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Comme il est de coutume dans notre chère République laïque de bons croyants, commençons par un mouslaye : kouffmala, kouffmala, kouffmala ; vade retro Satana !
Parce que tchatt dafa gaaw et par souci de préservation pour éviter sa foudre dévastatrice, nous nous garderons de désigner notre virulent sujet par son état civil. Histoire de ne pas se faire repérer (kouy yoott dou seukeutt), on va lui coller le génial sobriquet de «Carolina Virus», né de la belle inspiration de notre chère Awa D.
Ainsi, récemment, Carolina V. l’effrontée, hôte bien (mal) venu de façon abrupte et impromptue, s’est invitée chez nous. Emissaire de mauvais augure, ce visiteur indésirable a décidé d’emménager. Il faut reconnaître que nous avons été plutôt flous dans notre façon de n’avoir dit «ni oui ni non» (defeu khèw) à sa demande de séjour, avant qu’elle ne force le passage. Certains grands esprits la soupçonnent même, à tort ou à raison, d’avoir été sournoisement mandatée pour venir auditer ce que notre émergence a dans le ventre, testant ainsi notre résilience, comme elle l’a fait chez les grands émergés auparavant visités. Au grand dam d’échouer à la prestigieuse certification, l’on se serait bien passé de son funeste tour du monde en moins de 80 jours. Toujours est-il que face à cette situation bou né keutt né djonn, nous n’avons pas d’autre alternative que de composer. Au détriment de notre réputée téranga, il va nous falloir trouver le subterfuge pour raccompagner Monstruosa à la frontière.
D’abord, un minutieux profilage s’impose pour évaluer l’ennemi et comprendre à qui nous avons affaire. Ay leu yéwénn ! (Je ne sais pas trop ce que cette expression veut dire, mais j’adore sa phonétique Loool).
Saviez-vous seulement que la démoniaque maléfique qui, ces derniers temps, a le privilège d’occuper notre espace et de préoccuper notre espèce n’est rien de moins qu’une souillon, véritable crasseuse de son état, qui déteste la chair propre et se délecte de salive ? Une vicieuse hors pair, dévergondée de surcroît, qui ne s’éclate que dans le collé-serré ? Une tordue de l’esprit qui, en fait, ne panique que devant l’anticipation ?
Maintenant que surpassant ses collègues épidémiques elle s’est vu attribuer la côte pandémique après avoir réussi à déstabiliser les titans de ce monde par un yaali magistral digne de Sadio Ballon d’or, elle a le culot de se pavaner sur le globe, se prenant pour une star galactique de calibre massivement destructeur.
Trois caractéristiques distinguent Carolina Vilaina du monstre Ebola Godzilla, pourtant censé être plus féroce. D’abord, elle, la Vilaina, est une infidèle comme on n’en fait plus, de la trempe de celles qui se jettent dans les bras du premier venu et de quiconque croise leur chemin. De plus, par sa légèreté avérée de grande libertine, on apprend qu’elle n’est ni raciste ni snob, donc pas difficile à satisfaire : comme un arc-en-ciel, elle est capable de passer sans gêne du Jaune au Blanc pour atterrir sur le Noir, sans sourciller, ni même prendre le temps de souffler, en un simple jeu de mains. Enfin, sa détermination légendaire lui vaut tous les égards du plus haut échelon de la communauté internationale. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine des vermines de classe interplanétaire, Carolina Virus est résolument décidée à faire la Une et à y rester. Sacrée sorcière ! Tchipirri.
Comme il est de notoriété publique qu’elle est source de malheurs et de létalité partout où elle passe et que, de facto, personne n’en veut, nous avons jugé utile d’élaborer un petit manuel de procédures pour explorer quatre mesures qui vont nous permettre de lui «donner la route», comme disent nos frères Ivoiriens (mom daal ne gnou khadial rek). Pour s’en débarrasser, il va nous falloir user de tous les uppercuts K.o à notre portée afin d’anéantir ses coups foireux à l’avance.
Première mesure : redoubler de confiance en ce bon vieux Marseille. Compagnon de la première heure, il ne nous a jamais fait faux bond et a vaillamment combattu à nos côtés face à Pesta et à Choléra. Longtemps plébiscité comme étant le soldat capable de nous protéger en tout temps, ce bon vieux Marseille est, sans aucun doute, notre premier allié, à la fois de par son prix abordable pour nos kalpé troués et sa capacité exclusive à éliminer les résidus de gras de nos succulents thiep, terrains de prédilection des germes. A noter que, tout autant que son utilisation, le temps de lavage est déterminant. Mais pour ça, pas besoin de programmer le minuteur : il suffit simplement de fredonner Pincez tous vos koras, du premier couplet jusqu’au refrain, en se frottant vigoureusement les paumes, le revers des mains et les ongles et le tour est joué. Ingénieux. Avec Marseille comme partenaire privilégié donc, plus besoin de se torturer à traquer son concurrent hydro alcoolique, car de toute façon, il est en rupture de stock dans le monde entier. Et voilà !
