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Les médias se sont «moins» intéressés aux femmes et aux sujets les concernant, relativement à la pandémie à coronavirus. C’est une étude réalisée par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (Ipao) sur le traitement de l’information relative à la maladie et aux femmes par la presse sénégalaise qui le révèle. Elle a été menée sur la période du 8 au 13 juin 2020.

Les femmes ont été «très marginalisées» dans le traitement de l’information liée au Covid-19. A peine 3% du volume de contenus ont été centrés sur les femmes, et seuls 3,63% de celles-ci figurent parmi les sources utilisées par les journalistes pour documenter leurs contenus. C’est une étude réalisée par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (Ipao) sur le traitement de l’information relative au coronavirus et aux femmes par la presse sénégalaise qui le démontre. Les résultats du rapport qui entre dans le cadre du projet «Femmes : occupez les médias !» ont été rendus publics hier, lors d’une journée de réflexion autour de la question. «La place des femmes comme sujet de l’information et le volume d’information ne reflète pas du tout leur poids démographique, plus encore leur rôle en tant que victimes principales des différents aspects de la crise. Plus encore, leur rôle en tant qu’actrice centrale de la riposte n’est pas suffisamment mis en lumière. Moins de 4% de femmes sont évoqués comme sources de l’information. Les journalistes semblent une fois de plus avoir manqué l’occasion de solliciter l’expertise féminine dans les différents secteurs», commente le document. Un commentaire corroboré par la journaliste, ancienne secrétaire générale du Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics), Diatou Cissé. Cette dernière estime que «ce n’est pas surprenant, il n’y a rien de nouveau sous le ciel. Les sujets concernant les femmes, très souvent, sont considérés comme mineurs, à moins que ça ne renvoie au scandale et au sensationnel. Là ça devient un sujet intéressant parce qu’on veut le vendre».
Par rapport aux personnes qui ont régulièrement occupé l’espace médiatique pour évoquer la pandémie, les médias de l’échantillon, à savoir Sud Quotidien, Walf Quotidien, Le Quotidien, L’Observateur et Le Soleil, ont donné la parole à 413 personnes. Sur ce nombre, 2,42% ont été réservés au personnel soignant, 3,87% aux experts et chercheurs, 17,43% aux autorités médicales, 29,78% aux autorités politiques et administratives, 11,38% aux leaders économiques, 9,92% aux leaders de la société civile, 6,29% pour les leaders religieux, et 15,25% aux syndicalistes. Concernant toujours les sources, l’étude révèle aussi que le pourcentage du nombre total d’articles précisant les sources est de 90,74%, le nombre d’articles avec des sources habilitées à donner les informations 89,71%, le nombre d’articles citant plusieurs sources pour croiser les informations 48,07%. Relative­ment aux genres journalistiques utilisés, l’étude montre qu’il y a eu 0,26% consacré au portrait, mais aussi à l’enquête, 4,11% de commentaires, 4,37% d’analyses, 5,40% d’interviews, 11,05% de reportages, 21,08% de brèves, 53,47% de comptes rendus. Autre chose, par rapport à la vérification des faits, le rapport indique également que 79% d’articles ont contribué à propager des informations fausses et des opinions erronées, «cette observation ne permet en aucune manière de conclure que les médias ont contribué à les dénoncer et à les contrer». Et sur l’analyse des différentes rubriques des journaux, l’étude fait remarquer qu’en termes de volume d’articles sur le Covid-19, il y a zéro papier dans la rubrique santé.

Les comptes rendus dominent
Pour le président du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias au Sénégal (Cored), Mamadou Thior, «nous devrons être très regardant sur ce que nous faisons. Il y a eu des dérapages. C’est l’exemple d’un quotidien de la place qui avait exposé le dossier médical d’une patiente atteinte du coronavirus». Concernant les spécialistes en santé à interroger, l’ancienne directrice du Cesti, Eugénie R. Aw, demande aux journalistes «de ne pas être élitistes, mais de donner la parole à ceux et à celles qui sont au quotidien dans les communautés, avec les communautés, dans les postes de santé, là où il y a le moins de moyens». En outre, le coordonnateur du projet «Femmes : occupez les médias», Giles Fotso, s’est appesanti sur les objectifs du projet de l’Institut Panos. Le projet vient renforcer les capacités de communication des femmes, dit-il, créer une interaction entre les organisations des droits des femmes et les médias sur les informations relatives aux femmes, améliorer l’environnement médiatique pour une meilleure promotion des droits des femmes. Mais également c’est pour susciter le débat sur l’accès à l’information sur les femmes et l’accès des femmes à l’information, mais aussi sur le discours religieux.

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