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«Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie.» Albert London
Abraham Lincoln, Youssou Ndour, André Malraux, Gabriel Garcia Marquez, Albert Einstein, Sembène Ousmane, Amadou Hampathé Ba, Faulkner, etc. Toutes ces célébrités sont des autodidactes comme Pape Ngagne Ndiaye, dont l’ouvrage m’a ravi.
A cela, il y a d’abord une raison personnelle. Il est neveu et fils de deux grands amis : son père Boucounta qui ne vient jamais à Paris sans me visiter et Ndiaga Mbaye mon plus que frère.
Par-cours d’un journaliste autodidacte est le livre d’un jeune qui s’est construit à la force du poignet qui, ayant fait quasiment tous les métiers, est devenu un journaliste célèbre, sérieux, bienveillant et respecté. Journalisme dans lequel il est presque tombé par hasard. Il suffit de lire la partie concernant sa biographie qui est fort édifiante.
Le titre même du livre en témoigne : journaliste au long cours, il n’est pas entré dans le journalisme côté jardin, mais côté cour.
Mamoudou Ibra Kane écrit ceci qui emporte ma totale adhésion : «A travers Par-cours d’un journaliste autodidacte, Pape Ngagne Ndiaye fait une pause, un bilan à mi-parcours d’un parcours singulier. C’est un livre où leçons professionnelles et leçons de vie tout court se bousculent, s’entrechoquent et, paradoxalement, se complètent en même temps. Sa richesse en anecdotes croustillantes et révélatrices témoigne aussi du caractère bien trempé d’un journaliste atypique et fier de l’être.»
Les extraits de son émission «Faram faccé» sont riches d’enseignements, d’anecdotes, révèlent beaucoup sur la personnalité des invités et la diversité de leurs propos. Pape Ngagne est bienveillant, mais intransigeant. Il a le sens de l’écoute et laisse parler librement ses invités tout en restant vigilant aux entourloupes qu’on pourrait lui faire.
Il mène dans son livre une réflexion lucide sur le journalisme, notamment dans ses rapports avec la politique où chacun croit manipuler l’autre, de sorte qu’on ne sait plus qui manipule qui. Il n’hésite pas non plus à dénoncer certaines dérives et fait montre d’une connaissance profonde de nos réalités sociologiques et culturelles.
J’ai particulièrement apprécié la partie concernant son extraction sociale du Gawlo dont il est fier, tout en contestant fermement le rôle dans lequel on a cherché à le cantonner. Gawlo certes, mais pas de réduction abusive, «mon père vous joue certes du xalam, dit-il, mais ni moi ni mon fils ne vous joueront du xalam». Quel panache ! Les traditions ne sont pas faites pour être perpétuées, mais pour subir l’épreuve de la modernité, avec les transformations qu’elles imposent ; transformations qui seront les traditions de demain. Du Gawlo, il a appris à bien parler, son wolof est succulent et merveilleux. Du pur joyau !
Ce livre est formateur, voire initiatique par certains aspects et mérite d’être lu par tous ceux qui aspirent à être journalistes et tous ceux qui sont intéressés par notre présente histoire.
Sur le plan du style, ce qui s’impose c’est la grande maîtrise de la langue française, sans fioriture ni emphase. La langue de Pape Ngagne est claire est distincte, donc lisible et audible, qui ne donne pas du répit à son lecteur par son rythme et sa cadence, malgré peut-être quelques subjonctifs improbables (deux ou trois) ; subjonctifs avec lesquels même les professeurs d’université rencontrent quelque fois des problèmes. Mais là n’est pas le problème. La langue de Pape Ngagne est limpide, non jargonnante et surtout bienveillante. Autodidacte ? Certes, mais l’auteur croit davantage à Boileau qui nous exhorte sans cesse à revenir sur le métier.
Ce que l’auteur a fait avec détermination et persévérance. Comme avant lui, ses aînés Sembène Ousmane et Amadou Hampathé Ba.
J’ai éprouvé comme une sorte d’éblouissement, de ravissement en lisant ce beau livre. Félicitations, cher neveu !
Et bienvenue dans la République des Lettres !
Professeur Hamidou DIA

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