deux reprises avec Nîmes et Nice, vainqueur de la coupe des Alpes, finaliste par deux fois du championnat de France amateur, demi-finaliste du championnat de France avec Nîmes et 22 fois sélectionné en Equipe de France de 1972 à 1976. Aujourd’hui plusieurs stades et terrains de foot de France portent le nom de Jean-Pierre Adams.
Mais qui l’eût cru ? Jean-Pierre Adams a eu sa plus grave blessure sur un lit d’hôpital. En effet c’est à la suite d’une rupture du ligament au genou que Jean Pierre Adams subit une opération bénigne qui aurait dû se passer sans complications. Mais une grave erreur d’anesthésie et des négligences à la chaine, provoquèrent des lésions profondes au cerveau de ce jeune sportif en bonne santé. Le mercredi 17 mars 1982 il sombre dans un coma profond dont il ne s’est toujours pas réveillé. L’hôpital a été reconnu coupable et condamné. Mais la vie de ce couple heureux a été définitivement brisée.
Son épouse Bernadette, une dame courageuse, refuse l’euthanasie, elle reste seule à s’occuper de son mari. Elle témoigne par ces propos poignants : «Le matin, je lui sers son petit déjeuner au lit à 7 h 30 puis ses yeux se referment. A midi le kiné arrive et on le lève puis je le fais déjeuner. Légumes, viande ou poisson mixés que Bernadette lui donne à la cuillère. Puis je finis sa toilette, je le coiffe, l’habille et je le rase, à la main… Il a la peau douce, lisse. Il ne vieillit pas, à peine quelques cheveux blancs. A 16 heures, il goûte puis dîne à 19 heures. Dès qu’il y a un match à la télé, je lui mets.» Il faut dire que Jean-Pierre n’a pas besoin d’assistance respiratoire mais il reste dans un état végétatif. Il a eu deux fils, Laurent et Frédéric et des petits-fils qu’il connaitra peut-être un jour de Mars lorsqu’il se réveillera d’une manière ou d’un autre. Jean-Pierre Adams est né au mois de Mars, il a sombré dans le coma profond au mois de Mars. «Le foot m’a tout apporté et il m’a tout repris», affirme aujourd’hui Bernadette Adams.

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