Deuxième mesure : veiller à une «gestion sobre et vertueuse» (bi aussi defeu khèw) de nos postillons. Avec cette intruse malfaisante en notre sein, l’on va devoir impérativement observer les règles de management des plus strictes en matière d’étiquette respiratoire. Celle-là même qui fait valoir que pour juguler le rayon de contagion directe, la distance entre deux personnes doit nécessairement s’établir à au moins un mètre. Pour éviter la dispersion des gouttelettes de notre palais des saveurs sur lesquelles Carolina V. aime tant surfer, il est donc indispensable de (et absolument impensable de ne pas) respecter une certaine distance lorsque l’on (se) parle et de se couvrir la bouche avec le creux du coude lorsque l’on tousse ou que l’on éternue. Séddé Yalla. On peut aussi utiliser un mouchoir que l’on prendra soin de jeter dans une poubelle avant de se relaver les mains au savon…de Marseille. Pour les amoureux par contre, on attendra le vaccin à la Noël pour recommencer à se rouler des pelles, à se bécoter et à s’échanger des sucs. A bon entendeur !
Troisième mesure : observer l’éloignement social. Je vous l’ai dit : Vilaina n’est pas seulement une coquine malsaine, la demoiselle est aussi une grande mondaine. Beugeu siiw. C’est pourquoi d’ailleurs elle chope de grosses angoisses lorsque les gens ne se serrent plus la pince ou ne se font plus d’accolades. Alors, maintenant qu’on vient de fermer les écoles et qu’on a annulé les rassemblements publics ludiques et confessionnels, une bonne partie d’elle va s’effondrer. Joli coup franc dans la bile noire pour la faire déprimer. Dans le pari de l’éconduire, cette belle mesure communautaire préventive joue grandement en notre faveur. Chapeau bas à la République pour avoir sauté le pas.
Quatrième mesure : appliquer l’abondance de précaution. C’est la mesure clé, celle qui fait jubiler mes neurones. En cela, elle mérite que l’on s’y attarde pour sa capacité à synthétiser le tout avec brio et à donner la direction décisive. Figurez-vous que, comme toutes les vilaines de son acabit, Carolina a horreur d’être prévisible. Elle se complaît à nous surprendre, mais déteste les surprises. Alors rien de mieux pour la contrarier que de l’attendre sur «tous les fronts», avec un plan créatif, anticipatif, préventif, inclusif, exhaustif, bref vous aurez compris. Cela, croyez-moi, aura pour effet de l’exaspérer au plus haut point. N’est-il pas vrai qu’il vaut mieux pécher par excès que par défaut ? Alors, n’ayons aucun complexe à nous vautrer dans le péché de l’abondance de précaution, juste pour cette circonstance, juste parce qu’elle «le vaut bien» ! Allah nous le pardonnera.
Par abondance donc, on pourrait dès à présent s’amuser à imaginer des tonnes de plans, et aussi la tête que fera Carolina Virus quand le ministère des Transports décidera demain que, pour l’empêcher de se revigorer dans des collé-serré entre Thiaroye Gare et Diamniadio, les transports en commun embarqueront désormais juste le nombre de passagers correspondant au nombre de places assises, et que, cerise sur le gâteau, tous les véhicules seront aspergés d’eau de javel et désinfectés à chaque halte de terminus. S’amuser aussi à imaginer comment, d’un coup de baguette magique, le ministère de l’Hydraulique fera jaillir l’eau courante et à flots de tous les robinets des ménages qui en manquent depuis si longtemps, et pour le grand bonheur de notre vieil ami Marseille. Bref, une farandole de plans inventifs dont nous savons que les têtes bien faites et bien pleines de nos bienveillants ministres sauront abondamment épuiser pour toutes les franges et zones à haut risque (talibés, marchés, prisons, lieux de culte, et j’en passe).
Alors imaginez, pour un instant seulement, la tronche de la sorcière machiavélique qui, prise au dépourvu, suffoquera à en perdre toute capacité de nuisance. Carolina, désarçonnée, penaude, bredouille et ainsi «réduite à sa plus simple expression» (bi itam defeu khèw, mais bon j’arrête), en viendrait tout bonnement à demander la route avant qu’on ne la lui donne et sans demander son reste, nous jetant au passage notre certification bien méritée. Quel soulagement alors, et quel respect forcé nous arracherons aux Titans ! Quelle belle émergence dit donc !
Mais enfin, tout cela est bien beau dans notre imagination galopante. En attendant que nos rêves prennent vie, on va s’accrocher aux belles mesures républicaines déjà prises que nous applaudissons en toute sincérité, sans toutefois manquer de réaménager nos prières. A’oudhou billahi mina Carolina ar-radjim.
Avec tout mon humour…
Awa NGOM DIOP TELFORT

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