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On pourrait bien l’appeler «l’homme de l’effraction» dans la mesure où son élection à la tête de notre pays aura fini de prouver la possibilité d’une accélération de l’histoire.
En effet, en transgressant notre «habitus» électoral, en renversant l’ordre politique ancien qui se présentait presque comme immuable, consistant à élire des Présidents que nous connaissions par cœur ou quasi, des hommes dont les parcours personnels s’entremêlaient à l’histoire de notre pays, depuis l’accession à l’indépendance, nous avons goûté pour la première fois à la nouveauté, en nous laissant séduire par l’éclat d’une jeunesse qui embrassait le pouvoir en arborant un style qui venait d’ailleurs… Les photos qui le consacraient alors nouveau prince, à côté de celles de ses prédécesseurs, ces dinosaures, revenant de traversées du désert, et marqués parfois par d’horribles trahisons et coups bas, creusaient encore plus profondément le clivage entre deux générations de princes.
Pour autant, connaissons-nous réellement le prince ?
Il est vrai qu’à côté des images de ses prédécesseurs squattant souvent notre mémoire rétinienne collective depuis ces dernières décennies, nous avons du mal à pénétrer dans le cerveau du prince. Tellement, par moments, tout nous semble paradoxe chez son personnage !
Voulant bâtir un ordre nouveau, il n’a pas hésité à s’aménager une forteresse que décrit si bien cette zone de cristallisation des forces politiques conjuguées aux plus grands partis de notre pays, rassemblées autour de la bannière de «Benno bokk yaakaar», tout en incarnant un «hyper individualisme» dans l’exercice du pouvoir ; en témoigne la répartition des postes-clés dans le fonctionnement de l’Etat aux membres de la famille du prince. Ce qui a fini par susciter la crise que traverse actuellement notre pays.
Paradoxe en effet que de constater dans le cours d’un mandat qui se termine les germes d’une crise qui nous souffle que le plus dur commence… En fait, en voulant remédier à la crise, le dernier mandat du prince présente sans fard le symptôme d’une nouvelle crise, en laissant répercuter dans son entourage proche l’écho de ce que les Sénégalais détestent le plus : la corruption.
En se présentant comme la solution à une crise qui était réelle en 2012, lors du dernier quinquennat de Wade, le prince est lui-même devenu le symptôme de la crise. Personnage de transition, le prince a donné l’impulsion qui a ouvert la boîte de pandore en installant le Peuple dans une sorte d’impasse sans précédent, notamment avec cette actualité de corruption qui incrimine directement son frère. Cette actualité qui a fini par nous convaincre que le politique reste intimement et nécessairement lié à la réalité économique, que la décision dans les affaires humaines a partie liée à la gestion des choses…
Personnage assez déroutant, sans doute, que ce prince qui, en sept années, aura réussi à brouiller les pistes menant habituellement au cœur de la majesté et dont la philosophie consacrait l’idéal de vertu, apanage de ce souverain – bien qu’appelaient de tous leurs vœux les fondateurs de la science politique.

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